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Engrais azotés : des prix élevés partis pour durer ?

Ammonitrate, urée, solution azotée : aucune forme de fertilisant azoté n’échappe à la forte hausse des prix depuis le début d’année 2021. En cause, la hausse des cours de l’énergie et des matières premières agricoles.

Tirés par le cours du pétrole, du gaz et des céréales, les prix des engrais azotés a bondi ces derniers mois. © N. Cornec
Tirés par le cours du pétrole, du gaz et des céréales, les prix des engrais azotés a bondi ces derniers mois.
© N. Cornec

Depuis janvier 2021, le prix des engrais azotés, marché connu pour sa volatilité, ne fait que grimper. Alors que la campagne d’apports en plaine battait son plein en céréales comme en colza, la solution azotée était proposée début mars à plus de 240 euros la tonne en dépotage. La hausse concerne toutes les formes d’engrais, qu’il s’agisse de la solution azotée, de l’urée ou de l’ammonitrate, ce dernier étant réputé plus résilient car fabriqué en Europe.

Sur les marchés, l’urée granulée FCA Atlantique est passé de 256 à 345 euros/tonne entre février 2020 et février 2021, soit une hausse de plus de 35 %. L’ammonitrate AN33,5 franco (vrac) a progressé dans les mêmes proportions, de 245 euros/tonne en février 2020 à 328 euros/tonne en février 2021. La solution azotée est la forme qui enregistre la hausse la plus importante, bondissant de 44 %. La cotation UAN FOT Rouen (référence de prix pour la solution azotée) est passée de 150 à 216 euros/tonne. Le DAP 18-46, référence pour l'engrais composé, monte également très fortement.

« Sur le DAP France FOT Atlantique, nous étions à 317 euros/tonne l’année dernière contre 483 euros/tonne actuellement soit une hausse de 52 % », souligne Coralie Chenu,  spécialiste des marchés des engrais chez Agritel. La tendance reste à la hausse, même si le rythme ralentit. « Ces niveaux de prix rejoignent les records de 2015 pour l’ammonitrate et l’urée, et de février 2019 pour la solution azotée », précise Coralie Chenu.

Une inflation en sympathie avec les cours du gaz

Pourquoi cette hausse aussi brutale que subite ? Les prix des engrais azotés évoluent en sympathie avec les cours du gaz. Le prix de cette matière première indispensable à la fabrication des engrais représente 80 % du prix de l’ammoniac. « Au final, le gaz représente plus de 50 % du coût de production des engrais azotés », précise Yara dans un livre blanc consacré au sujet. Or les prix du gaz sont indexés sur le prix du pétrole, eux-mêmes en forte hausse. Le 6 mars, le baril de Brent passait la barre de 67 dollars, dopés par la croissance chinoise et le maintien, annoncé le 5 mars par les pays membres de l’Opep, de leur politique de quotas.  En mars 2020, ce même baril de Brent cotait 12 dollars.

Les mouvements du cours du gaz influencent fortement les équilibres entre l’offre et la demande : lorsque les prix du gaz augmentent, la rentabilité de la production d’ammoniac diminue au profit des ventes de gaz, limitant parfois les disponibilités. Les pays exportateurs d’engrais se recentrent alors sur leur demande intérieure pour garantir l'approvisionnement de leurs marchés. « Si moins de 10 % de la production est échangée sur les marchés mondiaux, une baisse de production de 2 % est prélevée en priorité sur les exportations, générant mathématiquement une réduction de 20 % des quantités échangeables totales », illustrent les experts de Yara.

La France ne produit que 30 % de ses engrais, essentiellement sous la forme ammonitrate. La quasi-totalité de sa consommation d'urée et de solution azotée vient de Russie, d’Afrique du Nord et du continent américain. La baisse de la parité euro-dollar, enregistrée depuis le début d’année, accentue la hausse des prix pour les produits d’importation.

Autre facteur explicatif : le renchérissement des céréales et oléagineux. Car quand le prix des céréales monte, les engrais azotés suivent. Raison invoquée : lorsque les prix des matières premières agricoles sont élevés, ils stimulent la production mondiale de grains, ce qui tire à la hausse la demande en engrais. Les prix des engrais sont-ils majorés quand les cours des céréales montent ? C'est ce que soupçonnent bon nombre de producteurs, mais que démentent les fabricants d'engrais. Ces derniers justifient ces évolutions par les seules « dynamiques des marchés ».

Une stratégie de couverture pertinente au printemps 2020

En attendant, les agriculteurs français font le dos rond. Par chance, comme le préconisait un expert dans notre article publié en mars 2020, la plupart d'entre eux étaient bien couverts et peuvent voir venir. « 80 % de nos clients sont couverts en azote pour la campagne. La demande hexagonale n’est effectivement pas très dynamique actuellement », confirme Pierre-Antoine Foreau, président de Comparateuragricole.com, dont la société vend chaque année 80 000 tonnes d’engrais. Cette année, l'entreprise a ajourné sa campagne vedette de réappro d’engrais de février vu les bons niveaux de couverture et la montée des prix. Le dirigeant pronostique que « les prix vont se stabiliser aux niveaux actuels pour la campagne ».  

La situation valide l’intérêt des achats de couverture effectués par les agriculteurs dès le printemps 2020. En anticipant ses achats de solution azotée en juillet 2020, une exploitation céréalière de 125 hectares a réalisé une économie de charges de plus de 2000 euros comparativement à un achat effectué en début d'année 2021. Rapportée à l’hectare, l’économie de 16 euros/hectare n’est pas énorme, mais pas négligeable non plus.

Que faut-il faire désormais ? Attendre quand c’est possible les premières publications de prix pour la prochaine campagne, courant mai. « En général, ces prix se situent en dessous des prix Spot actuels, relève Coralie Chenu. Mais si l’Inde revient aux achats en avril, le potentiel de baisse sera limité. »

Si c’est le cas, restera à espérer que les niveaux actuels des cours du blé se maintiennent pour préserver la bonne santé des exploitations agricoles. L’azote reste un élément nutritif indispensable pour l’expression du potentiel de rendement des cultures. Le poste fertilisation azotée représente environ le tiers des charges opérationnelles d’une exploitation de grandes cultures.

 

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