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Diversification/énergie renouvelable : des panneaux photovoltaïques pour électriser la marge des cultures

Les installations photovoltaïques permettent de financer la construction d’un bâtiment au top. Et, à terme, de dégager un revenu substantiel. Exemples dans la Marne, ou les projets se multiplient.

Gaël Dupont, agriculteur à Reuves (51). « Le bâtiment est payé en moins de dix ans. » © C. Baudart
Gaël Dupont, agriculteur à Reuves (51). « Le bâtiment est payé en moins de dix ans. »
© C. Baudart

Les astres se réalignent pour le photovoltaïque à la ferme. Après la vague de construction de bâtiments couverts de ces panneaux qui a métamorphosé les campagnes dans les années 2010, une seconde vague de projets balaie la France. La plupart consistent aujourd’hui à construire un bâtiment pour optimiser les marges de l’exploitation de grandes cultures. Ces hangars fonctionnels permettent de stocker les engrais et l’intégralité de la récolte à la ferme. « Depuis que j’ai ce bât iment , je choisis l’endroit où je livre mes 600 tonnes de céréales et j’achète tous mes engrais à l’avance », relève Gaël Dupont, agriculteur à Reuves, dans la Marne.

L’agriculteur a construit un premier bâtiment de 1200 m2 en 2011, couvert de 848 m2 de photovoltaïque. Un second bâtiment a vu le jour en 2018. « Le bâtiment est payé en moins de 10 ans avec la plus-value réalisée sur la vente de céréales, précise ce dernier, qui s’interroge : Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas obligatoire sur tous les bâtiments commerciaux. »

Dans le Grand Est, l’édification de bâtiments de stockage est même soutenue par Vivescia. La coopérative verse jusqu’à 17 euros par tonne de primes de stockage aux agriculteurs. En parallèle, elle ferme ses silos les plus vétustes et concentre ses investissements sur un nombre plus réduit de sites. Une incitation qui a séduit Stéphane Schoumacher, agriculteur à Cuisles, dans la Marne. Ce dernier a investi 250 000 euros dans un bâtiment de 700 m2 dédié au stockage, d’une capacité de 1 700 tonnes, inauguré en 2018. « J’ai construit ce bâtiment pour stocker et mieux valoriser le grain, explique-t-il. En tant qu’entrepreneur, c’est un outil extraordinaire. À la moisson, on est autonome et on peut travailler quand on veut, que ce soit le soir ou le week-end. Sans oublier que le débit de chantier me permet d’économiser un tracteur et une benne ! »

Pour l’agriculteur, le photovoltaïque n’était pas une évidence. « Je voulais faire un bâtiment fonctionnel classique pour bien organiser mon stockage mais mon épouse a insisté pour que j’étudie l’installation de panneaux. Quand nous avons bâti le plan de remboursement, il n’y avait pas photo, malgré un coût de raccordement de 24 000 euros. Aujourd’hui, ça fonctionne tellement bien qu’on ne s’en occupe pas ! »

Un investissement comparable à un placement de 2 à 3 %

« Vu la rentabilité de ces projets, installer du photovoltaïque lors de la construction d’un bâtiment permet de conforter l’activité créée à l’intérieur de ce dernier », confirme Ludovic Barthelet, animateur d’un groupe « photovoltaïque » de 70 agriculteurs à la FDSEA de la Marne. « S’il n’y a rien en dessous, ça ne passe pas. » Pour un projet de 100 kilowatts crête (kWc), correspondant à une surface de 550 m2 de panneaux, le résultat oscille en général entre 3 000 et 4 000 euros par an pendant 12 ans. Les échéances bancaires honorées, le revenu dépasse les 10 000 euros par an. « Les prix de vente ont considérablement baissé mais le coût des panneaux photovoltaïques a également fortement diminué. Au final, l’investissement reste comparable à un placement de l’ordre de 2 à 3 % sur 20 ans », indique Florent Risbourg, directeur du marché énergies au CER Nord-Est Ile-de-France.

« Le prix de vente est passé de 60 centimes d’euro il y a 10 ans à environ 12 centimes aujourd’hui mais c’est tout de même un revenu ne mobilisant pas énormément d’heures de travail », résume à sa façon Vincent Gallois, chargé de mission énergie à la chambre d’agriculture de l’Yonne. Un atout dont ne peut se prévaloir la méthanisation. Mais c’est surtout la sécurité de l’investissement qui décide les agriculteurs… et leurs banquiers. Pour les installations d’une puissance inférieure à 100 kWc et supérieure à 36 kWc, EDF rachète contractuellement l’électricité à un tarif fixé pour 20 ans. La fiabilité du matériel joue aussi beaucoup.

Stéphane Schoumacher, agriculteur à Cuisles (51). « Ça fonctionne tellement bien qu’on ne s’en occupe pas ! » © C. Baudart
Stéphane Schoumacher, agriculteur à Cuisles (51). « Ça fonctionne tellement bien qu’on ne s’en occupe pas ! »

Faire le tour des questions fiscales et patrimoniales

Les projets ne sont toutefois pas sans risques et plusieurs précautions doivent être prises. « Depuis trois ans, les revenus sont en berne et chacun cherche à sécuriser une part de son chiffre d’affaires avec d’autres revenus que celui de la plaine, observe Olivier Josselin, conseiller d’entreprise à la FDSEA Conseil de la Marne. Or une mauvaise surprise peut vite faire de ces projets une opération blanche. » Le choix d’une entreprise locale et reconnue est le meilleur moyen d’éviter les soucis.

Et il ne faut pas s’arrêter à la seule étude économique — souvent pertinente — réalisée par les fournisseurs de panneaux : il faut faire le tour des questions fiscales, juridiques et patrimoniales. « La production d’énergie, même renouvelable n’est pas une activité agricole, rappelle Grégory Sanchez, conseiller d’entreprise à la FDSEA Conseil de la Marne. Or, les activités accessoires au sens fiscal ne peuvent dépasser 50 % des recettes ou 100 000 euros. Franchir ce seuil peut être fiscalement lourd de conséquences. » Mais la création d’une société ad hoc, avec tenue de comptabilité et obligations légales, n’est pas forcément non plus la meilleure idée. Se rapprocher d’un expert est loin d’être superflu.

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