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Colère des agriculteurs : « Je suis double active car je ne peux pas vivre de mon métier »

Toutes les filières sont concernées par la mobilisation. Retour sur les raisons de la colère pour les exploitations de grandes cultures avec les témoignages d'agriculteurs et d'agricultrices en Eure-et-Loir et dans le Gers.

Mobilisation agricole dans le Gers avec un convoi de tracteurs en janvier 2023
Au-delà des problématiques de revenus, les incohérences et la lourdeur réglementaires semblent avoir convaincu de nombreux agriculteurs de se mobiliser, comme ici dans le Gers la semaine dernière.
© JA du Gers

La mobilisation des agriculteurs se poursuit cette semaine. Les grandes cultures se caractérisent par une grande diversité de situations. Si tous ne sont pas concernés dans la même mesure par les problématiques de revenus, les agriculteurs et agricultrices interrogés s'accordent à dire que les normes entravent l’activité économique de leur exploitation et créent des distorsions de concurrence. Témoignages recueillis en Eure-et-Loir et dans le Gers.

Lire aussi | Prix du GNR, simplifications et aides d’urgence : toutes les annonces de Gabriel Attal aux agriculteurs

« Je suis double active car je ne peux pas vivre de mon métier »

Jeanne Laffont, productrice de grandes cultures, dans le Gers, sur une exploitation de 155 ha.

« Je suis installée depuis 2015 sur l’exploitation familiale. Depuis 10 ans, je réalise des résultats négatifs sauf en 2019 où les rendements ont été exceptionnels. En parallèle, je dois rembourser plusieurs crédits souscrits lors de mon installation pour racheter le matériel. 

Je suis double active car je ne peux pas vivre de mon métier. Aujourd’hui, en céréales, dans mon secteur, avec une surface inférieure à 200 ha, on se rend compte que ce n’est pas viable. Une fois qu'une partie des emprunts sera remboursée, je parviendrais peut-être à dégager un résultat positif, mais d’ici là, il faudra sans doute réinvestir.

Dans mon temps passé sur l’exploitation, je consacre 70 % à de l’administratif au bureau. Par exemple, cette année, j’ai souscris une MAEC pour obtenir une aide de 80 € sur 50 ha avec un dossier à remplir d’une lourdeur incroyable. Je peux prendre aussi l’exemple des couverts végétaux que l’on pratique sur l’exploitation depuis longtemps, où on ne fait plus de labour. Dans notre région, l’idéal est de les semer en octobre ou novembre, sauf que la réglementation nous impose de les semer en août, même si avec la chaleur, ils ne pousseront pas ! En parallèle, nous avons de plus en plus de contraintes avec les phytos alors qu’en système sans labour, vertueux d’un point de vue des émissions de CO2, j’ai des problèmes de champs sales. Les produits phytos sont un outil de travail indispensable dans mon système ».

« J’ai manifesté pour la première fois de ma vie »

Olivier Vasseur, producteur de grandes cultures en Eure-et-Loir sur 200 ha.

La semaine dernière, j’ai manifesté pour la première fois de ma vie. A titre personnel, je ne vais pas me plaindre, j’ai la chance d’avoir un parcellaire très regroupé, j’ai la possibilité d’irriguer et d’avoir une grande diversité de cultures. Je suis double actif, ce qui m’apporte une sécurité financière. Je me mobilise en solidarité avec mes collègues dans des situations compliquées et je partage leur ras-le-bol sur l’incohérence de certaines normes. Sur mon exploitation, je peux donner l’exemple des jachères mellifères. J’en ai implanté 4 km sur mon exploitation, mais en les déclarant en jachère au titre de la PAC, cela m’empêche de les entretenir, je dois donc les resemer tous les deux ans, notamment pour gérer les ronds de chardon. Pourtant, il faudrait les laisser en place plus longtemps pour réellement favoriser la biodiversité.

Le point sur | Jachère 2024 et PAC : questions/réponses pour ne pas se faire avoir

À une échelle plus large, je déplore aussi les distorsions de concurrence. Un exemple typique est celui de l’interdiction des néonicotinoïdes sur betteraves. Dans mon secteur, la jaunisse a sévi en 2023. Résultat : - 20 tonnes par hectare (t/ha) environ. En parallèle, les charges sont en forte hausse, notamment à cause des trois passages d'insecticide que nous ne faisions pas avant, juste pour gérer les pucerons. J’estime la perte de revenu entre 750 et 900€/ha. Or le marché du sucre européen est actuellement déstabilisé par des importations massives de sucre ukrainien traité aux néonicotinoïdes et libre de tout droit de douane !  Et ajoutons à cela le fait que certains pays européens autorisent encore des applications foliaires de NNI, largement plus efficaces que nos solutions !

« Nous avons le sentiment d’être encadrés comme des enfants »

Séverin Sergent est producteur de grandes cultures en Eure-et-Loir sur 200 ha.

« Nous souhaitons revenir à des choses logiques, nous avons le sentiment d’être encadrés comme des enfants. Aujourd’hui, je vois trois priorités. D’abord, certaines promesses ne sont pas tenues : je veux parler de la PAC et de l’écorégime, les agriculteurs qui atteignent le bon nombre de points étaient censés recevoir une aide. Pour l’instant, nous n’avons été payé que de la moitié de la somme. Il faut aussi un moratoire sur les normes environnementales qui prennent un temps colossal. Nous voulons aussi une reconnaissance de notre place dans la société. Nous demandons une préservation de notre revenu pour soutenir une agriculture de qualité dans notre pays, il faut mettre fin à la concurrence déloyale avec l’importation de produits qui ne respectent pas les normes imposées à l’agriculture européenne »

 

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