Cive d’hiver : comment choisir la bonne composition pour alimenter son méthaniseur ?
Seigle, triticale, orge, avoine, mélange de céréales avec légumineuses… plusieurs solutions se prêtent à la culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive) d’hiver. Les critères de choix vont au-delà du rendement en matière sèche pour assurer la bonne alimentation de son méthaniseur.
Seigle, triticale, orge, avoine, mélange de céréales avec légumineuses… plusieurs solutions se prêtent à la culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive) d’hiver. Les critères de choix vont au-delà du rendement en matière sèche pour assurer la bonne alimentation de son méthaniseur.
Les Cive d’hiver représenteraient quelques centaines de milliers d’hectares en France (300 000 selon des données de l’Ademe il y a quelques années). D’après une enquête AAMF (Association des agriculteurs méthaniseurs de France), les seigles étaient de loin les plus utilisés en 2021 avec 52 % des surfaces en Cive d’hiver en pur. Mais ils diminuent au profit des triticales et des orges.
Comment répondre au besoin d’un méthaniseur avec les Cive ? « En termes de potentiel méthanogène, il n’y a pas d’écart significatif entre les espèces et les mélanges en Cive d’hiver, selon Nicolas Dagorn, d’Arvalis. C’est davantage le potentiel de production de biomasse qui est déterminant pour produire le maximum de biogaz par hectare. » Les seigles sont plus productifs que les triticales, orges et avoines, autres céréales utilisées pour le débouché méthanisation. La précocité de récolte est un critère de choix, la Cive d’hiver choisie devant libérer la parcelle suffisamment tôt avant la culture de rente, tout en ayant assuré un bon niveau de rendement en matière sèche.
« En cas de fauche précoce (fin avril), les différences sont infimes entre les végétaux sur le pouvoir méthanogène, remarque Alexandre Rolier, de Semences de France. Mais en fauche tardive (courant mai), certaines espèces peuvent avoir une dégradation de leur pouvoir méthanogène, c’est le cas du seigle. L’orge se montre très bonne dans ces conditions et les triticales intermédiaires, avec plus de tonnage produit à l’hectare. »
Des seigles rustiques mais sensibles à la verse et abrasifs
« Le seigle fourrager montre une reprise rapide au printemps et une précocité épiaison assez importante, remarque Nicolas Dagorn. Les seigles ont comme avantage d’être rustiques, sans traitements fongicides ni insecticides à y faire. Mais les seigles ont un point noir : leur sensibilité à la verse. » Pour y remédier, il faut pouvoir récolter tôt, dès fin avril, selon Nicolas Dagorn. « Le seigle est de moins en moins utilisé, indique Alexandre Rolier, en raison de sa sensibilité à la verse mais aussi à cause d’un surcoût de récolte lié au taux de silice que contient cette céréale, avec un effet abrasif sur les équipements de récolte et aussi du méthaniseur. »
Pour Alexandre Rolier, le seigle a tendance à assécher le sol davantage que les autres céréales et montre un effet allélopathique négatif sur la levée de la culture qui suit. Une légumineuse dans un mélange pour la méthanisation aura au contraire un effet « boostant ». Mais tout cela dépend de la date de fauche. Plus elle sera précoce, moins il y aura d’arrière-effets sur la culture suivante.
Chez cette céréale, le seigle hybride fait l’objet d’une création variétale assez importante, avec des productions de biomasse plus élevées que des lignées. « Nous le travaillons pour obtenir des variétés les plus précoces possibles. Avec des variétés plus trapues, moins sensibles à la verse et tallant davantage, nous avons des seigles hybrides dont la densité de semis peut être réduite de 35-40 % par rapport à des seigles lignées tout en produisant une biomasse équivalente », expose Antoine Bedel, de RAGT Semences.
Un bon compromis de rusticité et rendement avec les triticales
Les triticales ont l’avantage de bien tenir à la verse par rapport au seigle tout en proposant des rendements élevés. Elles sont plus sensibles aux maladies. La céréale pécherait par un manque de variétés précoces. « Elle se récolte une à deux semaines plus tard que les seigles et orges dans notre secteur, remarque Guillaume Debreuve, agriculteur dans l’Aube. J’attends que des sélectionneurs proposent des variétés plus précoces. » La variété Bikini semble une référence en variété précoce.
Semences de France commercialise des variétés de triticale hybride comme Hyt Prime, variété précoce à montaison et épiaison. « Elle produit de 1,5 à 2 t/ha de plus qu’une variété conventionnelle de triticale comme Requin, précise Alexandre Rolier. Elle montre un excellent pouvoir couvrant contre les graminées adventices. »
Quant aux orges d’hiver, elles sont globalement moins productives que des seigles ou triticales. « Elles peuvent se semer assez tard, courant octobre, tout en permettant une bonne précocité à épiaison avec un taux de matière sèche élevé et un choix de variété important, remarque Nicolas Dagorn. Avec la possibilité de les mener jusqu’à la récolte des grains en cas de stock suffisant pour son méthaniseur, l’orge montre un double usage intéressant pour l’agriculteur. » Point de vigilance sur les orges d’hiver : la tolérance au virus de la JNO transmis par les pucerons à l’automne. Mais l’offre de variétés tolérantes en orge fourragère est dorénavant importante et le risque d’attaque de pucerons peut être combattu par un décalage des semis après la mi-octobre.
Des orges et avoines comme alternatives aux seigles et triticales
Des orges hybrides sont présentées comme très productives. « Nos variétés produisent de 2 à 2,5 t/ha de biomasse en plus que des lignées, assure Sébastien Pichard, de Syngenta. Le coût de la semence certifiée (180 €/ha) sera rentabilisé en améliorant le rendement en matière sèche et pouvoir méthanogène par rapport à une lignée. » L’expert de Syngenta assure que l’orge montre un rendement méthanogène supérieur de 15 % au seigle par tonne de matière sèche. « Parmi les orges hybrides, nous proposons deux variétés tolérantes à la JNO (technologie Neo) tout comme Semence de France », termine-t-il. Arvalis n’a pas constaté d’écart significatif dans ses essais entre orges hybrides et conventionnels en biomasse.
Différente de l’avoine grain, l’avoine diploïde (ou rude) est une autre céréale testée pour le débouché méthanisation. « Elle présente un cycle court et elle ne multiplie pas le piétin échaudage, au contraire du seigle. Elle s’illustre sur cette maladie relativement importante dans le Grand Ouest sur blé, témoigne Cédric Pasquier, de Cérience. Elle se sème tard, fin octobre, et elle est plus tolérante aux excès d’eau que le seigle. Nous travaillons cette espèce pour les couverts végétaux et nous avons des variétés adaptées pour le débouché méthanisation, avec une tolérance à la verse, une bonne productivité avec un taux de matière sèche suffisant. Nous avons obtenu de très bons résultats dans le sud-ouest. » Nicolas Dagorn confirme les bons rendements enregistrés dans les stations Arvalis du sud-ouest et Bretagne.
| Quatre céréales possibles en Cive d’hiver avec leurs atouts et leurs défauts | ||||
| Espèces | Type | Précocité | Intérêts principaux | Risques |
| Seigle | Fourrager | Très précoce | Bonne tolérance au froid, récolte précoce | Verse, limaces, piétin échaudage |
| Hybride | Moins précoce | Moins sensible à la verse | Coût de semences | |
| Forestier | Tardif à épiaison, montaison rapide | Adapté aux semis très précoces (fin août) | Risque de verse élevé « trop haut » | |
| Triticale | Forte variabilité variétale (Bikini, le plus précoce) | Tenue à la verse | Sensible aux maladies | |
| Avoine | Diploïde | Tardif à épiaison | Pouvoir couvrant, plus adapté aux semis tardifs (fin octobre), réduit le risque de piétin échaudage | JNO (jaunisse nanisante de l’orge), faible tolérance au froid, tardif à épiaison/floraison |
| D’hiver blanche/noire | Tardif à épiaison | À explorer | Tardif à épiaison/floraison | |
| Orge | Lignée | Très précoce | Pouvoir couvrant, taux élevé de MS, double usage possible (grain/énergie) | Des variétés sont sensibles à la JNO (privilégier les semis fin octobre) |
| Hybride | Plus tardive | Coût semences | ||
| Source : Arvalis | ||||
Un rendement amputé de 10 % sur un maïs après une Cive d’hiver
La Cive d’hiver n’est pas sans effet sur la culture suivante, avec une récolte début mai. « Le rendement du maïs est impacté d’au moins 10 % après une Cive récoltée fin avril comparée à un maïs classique, selon l’essai système Syppre Béarn mené depuis 2017, rapporte Nicolas Dagorn. Des essais conduits à Boigneville, dans l’Essonne, montrent des résultats similaires. » Le choix d’une variété de maïs précoce pour un semis courant mai entame le niveau de productivité par rapport à une variété tardive qui se sème plus tôt. L’impact peut être moindre a priori pour des espèces qui se sèment plus tardivement comme le soja, le sorgho, la cameline ou le sarrasin.