Betterave sucrière et sécheresse : des conditions de culture inédites qui inquiètent la filière
Malgré sa réputation de plante résiliente parmi les cultures de printemps, la betterave subit les conséquences de la sécheresse avec des pieds qui meurent de soif dans certains secteurs et des ravageurs (Charançon et teigne) qui prolifèrent.
Malgré sa réputation de plante résiliente parmi les cultures de printemps, la betterave subit les conséquences de la sécheresse avec des pieds qui meurent de soif dans certains secteurs et des ravageurs (Charançon et teigne) qui prolifèrent.
La filière betterave avance dans l’inconnu : quelle que soit la zone de production, le manque d’eau et les températures élevées affectent fortement la production. Les responsables de la filière donnent pour l’instant peu de chiffres sur les perspectives de rendement. « Nous n’avons jamais connu de telles conditions de sécheresse, les conséquences sont donc pour l’instant difficiles à mesurer », constate Guillaume Wullens, président de la CGB Nord-Pas-de-Calais. Dans une interview accordée au journal L’Union, Olivier de Bohan, président de Cristal Union, évoque des pertes de rendement de 20 à 30 % pour le groupe.
Les betteraves stockent du sucre qui pourrait se diluer en cas de reprise de croissance
Les prélèvements déjà effectués en parcelles montrent une richesse en sucre élevée mais des racines de petites tailles. La betterave fait des réserves face aux conditions extrêmes auxquelles elle est confrontée. « Si la pluie fait son retour, le risque est que les betteraves grossissent au détriment de la richesse », prévient Milène Grapperon, directrice de la CGB Île-de-France et Centre-Val de Loire. Pour autant, le rendement ne sera pas suffisant pour compenser.
Les betteraves irriguées sauvent les meubles
En Île-de-France et Centre-Val de Loire, deux types de situations sont à distinguer entre les betteraves irriguées et non irriguées. « Avec l’irrigation, on va sauver les meubles. Mais pour ceux qui n’irriguent pas, c’est la catastrophe, les betteraves meurent de soif », note Milène Grapperon. « Plus de la moitié des parcelles de betteraves n’ont plus de couverture totale du sol », peut-on lire dans le Bulletin de santé du végétal d’Île-de-France daté du 11 août. La responsable de la CGB indique qu’en Île-de-France seulement 15 % des surfaces de betteraves bénéficient de l’irrigation contre près de 80 % en région Centre-Val de Loire.
Les charançons font des ravages sur les betteraves affaiblies par la sécheresse
Quant aux betteraves qui ne meurent pas, elles subissent les assauts des ravageurs qui profitent de leur affaiblissement. Les charançons (Lixus), habituellement présents à cette période mais sans conséquence, font cette année beaucoup de dégâts. Leurs larves s’infiltrent jusqu’au cœur de la racine favorisant le développement de champignon et de pourriture. Les BSV indiquent également des attaques de teignes.
Cette situation critique, sur le plan du stress hydrique et des attaques de ravageurs, se vérifie aussi dans l’Est de la France, en particulier dans la Marne.
Le Nord de la France est aussi concerné par le manque d’eau. Dans le Pas-de-Calais, Guillaume Wullens rapporte que seulement 54 mm de pluie sont tombés depuis mars dans son secteur des Flandres. « Depuis cette année, la région est passée sous un régime de gestion volumétrique pour l’irrigation avec des répartitions par culture, indique le responsable. On ne pensait pas en arriver là, mais nous allons devoir demander des volumes dédiés à la betterave pour les prochaines années. » Pour l’heure, il est possible d’irriguer les betteraves mais en prenant sur des volumes dédiés à d’autres cultures.
Attendre le retour des pluies pour mesurer la jaunisse
Concernant la jaunisse, les derniers BSV indiquent que le stress hydrique actuel masque les symptômes de la maladie et qu’il faut attendre le retour des pluies pour mesurer l’ampleur des surfaces touchées.
Vers un manque de disponibilité en pulpes
Désormais, les regards se tournent du côté des industriels avec de nombreuses interrogations sur les dates d’ouverture d’usines qui pourraient être retardées dans certains secteurs. Pour les betteraviers également éleveurs, des inquiétudes pointent également concernant la disponibilité en pulpes dont la baisse de production pourrait être encore supérieure à celle du sucre.