Gestion de l’eau : « les Sdage sont en train de se faire contre les agriculteurs », alertent les chambres d’agriculture
Les prochains schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) pour 2028-2033 sont en train de se mettre en place dans les bassins sans prise en compte des contraintes des agriculteurs, dénonce Chambres d’agriculture France ce 22 avril face à la presse.
Les prochains schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) pour 2028-2033 sont en train de se mettre en place dans les bassins sans prise en compte des contraintes des agriculteurs, dénonce Chambres d’agriculture France ce 22 avril face à la presse.
« C’est la mort dans l’âme que je dois réagir à ce qu’il se passe sur les Sdage. La programmation, l’organisation et leur rédaction se font contre le monde agricole c’est très compliqué ! Tous se dressent contre nous », alerte ce 22 avril Sébastien Windsor, président de Chambres d’agriculture de France.
Dans le cadre des travaux d’élaboration des prochains schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) 2028-2033, le président du réseau de chambres consulaires agricoles estime que les Sdage se font actuellement sans réelle concertation avec le monde agricole.
Pour rappel, les Sdage sont des outils de planification qui donnent les grandes orientations pour garantir la bonne ressource en eau dans les bassins sur une période de six ans. Ils sont rédigés par les agences de l'eau après échanges dans les comités de bassin où les agriculteurs sont représentés par les chambres d’agriculture.
La première version des prochains Sdage est attendue d’ici fin juin 2026.
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Une première version des Sdage contestée par les chambres d’agriculture
Réalités techniques agricoles ignorées
« Oui mais voilà, la première version du projet ne va pas du tout », affirme Arnaud Delestre, vice-président en charge du dossier eau à Chambres d’agriculture France. « Les enjeux économiques ne sont pas pris en compte. Les réalités techniques sont ignorées. Et le thème de sobriété n’est pris que dans le sens de diminution des volumes », déplore-t-il. « Dans les premières versions, les documents stigmatisent l’agriculture comme le problème numéro un des Sdage », dénonce Sébastien Windsor.
Dans les premières versions, les documents stigmatisent l’agriculture comme le problème numéro un des Sdage
Concrètement, certains projets de Sdage imposent des interdictions d’intrants sur des zones complètes, déplorent les chambres d’agriculture. « On ne peut pas imposer dans le Sdage la modification du modèle agricole, ce n’est pas possible. On ne doit pas changer le modèle agricole qui répond aux marchés agricoles », commente Sébastien Windsor. D’autres Sdage, comme en Normandie, réclament 50% de cultures à bas intrants sur les aires d’alimentation et de captage en imposant trois cultures : le tournesol, le chanvre et la lentille, affirme le président de Chambres d’agriculture France. « Or le tournesol on ne peut pas le produire et les débouchés sont faibles pour le chanvre et la lentille, ce n’est pas si simple ! », commente-t-il.
Besoins en eau de l’agriculture face au changement climatique oubliés
Autre critique : le manque de prise en compte des besoins en eau croissants de l’agriculture avec le changement climatique. « La question du stockage de l’eau est rarement prise en compte dans les Sdage. La sobriété n’est vue que comme une réduction des volumes et l’abreuvement des animaux ou l’irrigation pour les fourrages n’est pas considéré », déplore Arnaud Delestre.
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Des remontées agricoles sur les premiers Sdage non prises en compte
Face à de premières versions, les chambres d’agriculture ont fait des remontées. « En Bretagne, le projet de Sdage a été présenté il y a trois semaines, nous avons fait 500 remarques sur le document et signalé 128 lignes rouges qui ne sont pas acceptables », explique Olivier Lebert, secrétaire général adjoint de Chambres d’agriculture France, en charge du dossier de l’eau.
« En Normandie, nous avons fait des propositions mais elles ne sont pas reprises », complète Sébastien Windsor.
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La méthode et le calendrier dénoncés par les chambres d’agriculture
En cause : « une méthode et un calendrier inadapté » dénonce Chambres d’agriculture de France qui pointe « des documents, longs, complexes et difficilement appropriables par les acteurs de terrain » et « un calendrier d’élaboration particulièrement contraint qui ne permet pas une concertation constructive ».
Demande d’un changement de gouvernance des comités de bassins
Face à ces constats et pour laisser la concertation se faire, les chambres d’agriculture demandent un décalage du calendrier avec une finalisation de la rédaction des projets pour octobre 2026 et non juin 2026 et demandent un changement de gouvernance, dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole. Et ce afin « de permettre aux acteurs agricoles de représenter 30% des voix », contre 3 ou 4% aujourd’hui dans les comités de bassins.
Les Sdage sont pour l’heure hors sols, y compris sur le changement climatique
« C’est un cri du cœur : les agences de l’eau doivent changer de méthode de concertation, étendre les calendriers et prendre en compte nos propositions », conclut Sébastien Windsor, selon qui les « Sdage sont pour l’heure hors sols, y compris sur le changement climatique ».
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