« Seulement 8 % de la valeur ajoutée de l’alimentation va aux agriculteurs »
Les résultats de la commission d'enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, présentés ce 21 mai au Sénat, montrent qu’en moyenne 8 % de la valeur ajoutée des produits alimentaires reviennent aux agriculteurs. Ses représentantes dénoncent des pratiques « prédatrices » de la grande distribution.
Les résultats de la commission d'enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, présentés ce 21 mai au Sénat, montrent qu’en moyenne 8 % de la valeur ajoutée des produits alimentaires reviennent aux agriculteurs. Ses représentantes dénoncent des pratiques « prédatrices » de la grande distribution.
« Seulement 8% de la valeur ajoutée de l'alimentation va aux agriculteurs », dénonce la sénatrice Antoinette Guhl, rapporteure de la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, dont les conclusions ont été présentées ce 21 mai au Sénat. L’enquête, au cours de laquelle 189 représentants des acteurs concernés ont été interrogés, montre une répartition de la valeur « très déséquilibrée » dans la chaîne alimentaire, au profit de l’aval. 40 % de la valeur ajoutée revient à la distribution et aux services, 35 % aux importations, tandis que les transformateurs et les industriels en perçoivent 14 % et les agriculteurs 8 %. « Ceux qui assument les risques sanitaires, les risques industriels, ne sont pas ceux qui sont le mieux rémunérés dans cette chaîne », dénonce Antoinette Guhl. La commission d’enquête révèle aussi des pratiques « prédatrices » de la grande distribution. Elle rappelle qu’un rapport de force s’est instauré dans les négociations commerciales, qui est défavorable aux fournisseurs.
« Ceux qui assument les risques sanitaires, les risques industriels, ne sont pas ceux qui sont le mieux rémunérés dans cette chaîne »
D’une part car la grande distribution s’est « hyper-concentrée » via la création de centrales d'achat en France ou à l'étranger. Un moyen de « contourner la loi française », soutient Antoinette Guhl, et de « maintenir une forte opacité sur les flux financiers entre les distributeurs et leurs centrales de services ». Les distributeurs sont notamment accusés de ne pas respecter la « sanctuarisation de la matière première agricole » issu des lois Egalim, et de réaliser une « captation de la marge » via les centrales de services. D’autre part, la commission d’enquête constate une « dégradation ahurissante » des relations entre fournisseurs et distributeurs. Des pratiques interdites qui seraient « généralisées », comme la suspension des commandes par les distributeurs pendant les négociations commerciales.
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« La guerre des prix ne protège pas durablement ni l'agriculture française, ni les consommateurs français »
La grande distribution utiliserait aussi la « guerre des prix », censée favoriser les consommateurs, pour augmenter ses marges. « Certains produits servent de produits d'appel avec des marges très faibles, qui sont ensuite compensées sur d'autres produits où les marges sont plus importantes. C'est ce qu'on appelle la péréquation des marges », détaille Antoinette Guhl. Depuis 2021, le prix de vente aux consommateurs augmenterait davantage que les tarifs négociés aux fournisseurs, selon la commission d’enquête. « La guerre des prix ne protège pas durablement ni l'agriculture française, ni les consommateurs français », s’insurge la sénatrice.
Du côté des industriels, les résultats de l’enquête montrent que 30 % des PME de l'agroalimentaire sont aujourd'hui déficitaires, soit +10 % en cinq ans. « Les marges sont si faibles qu'elles ne leur permettent même pas d'investir dans les outils de production », alerte Antoinette Guhl. En conséquence, les importations augmentent chaque année, s’indigne-t-elle. « Si la France continue de produire des matières premières agricoles, elle va perdre progressivement sa capacité à les transformer sur le territoire », regrette la sénatrice.
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Que recommande la commission d’enquête pour protéger les agriculteurs ?
Pour répondre à ce déséquilibre de répartition de la valeur entre amont et aval, la commission d’enquête liste un ensemble de 24 recommandations, dont de nombreuses initiatives législatives. L’objectif est de corriger le déséquilibre des relations entre fournisseurs et distributeurs, de mieux contrôler les négociations commerciales, ainsi que d’améliorer la transparence via par exemple un affichage des marges sur les produits. « Un impératif prioritaire est de protéger nos agriculteurs, nos PME et nos ETI produisant et commercialisant de la matière première agricole française, des agissements des centrales », affirme Antoinette Guhl. Une partie des recommandations sur les négociations commerciales vont être introduites dans le projet de loi d’urgence agricole, annonce-t-elle. « Et on ne s'interdit pas de faire des propositions de loi », assure la sénatrice.
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