Salade : les œufs de chrysopes, une piste à perfectionner
Pour lutter contre les pucerons, le lâcher de chrysope sous forme de larves est pratiqué sur salade. Dans l’idée de faciliter son usage, les pulvérisations d’œufs sont testées. Avec des résultats décevants pour l’instant.
En principe, utiliser des œufs plutôt que des larves pour installer la chrysope comme auxiliaire dans une culture de salade sous abri froid pour lutter contre les pucerons a plusieurs avantages : gagner du temps en dispersant l’auxiliaire via un pulvérisateur à dos, limiter la présence de corps étranger (cosses de sarrasin supportant les larves). Mais les essais menés sur laitues dans le cadre du programme européen Adopt-IPM par le CTIFL de Balandran ont révélé que la méthode devait être perfectionnée.
Deux modalités avec œufs de chrysopes ont été étudiées (Chrysoperla lucasina, Pulzor-Iftec, à 20 ind/m2) : lâcher d’œufs seuls ou en complément de plantes de service disposées en patches de deux mètres au pied de la bâche dans l’abri. Le témoin était protégé par une application de Movento à 0,75 litre par hectare dès la présence des premiers pucerons.
Une faible présence de chrysopes sur culture
Les résultats du printemps 2024 (plantation 20 mars) ont montré que les pucerons n’étaient pas contrôlés dans la modalité œufs de chrysopes seuls. Associée aux bandes fleuries, la protection a en revanche fonctionné puisqu’il n’y avait en moyenne que 4 pucerons par laitue contre moins d’un en modalité Movento. Mais si des auxiliaires ont été observés sur les laitues, peu de chrysopes ont été vues. C’est donc la bande fleurie qui a limité la population de pucerons. À l’automne (plantation 20 septembre), où la pression était beaucoup plus forte, les pucerons n’ont pas été contrôlés dans les deux modalités chrysopes. Même le Movento a un peu décroché en fin de culture, mais beaucoup moins (une seule application). À nouveau, peu de chrysopes ont été observées sur salade.
« Dans les deux cycles, il y a eu très peu d’œufs et très peu d’éclosions, donc pas d’effet des lâchers. Est-ce que l’action de pulvériser a un impact sur la viabilité des œufs, est-ce qu’il faut baisser la pression ? », s’interroge Benjamin Gard, chargé d’expérimentation à l’Unité Sappi (Santé des plantes et protection intégrée) au centre CTIFL de Balandran, qui a piloté l’étude. Le taux d’éclosion a été vérifié en boîte de Pétri. « Il était très bon », souligne l’expérimentateur, citant un taux de 60 à 70 %. Une solution pourrait être d’augmenter les doses mais pour continuer à évaluer le lâcher d’œufs de chrysopes, qu’il juge « techniquement intéressant », Benjamin Gard croit surtout à l’optimisation de la pulvérisation.
Bien optimiser l'efficacité de la bande fleurie
L’étude a aussi confirmé les conditions d’efficacité d’une bande fleurie. Benjamin Gard souligne que sa gestion nécessite de l’anticipation et du soin (goutteurs pour arroser, taille, renouvellement…) donc du temps. Elle a moins fonctionné à l’automne. « Les plantes à fleurs sont alors en bout de souffle et les céréales en mauvais état. Avec le raccourcissement des journées, beaucoup d’insectes sont moins actifs, analyse-t-il. On doit apporter de la régularité mais on doit faire avec la biologie des insectes et l’environnement. » À l’automne, il estime que des lâchers pour renforcer l’activité des plantes de service pourraient être intéressants. Il rappelle aussi que la PBI repose sur une combinaison de méthodes.
L’efficacité de la chrysope testée en plein champ
Dans le cadre du projet Laitpapucerons mené par le Pôle Légumes Région Nord, des lâchers de larves et d’œufs de chrysopes ont été expérimentés sur laitue en plein champ. L’équipe a constaté une présence très réduite des chrysopes sur culture, pour les lâchers d’œufs comme pour les larves. Plusieurs hypothèses sont avancées : mauvais taux d’éclosion constatés en boîte de Pétri (moins de 32 % avant culture, 3 % après), température insuffisante pour l’éclosion des œufs, autoprédation des larves du fait du manque de pucerons ou autres proies, pertes lors de la pulvérisation. L’essai va se poursuivre en retravaillant sur la pulvérisation des œufs. « Nous allons faire un test avec les buses bleues pour les azotes liquides, les buses bleues Ti-Jet et une buse miroir que nous conseille le fournisseur », annonce Océane Baude, conseillère maraîchage et salade à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Le test va aussi comparer des œufs de deux fournisseurs et intensifier les lâchers. L’optimisation des lâchers est particulièrement cruciale au regard du coût des chrysopes. L’étude cite un coût pour les larves de 1 448 € HT/ha et pour les œufs (Chrysopa-E + E-fit), entre 1 280 et 2 560 euros hors taxes l’hectare.
Renouvellement variétal à venir pour la résistance
Face au contournement de la résistance au biotope NR : 0, les semenciers travaillent sur une résistance Nasonovia ribisnigri race 1 (NR : 1). L’an dernier, le semencier Rijk Zwaan plusieurs variétés de laitue iceberg hautement résistantes NR : 1 pour l’Europe du Nord. Des variétés NR : 1 adaptées au marché français sont en cours de test. Les premières à sortir pourraient être deux feuilles de chêne, l’une blonde, l’autre rouge, actuellement en essais au champ pour vérifier leurs résultats agronomiques. Cette résistance sera complémentaire du pack Bremia, Fusariose et Corky root déjà proposé sur des variétés telles qu’Abellina RZ ou Kiden RZ.
De son côté Enza Zaden propose quatre nouvelles variétés d’iceberg avec une résistance haute NR : 1 qui « intègrent aussi notre système de résistance le plus complet : Bremia (Bl : 29-41) et HR : NR : 0 », détaille le site du semencier.