Election présidentielle 2027
Retailleau, Tondelier et Attal passent leur premier oral face aux Jeunes agriculteurs
Bruno Retailleau (LR), Marine Tondelier (Ecologistes), Gabriel Attal (Renaissance), candidats déjà déclarés à la présidentielle 2027 mais aussi Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, et Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, ont accepté de passer un grand oral ce 4 juin au congrès des Jeunes agriculteurs à Bourg-en-Bresse. Morceaux choisis.
Bruno Retailleau (LR), Marine Tondelier (Ecologistes), Gabriel Attal (Renaissance), candidats déjà déclarés à la présidentielle 2027 mais aussi Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, et Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, ont accepté de passer un grand oral ce 4 juin au congrès des Jeunes agriculteurs à Bourg-en-Bresse. Morceaux choisis.
« C’est moi qui ai fait inscrire la loi Duplomb au calendrier parlementaire ! ». Ainsi débute Bruno Retailleau, candidat déclaré à l’élection présidentielle 2027, ce 4 juin au matin positionné sur une plateforme face à trois jeunes agriculteurs sur la scène et dos aux participants du congrès des Jeunes agriculteurs à Bourg-en-Bresse. Visiblement à l’aise dans cet exercice de style auquel cinq personnalités politiques se sont essayées (dont deux autres candidats), le candidat Les Républicains déroule rapidement ses propositions pour permettre aux agriculteurs « de produire plus et produire pour tous les Français ».
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Bruno Retailleau pour la suppression de l’OFB, le retour de l’acétamipride, une dégressivité des aides PAC à partir de 100 ha
« Supprimer le principe de précaution dans la constitution et y créer un intérêt fondamental de la Nation pour l’agriculture », « supprimer l’OFB et imposer une reconnaissance mutuelle à l’Anses » ou encore « libérer le stockage de l’eau » : voici les premières mesures promises aux Jeunes agriculteurs par Bruno Retailleau s’il arrive à l’Elysée. Interrogé ensuite par trois jeunes agriculteurs, relayant les questions des adhérents, il affirme vouloir faire évoluer le régime fiscal lors des transmissions : « l’impôt ne sera prélevé que lors de la cession ou liquidation de l’entreprise ». Sur le sujet de la prédation, l’homme politique vendéen affirme vouloir renforcer le texte du projet de loi d’urgence agricole en « donnant une priorité aux éleveurs et aux troupeaux » et « pas au loup ». Prônant l’arrêt de la « surtransposition », à « inscrire dans une loi organique comme les Italiens », Bruno Retailleau affirme vouloir rétablir le débat sur la réautorisation de l’acétamipride lors du prochain examen du projet de loi d’urgence au Sénat. Sur la question du revenu agricole, il se positionne pour une loi Egalim au niveau européen pour s’opposer aux grandes surfaces « qui contournent les lois françaises avec de grandes centrales européennes ».
Je veux généraliser les réserves de substitution en France. Y’en a marre des idéologies
Interrogé sur la prochaine PAC, « elle doit rester surfacique, avec une dégressivité que je passerais de 52 à 100 ha et garder un premier pilier fort », répond Bruno Retailleau. Sur les traités de libre-échange, il se dit contre « les mauvais » mais pour « les bons », comme celui « avec l’Inde où on a laissé l’agriculture de côté ».
Les Jeunes agriculteurs lui demandent de conclure en montrant une image. Face à une photo de réserve de substitution (« on en a 25 en Vendée », se félicite-t-il), Bruno Retailleau s’exclame « je veux les généraliser en France. Y’en a marre des idéologies, on doit arrêter d’emmerder les agriculteurs ».
Marine Tondelier pour un changement de modèle agricole et contre les préjugés
Autre candidate, autre ambiance ! « Le modèle agricole est clairement dans l’impasse, il n’y a pas d’avenir pour l’agriculture sans la transition agroécologique », enchaîne Marine Tondelier, candidate écologiste à l’élection présidentielle 2027. Rappelant ses origines agricoles (« quand j’ai pris ma carte aux écologistes, mon grand-père m’a demandé « qu’est-ce que j’ai fait ! » et un oncle m’a offert une tasse Round-up », raconte-t-elle), elle affirme que son parti s’est toujours battu contre l’artificialisation des terres, les traités de libre-échange, pour la rémunération des agriculteurs et les circuits-courts.
Sur la PAC, « aujourd’hui 80% des aides PAC vont à 20% des fermes car ce sont des aides à l’hectare, on veut plus d’égalité », affirme-t-elle. Sur l’installation, Marine Tondelier soutient par ailleurs l’idée de créer une dotation nouvel agriculteur en plus de la dotation jeune agriculteur.
Je n’en ai absolument pas rien à péter de la rentabilité des agriculteurs
« Pourquoi vous nous culpabilisez ? » l’interpelle un jeune agriculteur. Rappelant faire de nombreuses visites d’exploitations agricoles, Marine Tondelier affirme « travailler à faire baisser les préjugés ». « Les écolos n’ont jamais voulu supprimer la filière Comté » contrairement à ce qui a été dit, souligne-t-elle par exemple. « On n’est pas contre l’élevage, même si je suis végétarienne depuis plus de 15 ans », poursuit-elle, « on devra même avoir de l’élevage dans plus de territoires en France ». Opposée à la révision des seuils ICPE pour l’élevage, « les grosses structures qui ne concernent que 3% des élevages et demandent trop d’investissement », argumente-t-elle.
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« Sur le stockage de l’eau, nous ne sommes pas contre par principe, il y a des retenues que nous soutenons mais je suis opposée à l’idée de pomper dans une nappe phréatique pour alimenter 80 piscines olympiques », exprime-t-elle encore. Quant aux pesticides, Marine Tondelier ne se dit pas opposée au principe « de pas d’interdictions sans solutions, mais à condition qu’on cherche des solutions ». « Or sur des filières orphelines comme la noisette, ni le privé ni le public ne cherchent de solution » dénonce-t-elle. Interpellée sur les propos tenus par Sandrine Rousseau, « je n’en ai absolument pas rien à péter de la rentabilité des agriculteurs […] certains comportements n’aident pas au débat, y compris chez les agriculteurs », répond-elle encore.
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Gabriel Attal pour une préretraite agricole bonifiée, un portage financier élargi et des aides PAC à l’actif
Gabriel Attal conclut l’exercice en se positionnant autant comme ex-Premier ministre que comme candidat à la présidentielle. Après avoir rappelé ses actions à Matignon, « évidemment c’était parfait, évidemment il reste du travail », déclare-t-il. « Du fait de la dissolution », il regrette de « ne pas avoir eu plus de temps pour avancer ». Aidé par Jérémy Decerle, ancien président des Jeunes agriculteurs et député européen, le candidat Renaissance présentera son programme agricole à l’automne prochain. Son objectif affiché : « je veux qu’en dix ans on redevienne la première puissance agricole d’Europe, la France doit s’affirmer comme la première puissance agricole d’Europe ».
Sur l’installation, Gabriel Attal affirme travailler à des « mesures financières et fiscales pour inciter le cédant à transmettre » et fait référence au système de « préretraite bonifiée testé en 2008 et 2009 », qui selon lui, « fonctionnait bien ». « Il faut des mesures fiscales pour le portage de foncier mais aussi des bâtiments et du cheptel », poursuit-il.
Face à « l’incapacité de construire ou étendre un bâtiment d’élevage », le candidat affirme plancher sur une mesure pour empêcher que les recours n’excèdent une certaine durée contre les projets d’infrastructures. « Les œufs ça pousse pas sur les oeufiers, il y a besoin de bâtiments et d’infrastructures » lâche-t-il.
J’ai découvert que des Emiratis ont pu percevoir 70 millions d’euros de la PAC, il y a un problème !
Sur la PAC, estimant « que l’Europe n’est pas un problème mais doit être la solution », Gabriel Attal milite pour une simplification (en sortant les volailles et le porc de la directive IED par exemple), des aides PAC à l’hectare mais aussi à l’actif (« j’ai découvert que des Emiratis ont pu percevoir 70 millions d’euros de la PAC, il y a un problème ! ») et des accords commerciaux où « l’agriculture n’est pas la variable d’ajustement ». Pour un Egalim européen, l’ex-Premier ministre se dit aussi favorable à des solutions filière par filière sur la question du revenu agricole. « Pour certaines filières ce sera des prix planchers et des tunnels de prix, pour d’autres des contrats obligatoires de 3 à 5 ans, il faut aussi des plans de soutien pour les filières les plus en difficulté », affirme-t-il. Interrogé sur la question de la prédation, « il y a des mesures dans la loi d’urgence agricole qu’on doit renforcer ».
Jean-Philippe Tanguy (RN) pour supprimer les droits de succession et une TVA réduite sur les produits de première nécessité
A Bourg-en-Bresse, le RN a dépêché Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, pour remplir l’exercice proposé par les Jeunes agriculteurs. « Vous croyez en la France et vous êtes les premiers amoureux de la France », tente-t-il d’entrée de jeu. « Nous avons la meilleure agriculture du monde, le paradoxe français c’est que cette agriculture n’est pas valorisée. La bonne nouvelle c’est que si on vous libère des mauvaises normes et du racket fiscal, l’agriculture française renaîtra immédiatement » assure-t-il.
Parmi les propositions du RN, Jean-Philippe Tanguy met en avant la volonté d’avoir « des prix planchers » lorsque les négociations n’aboutissent pas et « d’intervenir sur les marchés ». En vrac, il prône ensuite de « lutter contre les centrales d’achat », « le libre-échange », de « supprimer le principe de précaution du bloc constitutionnel » ou encore de « refuser l’entrée de l’Ukraine dans l’UE ».
Si vous faites entrer l’Ukraine, vous faites rentrer le loup, l’ours et tous les prédateurs dans la bergerie
« Si vous faites entrer l’Ukraine, vous faites rentrer le loup, l’ours et tous les prédateurs dans la bergerie. L’Ukraine ne respectera aucune règle. A côté l’entrée de l’Espagne et du Portugal c’était du pipi de chat », poursuit-il.
Interrogé par de jeunes agriculteurs, le député affirme que le RN veut « supprimer tous les droits de succession si la ferme est maintenue dix ans », relancer les prêts bonifiés et à taux zéro pour les installations des jeunes agriculteurs.
Le représentant du RN milite aussi pour la baisse de la TVA sur un panier de 100 produits de première nécessité : « c’est pas vrai que les gens peuvent s’offrir plus d’alimentation », affirme-t-il.
Interrogé sur la question du soutien aux agricultrices : « les agricultrices françaises n’ont pas besoin de l’Etat pour faire leur métier, elles prennent leur vie en main. Elles n’attendent pas un état nounou », assène-t-il, devant une jeune agricultrice, quelque peu médusée par sa réponse.
Devant une image de fraise française, Jean-Philippe Tanguy conclut : « quand j’étais petit la fraise française était condamnée, elle reprend la main. Il faut retourner conquérir des marchés, stocker de l’eau et une usine de désalinisation de l’eau dans les Pyrénées orientales ».
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Aurélie Trouvé (LFI) appelle à un changement de modèle agricole
Aurélie Trouvé, en charge de l’agriculture et des affaires économiques dans l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon pour LFI, monte aussi sur la plateforme installée par les Jeunes agriculteurs. « La politique de dérégulation des marchés nous amène à un déficit du commerce extérieur agricole pour la France, un recul des surfaces bio et des revenus. 17% des agriculteurs vivent sous le taux de pauvreté, on ne peut pas continuer comme ça », débute-elle.
Dénonçant les accords de libre-échange et « une succession de lois agricoles insipides qui ne s’attaquent jamais au problème », la députée propose « un nouveau pacte productif » avec « des contrats agroécologiques » et des débouchés « dans des cantines 100% bio et locales » et remunicipalisées.
« La ferme des 1000 vaches était détenue par un magnat du bâtiment !
Interpellée sur la notion de « ferme usine » décriée par LFI, Aurélie Trouvé affirme qu’il ne s’agit « pas de s’en prendre à des exploitations d’une certaine taille mais aux fermes possédées par des capitaux extérieurs à l’agriculture familiale ». « La ferme des 1000 vaches était détenue par un magnat du bâtiment ! » assure-t-elle, faisant réagir le public.
Contre le rehaussement des seuils ICPE, la représentante de LFI affirme que « le premier frein à l’installation c’est l’agrandissement des exploitations voisines ». « On demande une grande loi foncière avec le renforcement de la Safer », poursuit-elle. Et d’assurer que LFI veut « mettre en œuvre les moyens pour que des dizaines de milliers d’agriculteurs s’installent ».
Sur la PAC, elle milite pour un plafonnement des aides à l’hectare et la mise en place d’outils de régulation de marché. « Le problème de la PAC c’est que c’est une politique agricole concurrentielle et non plus commune ! », regrette-t-elle.
Aurélie Trouvé rappelle sa position en faveur « des tunnels de prix » et encore davantage « des prix planchers » : « ce sont des prix minimum garantis », affirme-t-elle.
Sur l’élevage, elle se dit pour un soutien des éleveurs face à la prédation mais le « loup n’est pas l’entièreté des problèmes des éleveurs ! ». « Je souhaite des systèmes d’engraissement. On veut des plans de filière avec des moyens ».
« Pour moi il n’y aura pas d’installation s’il n’y a pas de prix rémunérateurs et une vie décente pour les agriculteurs. Il faut des contrats de 5 à 10 ans pour la transition agroécologique », conclut-elle regrettant que « beaucoup d’agriculteurs soient aujourd’hui contraints d’abandonner l’agriculture bio ». Devant une photo d’une visite d’une exploitation de la filière Comté par Jean-Luc Mélanchon, elle affirme « il faut un choc, on a les moyens de faire autrement, il vous manque un état responsable et courageux ».
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