Aller au contenu principal

Rénovation des serres : les avantages apportés par le rehaussement

Le rehaussement d’une serre améliore le confort de travail et la gestion de l’hygrométrie, permettant de donner un coup de jeune à un outil vieillissant.

Pierre Réau est arrivé au GIE Bataneres, dans le Lot-et-Garonne, au début des travaux de rehaussement des serres. « Ce sont les trois autres associés qui ont pris la décision de faire ces travaux avant mon arrivée », explique l’exploitant. Les 8 hectares de serres verre dataient des années 1990, avec une hauteur sous chéneau de 4 à 4,50 mètres pour les plus hautes. L’outil était vieillissant. La question de sa rénovation s’est posée alors que deux hectares de serres se sont écroulés lors de travaux de nivellement. Cette partie du parc a été reconstruite, avec des serres neuves en système semi-fermé type Kubo.

« Après avoir goûté à ce confort, c’est difficile de retourner dans les vieilles serres », explique Pierre Réau. Jusqu’à cette rénovation, les cultures de tomates étaient au niveau du sol, impliquant un travail pénible pour les équipes. Il n’y avait pas non plus de recyclage des eaux d’irrigation. « Nous avons remplacé les chaudières, fait une refonte du système d’irrigation et du système de chauffage. Nous avons posé des forcas, des gouttières, des écrans thermiques et d’ombrage et mis au point le système de recyclage de l’eau », énumère le producteur. Le rehaussement est l’aboutissement de ces rénovations.

Des travaux de rehaussement sur deux mois

Le GIE a fait appel à la société hollandaise Dool, spécialiste dans le rehaussement des serres et plus généralement des bâtiments industriels (voir encadré). Quatre hectares ont été rehaussés en 2023, puis les deux hectares restant en 2024. L’appui technique de leur coopérative Valprim a permis d’envisager la transition plus sereinement. Le chantier s’est déroulé de novembre à janvier, soit environ deux mois pour la partie rehaussement. Les serres ont été rehaussées de 1,5 mètre, et les gouttières ont été placées à 0,75 mètre de hauteur. Certains équipements ont pu finir d’être installés en cours de culture.

La saison précédente a été un peu écourtée de quelques semaines, et le démarrage de la suivante s’est fait avec quelques semaines de retard. « Au total, nous avons perdu environ un mois et demi de récolte », estime Pierre Réau. Mais ces aménagements ont eu un impact positif sur les rendements qui ont compensé la contraction de la saison. Cette année 2025 marque la première vraie année de production avec la totalité du parc rénové. La partie rehaussée au sol a été fermée par panneaux sandwich pour rajouter une couche d’isolation. Tous les poteaux de structure ont été remplacés. Le rehaussement permet de gagner en inertie thermique grâce au plus gros volume d’air au-dessus de la plante.

Un outil rénové pour faciliter le travail de la main-d’œuvre

Mais aussi de retrouver un outil moderne qui permet d’améliorer la pénibilité et donc d’influer positivement sur la problématique de la main-d’œuvre. En couplant cette rénovation avec l’installation d’un système de recyclage de l’irrigation, rendue possible par la pose de gouttières, l’utilisation des intrants est également optimisée. Les effets sur l’attractivité auprès de la main-d’œuvre ne sont pas encore mesurés, mais il est possible de voir déjà des points positifs de cet aménagement sur la pénibilité du travail dans les serres. Avoir les plantes sur gouttières à hauteur permet de faciliter la cueillette ou encore l’entretien des plants. Les changements se sont fait sentir sur la conduite technique. « Le chef de culture a dû s’adapter, mais c’est désormais beaucoup plus confortable pour lui de gérer le climat dans les serres », témoigne le producteur. Cette rénovation de l’outil de production permet de mieux gérer les montées en température, l’hygrométrie et la ventilation, et permet d’envisager une meilleure adaptation des serres face au changement climatique. Globalement, « une expérience coûteuse mais positive, comme si nous avions refait la peinture à l’intérieur de la maison pour lui donner un coup de frais », se réjouit Pierre Réau.

Avis de spécialiste

Jacco de Graaf, Dool France

« Dool France a déjà réalisé plusieurs dizaines de chantiers en France. La plupart des serres rehaussées datent du début des années 2000, avec une surface moyenne de 2 hectares pour des projets allant de 6 000 m2 à 4,5 hectares. Plus la surface à rehausser est importante, plus le coût au mètre carré baisse. Il faut également prendre en compte la structure existante de la serre. Plus elle est solide, moins il y aura de matière et d’éléments de renfort à apporter lors du chantier. Le raccordement sur d’autres bâtiments, comme une serre adjacente par exemple, rajoute de la complexité et fait monter le prix. 1,5 mètre de rehausse permet d’obtenir le meilleur rapport gain de hauteur/coût de l’opération. Il faut compter en moyenne 25 à 30 euros par mètre carré pour une serre de type Venlo. Sur des serres très vieilles, ce type de solution n’est pas intéressant car il y aurait trop de problèmes structuraux à résoudre.

Mais sur des serres en bon état, cela permet un réel gain de temps, car il n’y a pas d’arrêt de la production et donc pas de perte de personnel. La rénovation des toitures et des façades est aussi possible durant le chantier, pour une rénovation complète dont une partie peut être éligible au CEE. La première raison invoquée pour une rénovation par rehaussement est le confort de travail pour la main-d’œuvre, ex æquo avec la gestion de l’hygrométrie. D’autres raisons peuvent aussi être avancées : la volonté de mettre en place des gouttières suspendues, ou une optimisation de l’éclairage. Cela reste moins cher qu’une démolition puis reconstruction, et on conserve les équipements déjà présents dans les serres. »

Les plus lus

<em class="placeholder">Un champ de chou-fleur en Bretagne.</em>
Crise sur les légumes d’hiver : « Il faut que toute la filière fasse de la pédagogie sur le vrai prix des légumes »

La météo très douce, qui a accéléré les cycles de production tout en limitant la consommation, entraîne une crise sans…

<em class="placeholder">Vue extérieure du bâtiment de la casserie de l&#039;entreprise Escoute,  à Penne d’Agenais (Lot-et-Garonne)</em>
Amandes dans le Lot-et-Garonne : la casserie d’Escoute au service de la relocalisation de la production

Le projet de relocalisation de la culture de l’amande dans le Sud-Ouest, porté par l’entreprise Escoute, vient de franchir une…

<em class="placeholder">Cédric Sanchez, arboriculteur à l&#039;Ile-Sur-Têt dans les Pyrénées-Orientales.</em>
Clémentines en Pyrénées-Orientales : intégrer le risque de gel et de froid

La clémentine s’impose comme l’une des voies de diversification dans les vergers des Pyrénées-Orientales. Les références…

Maraîchage en région nantaise : l’automne trop doux génère une crise

Comme d’autres régions, le maraîchage nantais connaît une forte crise liée à l’automne trop doux qui a entraîné l’accélération…

<em class="placeholder">Anthony Garcin, maraîcher à Guimps en Charente. </em>
Maraîchage en Charente : « Je blanchis mes serres multichapelles une fois par an »

Anthony Garcin, maraîcher à Guimps en Charente, a témoigné de sa stratégie pour limiter les hausses de température sous abri…

<em class="placeholder">Régis Aubenas, producteur de nectarines et abricots dans la Drôme, président de l&#039;association Fruits Plus et élu à la chambre d&#039;agriculture de la Drôme. </em>
Arboriculture dans la Drôme : la reprise des expérimentations de la Sefra s’organise
La liquidation de la station expérimentale fruits Rhône-Alpes (Sefra), en juillet 2025, était « inévitable » selon…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site filière Fruits & Légumes
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière fruits & légumes
Consultez les revues Réussir Fruits & Légumes et FLD au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière fruits & légumes