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Production de cassis : des coccinelles contre la cochenille blanche du mûrier

L’introduction de coccinelles Rhizobius pour gérer l’infestation des cochenilles blanches en culture de cassis a été évaluée entre 2016 et 2018. Cette méthode présente pour le moment une efficacité trop aléatoire et un coût trop prohibitif pour être adopté en production.

La protection contre la cochenille blanche du mûrier est un enjeu majeur pour la filière cassis, en raison de son incidence économique sur tous les bassins de production. Ce ravageur, responsable de dépérissements sévères dans les parcelles de cassissier, est en résurgence depuis une quinzaine d’années. Il se caractérise par la présence d’un bouclier cireux qui le protège d’un grand nombre d’agressions physiques et chimiques, le rendant peu accessible aux traitements insecticides.

Mené entre 2016 et 2018, le projet Rhizodia a permis d’évaluer sur les plans techniques et économiques une méthode de biocontrôle basée sur des apports d’un prédateur spécifique des cochenilles : la coccinelle Rhizobius lophantae. Cet auxiliaire présente l’avantage d’une forte sélectivité vis-à-vis des cochenilles diaspines. Il est aussi noté dans la littérature comme présentant des capacités importantes de prédation et de dispersion, une fécondité élevée et une facilité d’élevage. Le projet, porté par le CTIFL, a impliqué la station d’expérimentation La Morinière, la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or, INRAE de Sophia Antipolis et la société Koppert.

La survie hivernale pas démontrée

Des introductions de Rhizobius en culture de cassis ont été réalisées sur plusieurs sites de production, trois en Maine-et-Loire, un dans la Sarthe et un en Côte d’Or. A raison d’un lâcher d’adultes avant chacune des deux périodes d’essaimage, les coccinelles ont montré une action positive contre la cochenille en situation d’infestation modérée. Mais l’efficacité des lâchers reste trop aléatoire pour qu’ils puissent être proposés comme méthode de lutte. De plus, la capacité de survie hivernale des Rhizobius d’élevage introduits n’a pas été démontrée pour les zones géographiques Val-de-Loire et Bourgogne.

La pose d’abris d’hivernation du type bandes cartonnées ou fagots de bambous n’a pas facilité le passage de l’hiver pour cette espèce. Dans ces conditions, sur des parcelles avec des foyers de cochenilles installés, il n’est pas possible de compter sur une pérennisation des populations introduites de Rhizobius. Il faut donc réitérer les lâchers chaque année. Avec un coût de 0,20 € par adulte de Rhizobius, la méthode testée dans le projet coûterait 2 000 € d’intrants à l’hectare et environ 25 € de main-d’œuvre (pour deux lâchers), soit 20 à 45 % du produit brut, ce qui est bien évidemment totalement prohibitif, d’autant qu’une parcelle de cassissiers ne dure qu’une dizaine d’années, et que parmi celles-ci seules quatre à cinq années sont des années de « pleine production ».

Le projet RhizoDia met en lumière la difficulté à démontrer l’efficacité d’une méthode de biocontrôle basée sur un macroorganisme en milieu ouvert, et qui plus est sur un ravageur comme la cochenille diaspine, caractérisée par sa propension à former des encroûtements de carapaces et à se développer en foyers.

Cibler le début d’apparition des foyers

Si Rhizobius lophantae semblait un excellent candidat pour le contrôle des cochenilles diaspines, son potentiel d’utilisation en milieu ouvert dans les conditions du Val-de-Loire et de la Bourgogne (et à plus forte raison dans des régions plus septentrionales) n’est donc aujourd’hui pas acquis. Une efficacité semble possible, mais les conditions de succès de lâchers de Rhizobius dans les parcelles de cassissiers sont loin d’être maîtrisées et leur coût est actuellement totalement prohibitif à l’échelle de parcelles entières.

Les professionnels de la filière cassis, appuyés par l’Afidem, restent très demandeurs d’une solution de biocontrôle pour réguler les dégâts de la cochenille. Malgré les résultats en demi-teinte du projet RhizoDia, les producteurs, responsables professionnels et techniciens impliqués dans son comité de pilotage n’ont pas souhaité abandonner la piste d’une lutte biologique par les coccinelles Rhizobius. Une suite a donc été donnée à cette étude, en ciblant cette fois le tout début d’apparition des foyers en jeunes plantations de cassissiers, et en n’effectuant les lâchers que sur la deuxième période d’essaimage. L’idée est de laisser plus de chance aux Rhizobius introduits de s’acclimater à la faveur des températures estivales. La technique doit s’intégrer dans un programme phytosanitaire plus complet, en maintenant la possibilité d’intervenir au printemps contre les pucerons et les cécidomyies, qui sont également des ravageurs capables de dégâts importants sur cassis. En focalisant les lâchers sur des surfaces réduites et en se limitant à un lâcher annuel, il serait alors peut-être possible de réduire le coût de la méthode. L’objectif serait un coût à terme de 350 €/ha.

Les lâchers de coccinelles contre la cochenille blanche du mûrier, Infos CTIFL n°365 octobre 2020

Zoom sur les cochenilles diaspines

 

 
Les cochenilles diaspines se caractérisent par la présence d’un bouclier. © DR
La famille des cochenilles diaspines regroupe 2 595 espèces, souvent généralistes et capables d’affecter une diversité de ligneux (espèces fruitières, ornementales ou forestières). Les diaspines se caractérisent par la présence d’un bouclier formé par l’accumulation de sécrétions cireuses, qui les rend peu accessibles aux insecticides. Avec une faible capacité de dispersion et de nombreux prédateurs associés, ce sont des candidates idéales pour la lutte biologique.

 

Certaines espèces sont à l’origine de dépérissements importants et difficiles à réguler, conduisant parfois jusqu’à l’arrachage de parcelles, notamment en système AB. On peut ainsi citer la cochenille blanche du mûrier sur cassis mais aussi sur pêcher, cerisier et agrumes, la cochenille rouge du poirier sur prunier, le pou de San José sur pommier, prunier, poirier et cerisier, ou la cochenille virgule du pommier sur abricotier ou noyer. Il y a une quarantaine d’années, seul le sud de la France était concerné par les problèmes liés aux cochenilles, alors qu’aujourd’hui, d’après l’enquête réalisée par le groupe cochenilles du GIS Fruits en 2016, plus des trois quarts du territoire sont concernés.

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