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Poireau : face au thrips, la piste prometteuse des odeurs répulsives

Les travaux du CTIFL montrent que l’utilisation d’odeurs répulsives peut limiter l’infestation par le thrips en culture de poireau, avec la pulvérisation de microcapsules d’huile essentielle de coriandre.

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Les essais menés depuis cinq ans montrent que l’utilisation d’odeurs répulsives pourrait protéger efficacement le poireau du thrips.
© CTIFL

D’ici cinq à dix ans, une solution opérationnelle de protection des cultures de poireau contre le thrips par pulvérisation de microcapsules répulsives pourrait être proposée aux producteurs. « De nombreuses solutions ont été testées contre le thrips, sans véritable succès, rappelle Sébastien Picault, ingénieur en agroécologie au CTIFL. Mais depuis cinq ans, nos travaux sur l’utilisation d’odeurs répulsives montrent que cette technique pourrait protéger efficacement le poireau du thrips. »

Les premiers essais ont porté sur l’installation de plantes répulsives dans la culture, en rangs alternés, planches alternées ou damier. « Ils ont montré qu’en modifiant le paysage chimique de la culture, on peut perturber le thrips et le détourner du poireau », poursuit Sébastien Picault. Des tests d’olfactométrie effectués au CTIFL ont notamment permis d’identifier trois plantes très répulsives pour Thrips tabaci : le thym, la coriandre et le basilic.

Repousser les thrips en poireau avec des huiles essentielles

L’installation de plantes répulsives dans la culture crée toutefois une forte compétition pour le poireau. Depuis deux ans, les travaux ont donc été orientés vers l’utilisation d’huiles essentielles. Leur effet sur le thrips a d’abord été prouvé en laboratoire. « Quand on met des thrips dans un olfactomètre avec de l’huile essentielle de thym ou de coriandre par exemple, 80 % des thrips partent à l'opposé, indique Sébastien Picault. Et quand on les met avec de l’huile essentielle d’une des plantes attractives, 80 % vont vers la source de l’odeur. Il y a donc un vrai potentiel pour une stratégie push-pull basée sur l’utilisation d’odeurs répulsives. »

Les premiers essais au champ avec des gels d’huile essentielle ont été menés en 2024. Les gels ont été placés tous les 50 centimètres sur le rang, en quinconce, et renouvelés tous les sept jours. « Les poireaux sont alors noyés dans l’odeur répulsive. Et nos essais montrent qu’on peut ainsi réduire au moins de moitié les vols de thrips, l’infestation de la culture et la sévérité des dégâts. La réduction des dégâts atteint même 73 % avec l’huile essentielle de coriandre, qui est de plus la moins coûteuse et sera donc privilégiée. »

Des microcapsules à pulvériser

En 2025, en vue du transfert de la technique, des essais de microencapsulation d’huile essentielle de coriandre ont été menés, le but étant de pouvoir l’apporter avec un pulvérisateur, afin de faciliter l’application par les producteurs. Deux formulations ont été testées : l’épandage d’amalgames de microcapsules d’huile essentielle et la pulvérisation de microcapsules d’huile essentielle avec un adjuvant.

Les meilleurs résultats ont été obtenus avec les microcapsules. « L’hypothèse est que l’adjuvant “colle” les microcapsules sur les feuilles de poireau, ce qui crée un paysage chimique inhospitalier et rend la piqûre du poireau par le thrips très désagréable », explique l’expérimentateur.

Les travaux vont se poursuivre de 2026 à 2028 dans le cadre du projet Inspiq (1), en collaboration avec le Sileban, le Pôle légumes région Nord (PLRN), la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais et la société Agriodor. « Le but sera de valider et préciser la technique, de savoir si les microcapsules sont sensibles à la pluie, au soleil, à quel rythme il faut les apporter…, précise Sébastien Picault. L’aspect réglementaire sera aussi examiné pour que la solution soit rapidement utilisable. Mais nous savons déjà que la technique est efficace, applicable au pulvérisateur, sans résidu et que son coût sera sans doute abordable. » Un autre axe de travail du projet Inspiq est la conception d’un système « autorégulateur », visant à ce que le thrips soit régulé par ses ennemis naturels, incluant l’utilisation d’huiles essentielles attractives et répulsives, des plantes de services (nectarifères, banques, pièges, répulsives, filtres) et des lâchers d’auxiliaires (Orius laevigatus et Aeolothrips intermedius).

(1) Projet coordonné par le CTIFL et soutenu financièrement par le Plan stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures (Parsada).

Poireau : la coriandre en interrang

Une autre possibilité pour repousser le thrips est l’implantation de coriandre dans l’interrang central des planches de poireau. « On réduit les interrangs de bordure et on élargit l’interrang central à 45-50 centimètres pour y semer un rang de coriandre, explique Sébastien Picault. Tous les rangs de poireaux sont ainsi conservés et les dégâts de thrips sont divisés par deux, avec peu de compétition. »

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