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Pays de la Loire : fertiliser en maraîchage en combinant couverts végétaux et compost pour être plus autonome

Des essais réalisés en Pays de la Loire montrent que combiner couverts végétaux et apport de matière organique brute peut limiter le besoin en fertilisants.

<em class="placeholder">Tests de couverts végétaux dans le cadre du projet Minima.</em>
Différents couverts végétaux ont été testés dans le cadre du projet Minima qui a travaillé sur des pistes pour augmenter l'autonomie en fertilisation.
© CTIFL

« Avec l’augmentation des prix des engrais, les producteurs veulent réduire l’usage de fertilisants », constate Juliette Lallemand, conseillère maraîchage du CDDL. Des essais ont été menés en Pays de la Loire dans le cadre du projet Minima (2023-2025). Une piste est celle des couverts végétaux. « Les couverts structurent le sol, limitent l’érosion et les adventices, abritent des auxiliaires et pollinisateurs et peuvent assainir le sol, détaille Armelle Braud, conseillère vie du sol et agroécologie du CDDM. Ils peuvent avoir un intérêt pour la nutrition des plantes. »

Les effets directs sont la libération de nutriments par décomposition du couvert et la fixation d’azote par les légumineuses. Indirectement, les couverts stimulent la vie du sol, améliorent la disponibilité en nutriments et réduisent la compétition des adventices. Les couverts estivaux qui se développent chez les producteurs ont toutefois un effet limité sur la nutrition azotée. « Certains produisent beaucoup d’azote, mais qui ne se retrouve pas un mois après broyage du couvert », constate Armelle Braud. La durée de ces couverts étant limitée à deux mois, les légumineuses, qui s’installent lentement, ne sont pas adaptées. L’effet sur la disponibilité en azote et phosphore est donc limité, avec un apport moyen de 10 UN. Le gain en potasse peut par contre atteindre 200 kilos par hectare. Un effet sur les cultures est en général observé après plusieurs années de couverts, lié sans doute aux effets indirects. Les couverts multispécifiques sont à privilégier. « Ils augmentent les chances de réussite du couvert, la biomasse produite, la biodiversité et l’activité biologique du sol », analyse la conseillère.

Intérêt des légumineuses pour des couverts longs

Les couverts d’automne et printemps, plus longs et qui peuvent donc inclure des légumineuses, ont plus d’intérêt. Les essais montrent que le pois chiche, le sainfoin et la serradelle ne sont pas adaptés aux conditions pédoclimatiques ligériennes. La lentille beluga, la féverole, la gesse et les trèfles squarrosum, blanc et incarnat s’implantent bien et permettent les meilleurs apports d’azote. En fin de culture, tous fournissent plus d’azote que le témoin (seigle-avoine + 70 UN organique), avec un gain qui va de 2 UN (féverole) à 30 UN (trèfle squarrosum).

L’intérêt varie selon le temps de dégradation du couvert et la durée de la culture. Un essai de couvert de printemps avant laitue montre ainsi que les seules légumineuses intéressantes avant cette culture courte sont les trèfles blanc et incarnat. Avant potimarron, culture plus longue, les possibilités sont plus larges et les résultats plus positifs. Par rapport au témoin (seigle-avoine + 220 UN organique), la lentille augmente le nombre de fruits sans impacter leur poids moyen ; la féverole réduit le nombre de fruits, mais augmente le poids moyen. « Il faut semer tôt, fin septembre, pour favoriser la biomasse, précise Charlotte Berthelot, responsable de l’unité DSPL du CTIFL. Et il faut au moins un mois entre l’enfouissement du couvert et l’implantation de la culture. » À prévoir également, l’irrigation ainsi que des faux semis et protections anti-oiseaux pour les espèces à grosses graines. Enfin, les légumineuses étant hôtes de maladies communes aux cultures maraîchères, il faut raisonner les successions.

Apport de matière organique brute locale

Une autre piste est l’apport de matière organique, qui fournit de l’azote utilisable par les micro-organismes du sol. Les expérimentateurs ont sélectionné des ressources locales peu coûteuses. « Certaines sont à libération rapide, comme les fientes de volailles, le gazon, le sang séché, rapporte Charlotte Berthelot. D’autres sont plus équilibrées, comme le foin, la paille, le fumier bovin ou le Bochevo, compost de fumiers de bovin, équin et volaille. » Des essais ont été menés avant laitue avec des associations complémentaires comme du fumier bovin/déchets verts, du biochar/déchets verts… Avec plusieurs associations, les rendements ont été équivalents à la référence. « Ce résultat s’explique par l’apport d’azote, mais aussi par une action sur les enzymes intervenant dans les cycles des nutriments. » De bons résultats ont été obtenus notamment avec le couple biochar/déchets verts. « Ces essais confortent l’intérêt des composts, note Armelle Braud. Il faut varier les sources, mais éviter le fumier pour des raisons sanitaires. » Les apports sont à adapter selon le taux de matière organique du sol, la culture, la rotation et à réduire au cours du temps. Abaisser l’apport d’azote minéral permet aussi une meilleure utilisation de l’azote du couvert. Enfin, les meilleurs résultats sont obtenus par la combinaison de couverts de légumineuses et d’apport de matière organique, qui semble permettre une meilleure assimilation de l’azote des couverts.

Des résultats encourageants pour le biochar

Dernière piste : les biostimulants qui, en conditions contrôlées, aident à l’utilisation de l’azote et du phosphore. « En plein champ, leur effet est toutefois difficile à démontrer, constate Pierre Parodi, conseiller en cultures légumières sous serre au CDDM. Des recherches sont nécessaires pour connaître les pratiques permettant l’expression optimale des biostimulants. » Les essais ont par contre montré l’intérêt du biochar, produit issu de la pyrolyse de matières organiques photosynthétiques. « Il capte les anions et cations de l’eau du sol et retient donc l’azote en excès. » Dans un essai en poireau, l’apport de biochar a augmenté le poids moyen du poireau de 14 %. En mâche, il a amélioré le rendement de 8 % et maintenu le rendement avec une baisse de 30 % de la fertilisation. Si son coût reste très élevé, des fabricants de compost en intègrent désormais à leurs produits.

Abaisser les apports en phosphore et potasse

Alors que la pratique est d’apporter un engrais triple, les analyses en Loire-Atlantique montrent que les sols y sont très bien pourvus en phosphore et potasse. « L’impasse en phosphore est possible sur la plupart des sols, dès qu’ils dépassent 0,2 g/kg P2O5, rapporte Armelle Braud. Et la stratégie de fertilisation en potasse n’influe pas sur le rendement, sauf si le sol dépasse 0,5 g/kg K2O. Après trois ans d’impasse en phosphore et potasse, il n’y a pas eu de baisse de rendement en mâche et jeunes pousses. Nous devons revoir nos règles de décision pour les redressements de fertilisation en utilisant la méthode REVEIL qui semble plus adaptée à la mâche et aux jeunes pousses que les seuils Comifer. »

Utiliser des outils de pilotage

Les limites des analyses en labo

 

 
<em class="placeholder">analyse de sol / échantillons de terre et fiches de renseignements en partance pour le laboratoire de la coopérative Cap Seine / mesure du reliquat azote</em>
Les analyses de sol en laboratoire sont peu adaptées à un pilotage de la fertilisation réactif. © Réussir

Le pilotage de la fertilisation se fait surtout à partir d’analyses de sol en laboratoire. « Les résultats toutefois sont longs à obtenir et ne permettent pas de fertilisation précise, notamment sur des cultures à cycle très court comme le radis d’été », souligne Pierre Parodi, conseiller en cultures légumières sous serre au CDDM. L’OAD Pilazo et les grilles Zenith donnent des résultats rapides, mais dépendent des variétés et sont difficiles à interpréter.

Des outils réactifs

Le CDDM a testé quatre outils utilisables pour adapter la fertilisation rapidement. L’Atleaf et le N-Tester, qui mesurent la chlorophylle, se sont avérés inadaptés au maraîchage. Le Laquatwin et le Nitrachek 404 se sont par contre montrés très fiables pour l’analyse du taux d’azote de la sève. Le Laquatwin permet aussi la mesure du potassium, du calcium et du sodium. La prise d’échantillon prend 20 secondes pour le Laquatwin, un peu plus longtemps pour le Nitrachek.

Des coûts à intégrer

Le coût est de 450 euros pour le Laquatwin (+ 0,70-1 € par session pour la solution étalon, qui sert à plusieurs échantillons), et de 350 euros pour le Nitrachek (+ 1 € de consommables par échantillon). « Il faut développer l’usage de ces outils par les producteurs, le Laquatwin permettant de mesurer d’autres éléments que l’azote, plus rapidement avec un coût de consommables inférieur », relève Pierre Parodi.

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