Maraîchage : Organismes de quarantaine, de qui se méfier ?
La DGAL alerte sur cinq organismes de quarantaine menaçant particulièrement les cultures maraîchères en France métropolitaine.
La DGAL a fait le point sur les organismes les plus dommageables occasionnellement observés en France, lors de la rencontre sur la protection des cultures légumières organisée par la chambre d’agriculture des Hauts-de-France. En Europe plus de 400 organismes de quarantaine sont surveillés. Parmi ces organismes, quelques-uns menacent particulièrement les légumes.
1 Bactrocera dorsalis ou mouche orientale des fruits
Observée pour la première fois en 2018 dans la région de Campanie en Italie, Bactrocera dorsalis a depuis été classée transitoire (présente de manière ponctuelle, mais dont l’établissement durable n’est pas observé) comme en Grèce et en Espagne. C’est un insecte très polyphage. Les cultures de cucurbitacées et de solanacées sont particulièrement menacées et plus de 500 espèces de plantes sont considérées hôte.
Statut en France : elle a été vue pour la première fois en 2022 puis en 2023 et 2025 et y est considérée transitoire. « Elle est piégée dans différentes régions et aux abords des marchés dès qu’on a des denrées tropicales. Pour l’instant elle ne touche pas aux cultures », indique Sophie Szilvasi, experte légumes pour la DGAL.
Moyens de lutte : contre les mouches des fruits, aucune solution phytosanitaire n’est homologuée en solanacées. En cucurbitacées, l’ensemble des usages mouches s’applique à Bactrocera dorsalis, mais n’étant pas présente sur le territoire leur efficacité face à cette mouche n’est pas connue. Sous abri, l'abamectine est autorisé en cururbitacées à peau non comestible, le cyantraniliprole et l'azadirachtine sont utilisables sur toutes les cucurbitacées. Il n’y a pas d’usages autorisés en plein champ. En biocontrôle, les hyménoptères parasitoïdes semblent efficaces contre les mouches Tephritidae, dont elle fait partie, selon une étude américaine de 2014. Autre agent de biocontrôle d’intérêt contre les mouches Tephritidae : les nématodes entomopathogènes Heterorhabditis et Steinernema d’après une étude de 2014, australienne cette fois-ci. Bactrocera dorsalis pose déjà souci en culture de mangue à la Réunion. Face au manque de leviers, la technique de l’insecte stérile est à l'étude.
2 Dacus frontalis ou mouche du melon
Autre mouche problématique, Dacus frontalis. Elle s’est installée dans les îles Canaries en 2018. Elle est considérée comme un ravageur d’importance économique au Ghana, ou elle a été clairement identifiée. « Les cultures de courgettes et de melons y sont particulièrement sensibles », ajoute l’experte DGAL.
Statut en France : la France est le seul pays en Europe ou Dacus frontalis a été observée, elle y est considérée transitoire. Elle a été vue pour la première fois en septembre 2025 dans une culture de courgettes bio en PACA.
Moyen de lutte : la prophylaxie est primordiale pour réduire l’émergence d’adultes. Il est conseillé d’exporter les fruits non récoltables, généralement laissés sur place par les récoltants, hors de la parcelle. En termes de lutte phytosanitaire, comme pour Bactrocera dorsalis, l’ensemble des usages mouches en culture de cucurbitacées s’applique à Dacus frontalis. Appartenant également à la famille des Tephritidae, elle peut aussi être contrôlée à l’aide d’hyménoptères parasitoïdes et de nématodes entomopathogènes.
3 Popillia japonica ou scarabée japonais
La présence du scarabée japonais en Europe n’est plus à démontrer. Il est installé en Italie, en Suisse (observé pour la première fois dans le Tessin), en Allemagne et en Croatie. Il est transitoire en Espagne et en Slovénie. Ce scarabée compte plus de 400 espèces hôtes. En Europe, il est le deuxième organisme de quarantaine le plus dangereux, avec un dommage économique possible sur les rendements de six cultures hôtes principales, incluant les fruits rouges, de 30 millions à 7,8 milliards d’euros selon les chercheurs du projet européen IPM-Popillia. Il fait partie des organismes nationaux réglementés prioritaires.
Statut en France : le scarabée japonais n’est pour l’instant que transitoire, mais sa présence dans quatre des huit pays limitrophes à la France métropolitaine augmente fortement le risque d’installation. « Il a été piégé pour la première fois en France en 2025 dans le Grand-Est, près de la frontière », alerte Sophie Szilvasi.
Moyens de lutte : quatre substances sont homologuées contre les coléoptères phytophages en maraîchage : le cyantraniliprole, la cypermethrine, la lambda-cyhalothrine et la deltamethrine. Les larves réalisant tout leur cycle dans le sol, la lutte est cependant compliquée. L’application au sol de nématodes entomopathogènes, tels que Heterorhabditidae ou Steinernematidae est relativement efficace.
4 Meloidogyne enterolobii ou nématode à galles du goyavier
En Europe, Meloidogyne enterolobii est installé en Italie (en Sicile et en Toscane), au Portugal (en région centre) et en Suisse. Il a été observé aux Pays-Bas également et y est considéré comme transitoire. Ce nématode est particulièrement préoccupant car il compte un nombre de plantes hôtes cultivées en France important : concombre, poivron, tomate, aubergine, melon et pastèque. De plus, cette espèce est capable de détourner la résistance variétale, comme celle des variétés de poivrons Carolina Wonder et Charleston Belle tel que le précise une étude Inrae de 2020.
Statut en France : il n’est pas encore présent, mais « a été intercepté lors de contrôles de marchandises à la frontière en 2025 », prévient Sophie Szilvasi.
Moyens de lutte : en solanacées et cucurbitacées, trois substances de biocontrôle sont autorisées : l’extrait d’ail, le géraniol et le champignon nématicide Purpureocillium lilacinum. Hors biocontrôle, la seule substance active applicable est le fluopyram. Plusieurs études dont une chinoise de 2025, précise que la protection n’est pas suffisante sans une gestion préventive de l’infestation avec des rotations longues, l’exportation des résidus, un travail du sol profond et de la solarisation.
5 La bactériose vasculaire du haricot
Originaire d’Amérique du Nord, la bactériose vasculaire du haricot (Curtobacterium flaccumfaciens pv. flaccumfaciens) est aux portes de la France, étant déjà installée en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas et en Hongrie. Cette bactérie se conserve dans les semences infectées, les résidus végétaux ou le sol où elle peut survivre deux hivers ou plus. Sa viabilité peut dépasser 24 ans dans les semences. Par ailleurs, elle compte un nombre d’hôtes important puisqu’elle peut coloniser l’ensemble des légumineuses. En plus du haricot, elle menace les cultures de solanacées, notamment la tomate et le poivron.
Statut en France : ni installé ni transitoire. "On a un réseau de surveillance particulièrement important en haricot sur le territoire français, pour l’instant nous ne l’avons pas identifié en culture", rassure l’experte.
Moyens de lutte : le premier levier est de s’assurer de la qualité sanitaire des semences. Des contrôles sont réalisés aux frontières, et cela fonctionne. « Des semences contaminées ont été interceptées en 2025 aux frontières françaises, en provenance des États-Unis », précise Sophie Szilvasi. Le levier variétal est majoritairement mobilisé dans les régions où la bactérie est déjà installée, avec plusieurs variétés de haricots résistantes. Aucune variété résistante n’est connue en tomate et poivron. Concernant la lutte biologique et chimique, une étude de 2020 publiée dans Molecular Plant Pathology passe en revue des solutions à efficacité variable mais non autorisées en France.