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Les Côteaux Nantais mènent leurs vergers en biodynamie

Engagés dans la bio dès les années 1970, les Côteaux Nantais ont fait le choix de la biodynamie à partir de 1995. Une démarche basée sur des préparations spécifiques, le calendrier lunaire et surtout l’observation et l’anticipation.

Créés en 1943 sur 2 ha par Jacques Moreau et René Delhommeau, Les Côteaux Nantais regroupent 103 ha de pommiers, poiriers, autres fruitiers et légumes et un atelier de transformation en jus, compotes, confitures… Depuis sa création, l’exploitation, basée à Vertou, a beaucoup évolué. Une première évolution a été l’engagement dans la bio en 1970, avec la méthode Lemaire-Boucher. « Les premières années ont été difficiles, rappelle Michel Delhommeau, fils de René, aujourd’hui directeur général des Côteaux Nantais. Le carpocapse notamment pouvait entraîner 60 à 80 % de pommes véreuses. » Les producteurs rencontrent alors l’Anog, future fédération de l’agriculture biologique allemande, qui les oriente vers la station de recherche de Changins, en Suisse. « La station a mis au point la confusion sexuelle, que nous avons utilisée dès 1974 et qui a permis de descendre jusqu'à 5 à 8 % de pommes véreuses. » Les pucerons, acariens, champignons… sont peu à peu maîtrisés grâce à la diversification des variétés, la restructuration du verger et l’appui du CTIFL et du technicien arboriculture du département.

Observation et préparations dynamisées

En 1993, Michel Delhommeau commence à s’intéresser à la biodynamie, méthode de production mise au point en 1924 par l’autrichien Rudolf Steiner. « Au-delà du bio, j’ai découvert une autre approche du végétal, plus basée sur l’observation, l’anticipation, en rapport avec les cycles naturels. Une approche aussi où l’homme est important. » Pendant un an, Michel Delhommeau se forme à la méthode Rudolf Steiner et visite des vergers en biodynamie en Allemagne. Puis, l’ensemble de l’exploitation passe en biodynamie selon le cahier des charges Demeter, marque internationale de la biodynamie certifiée. En pratique, la méthode repose avant tout sur l’observation. « Chaque arbre est vu au moins deux fois par semaine, ce qui représente deux pleins-temps uniquement pour l’observation. » Un autre aspect essentiel est la pulvérisation de préparations visant à stimuler la vie du sol et des plantes. Sept applications par an sont réalisées à des périodes précises, avec de la bouse de corne (appelée « 500 »), mélange de bouse et de corne de vache visant à stimuler les micro-organismes du sol et la libération d’humus, ou de la silice (« 501 »), destinée à l’arbre. « La silice a un effet lumière. Elle améliore le fonctionnement de la chlorophylle et réduit la sensibilité aux UV, notamment aux périodes chaudes où les feuilles se referment, ce qui bloque la sève. Grâce à la silice, nous avons gagné 4 à 5°C avant que les feuilles se referment. La silice renforce aussi les défenses immunitaires et améliore la coloration des fruits. » La bouse de corne et la silice sont apportées à des doses très faibles (2,5 g/ha pour la silice), comme en homéopathie, ce qui implique un matériel de pulvérisation spécifique. Des préparations de plantes (dix espèces) sont par ailleurs pulvérisées pour des objectifs précis (rendre l’arbre moins appétant pour les pucerons…). Toutes les préparations sont dynamisées grâce à un dynamiseur qui tourne la préparation pendant une heure, dans un sens et dans l’autre, imitant l’eau vive et favorisant le lien de la substance avec l’eau. Enfin, toutes les applications sont faites en tenant compte du calendrier lunaire. « La lune a beaucoup d’influence sur les végétaux et ceux-ci sont plus ou moins réceptifs aux produits selon la période. »

Qualité et conservation améliorées

Les traitements autorisés en bio sont également utilisés, en limitant les doses. « En cuivre, nous n’apportons que 2 à 2,8 kg/ha/an. Depuis deux ans, nous avons aussi équipé 50 % du verger de filets Alt’Carpo, car le carpocapse est devenu moins sensible au virus de la granulose et pond désormais près du pédoncule ou de l’œil, où il est moins visible des prédateurs. » Au final, les rendements en pomme varient de 18 à 20 t/ha à 30 à 35 t/ha, avec une récolte en deux à trois passages. « La biodynamie implique des charges supplémentaires en temps, matériel, préparations…, admet Michel Delhommeau. Mais elle améliore la qualité, le goût et la conservation. Le taux de sucre est toujours supérieur à 14 à 15 %. Il y a aussi un gain de 2 à 3 % de matière sèche par rapport au bio et donc une meilleure conservation. » Les variétés les plus sensibles à Gloeosporium sont traitées par thermothérapie. En moyenne, les fruits et produits transformés ayant le label Demeter sont payés 5 à 6 % de plus que les produits uniquement bio. « Même si elle reste peu connue, on parle de plus en plus de la biodynamie. Certains clients y sont peu sensibles, mais tous apprécient la qualité des produits. »

A lire aussi : Bonne qualité et moins de quantité pour les Côteaux Nantais

44 variétés de pommes

 

 
La diversité variétale facilite la conduite en bio et en biodynamie. © V. Bargain
Les Côteaux Nantais cultivent 44 variétés de pomme, 8 de poire, 8 de fraise… « A partir de 1980, nous avons multiplié le nombre de variétés en alternant dans les vergers quatre rangs d’une variété et quatre d’une autre, explique Michel Delhommeau. Outre une meilleure pollinisation, en introduisant des variétés résistantes aux pucerons, aux acariens…, on augmente la résistance globale du verger. La diversité variétale permet aussi d’étaler les travaux. Et le consommateur bénéficie ainsi d’une offre plus large. » La dernière nouveauté en pomme, lancée en 2017, est Lafayette, pomme précoce, aromatique et sucrée, adaptée aux circuits courts. « En 2020 toutefois, nous l’avons récoltée le 22 juillet, ce qui implique une mise en marché en août, période peu propice à la vente de pommes. Elle est aussi assez fragile. » Deux nouvelles variétés de pomme devraient être lancées cet hiver.

 

Phase de transmission

 

 
Les surfaces sont réparties en six vergers autonomes au nord et au sud de Nantes, ce qui limite les risques, notamment de tavelure, et permet de traiter au bon moment et donc à des doses réduites. © V. Bargain
Le groupe Les Côteaux Nantais rassemble 103 ha de verger, une station fruitière et l’unité Cototerra qui regroupe désormais toutes les activités de transformation sur un site de 6 000 m² à Remouillé (Loire-Atlantique). Aux 1 500 à 2 000 t de pommes s’ajoutent 300 à 400 t de poire, mais aussi des prunes, pêches, kiwis, coings, fraises, rhubarbe et des légumes destinés aux trois magasins de vente directe des Côteaux Nantais et qui facilitent les rotations en fraisier. 80 à 90 % des fruits frais et transformés sont vendus en France, à 85 % en magasins spécialisés et 15 % en GMS. En moyenne, 30 % des fruits, uniquement les écarts de tri, sont transformés (20 % depuis l’installation des filets Alt’Carpo). A l’avenir, le groupe veut développer les kiwis et les coings. Il a aussi initié un partenariat avec des producteurs qu’il accompagne vers la bio puis la biodynamie. Un projet de ferme pédagogique et lieu de formation à la biodynamie et à la cuisine est en réflexion. Après le départ en retraite de Robert Dugast en 2020, celui prochain de Benoît Van Ossel et celui de Michel Delhommeau en 2021, les trois associés devraient par ailleurs laisser la place à une équipe renouvelée, familiale et issue de l’entreprise.

 

Parcours

1943 création des Côteaux Nantais

1970 engagement dans la bio

1978 arrivée de Michel Delhommeau

1981 développement de la transformation

1990 certification AB

1995 développement de la biodynamie

2017 création de Cototerra et du nouvel atelier de transformation

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