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Maraîchage : les pistes pour lever le verrou des punaises

Plusieurs méthodes de protection, évaluées dans le cadre du projet IMPULsE, donnent l’espoir de limiter la problématique des punaises phytophages en cultures légumières.

Le projet IMPULsE  © A. Lasnier
Le projet IMPULsE
© A. Lasnier

La gestion des punaises phytophages constitue un verrou technique important en cultures maraîchères. Débuté en 2017, le projet IMPULsE est arrivé à échéance fin 2020. Plusieurs méthodes ont été évaluées sur tomate, aubergine et chou. A ce stade, les méthodes de gestion basées sur la protection physique (filet, pièges chromatiques englués) et la lutte biologique (auxiliaires parasitoïdes et entomophages, nématodes entomopathogènes) donnent les résultats les plus intéressants, en cultures de tomate et d’aubergine sous abri. Celles établies sur la biodiversité fonctionnelle (utilisation de plantes pièges) montrent également un réel intérêt pour la gestion de la punaise du chou en plein champ.

A lire aussi : Production de pommes et poires : Les filets insect-proof prometteurs contre les dégâts de punaises

Les plantes pièges ont pour objectif d’attirer les punaises, qui peuvent ainsi être éliminées avant qu’elles ne pénètrent dans la culture à protéger. Plusieurs plantes ont été évaluées, en culture de choux de plein champ et en tunnel d’aubergine (voir encadré). Outre l’attractivité des plantes de service, l’efficacité de cette technique dépend également de la destruction efficace des individus piégés afin qu’ils ne réinfectent pas la culture. En 2017, la régulation des populations de punaises sur les plantes pièges a été réalisée par aspiration, en 2018, à l’aide d’un filet fauchoir.

L’aspiration est une technique efficace mais peu persistante dans le temps, et qui demande un temps de travail important. A ce stade, cette technique semble difficilement transférable en production pour traiter des surfaces importantes, bien qu’il existe des exemples dans d’autres cultures légumières. La régulation grâce au filet fauchoir s’est révélée aussi efficace que l’aspiration mais reste également à adapter pour envisager un transfert en production. Il existe donc encore un verrou technique pour le traitement des plantes pièges qui doit être levé pour parvenir à diffuser plus largement cette technique.

Un parasitoïde contre Nezara viridula

En 2018 et 2019, le parasitoïde oophage Trissolcus basalis collecté et produit par l’équipe RDLB de l’UMR ISA (INRAE Paca) a été évalué en serre expérimentale sur le centre CTIFL de Balandran (Gard). Ce parasitoïde est efficace contre la punaise verte Nezara viridula. Les essais ont été conduits en culture d’aubergine hors-sol. Trois indicateurs du parasitisme ont été mesurés pour identifier la stratégie la plus intéressante : le taux d’ooplaques parasitées, le nombre d’œufs parasités par ooplaque parasitée et le nombre d’œufs parasités sur le nombre total d’œufs observés. La comparaison statistique des différentes stratégies ne met pas en évidence de différence significative entre les indicateurs mesurés, cependant on observe des tendances fortes.

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La modalité avec l’introduction des parasitoïdes à la dose d’1 individu/m2/semaine présente ainsi les résultats les plus élevés sur deux des trois indicateurs, avec respectivement 72 % d’ooplaques parasitées et 68 % d’œufs parasités au total. De plus, les dégâts recensés sur la culture étaient significativement plus faibles dans cette stratégie par rapport aux autres stratégies testées. Cette stratégie semble donc être la plus intéressante d’un point de vue coût/bénéfice. En revanche, l’augmentation de la dose d’individus lâchés (2 individus/m2/semaine ou 4 individus/m2 toutes les deux semaines) ne permet pas d’améliorer la régulation de la punaise. Ceci pourrait s’expliquer par une compétition entre les femelles pour les hôtes disponibles.

Applications répétées de nématodes entomopathogènes

Plusieurs techniques ont été expérimentées vis-à-vis de Nesidiocoris tenuis, une problématique importante en culture de tomate dans le sud de la France : panneaux englués de couleurs (voir encadré) et auxiliaires (nématodes entomopathogènes). En complément de traitements insecticides et de mesures prophylactiques, le produit de biocontrôle Capsanem (Koppert), à base de nématodes entomopathogènes, a ainsi été testé deux années successives en conditions de production, en 2018 et 2019. Le produit a été appliqué en pulvérisation au niveau de la tête des plantes. Deux interventions (essai 2019) et trois interventions (essai 2018) ont été réalisées.

Les applications successives permettent de limiter le développement des larves de N. tenuis, ce qui a pour conséquences de limiter de fortes augmentations de la population. Cependant, on observe 15 jours après un traitement, une nouvelle augmentation du nombre de larves. Il est donc important de répéter les applications. Les observations réalisées par l’Aprel suggèrent que les conditions d’application sont essentielles pour une bonne efficacité. Des conditions trop séchantes semblent défavorables à l’action des nématodes. De plus, un effet de Capsanem est observé sur Macrolophus. Une pulvérisation localisée en tête permet notamment de limiter l’impact sur cet auxiliaire. Koppert France travaille également au développement des nématodes entomopathogènes pour la gestion des punaises Lygus et Nezara.

Les filets efficaces sous certaines conditions

Les filets insect-proof ont été étudiés par le CTIFL sur le centre de Balandran et par Invenio sur le site de Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), en culture d’aubergine sous tunnel de 8 m. Sur les deux sites, une modalité sans filet a été comparée à une modalité avec filet de protection Texinov TIP1000, et une maille carrée de 950 μm. Cette maille est adaptée pour bloquer les adultes de Lygus spp, et a fortiori ceux de Nezara viridula, de taille plus grande. Pour les deux sites, les tunnels sont équipés d’aération latérale. Sur l’ensemble de ces essais, les résultats montrent une réduction significative du nombre de punaises dans les tunnels équipés de filet.

Cette technique nécessite cependant quelques préalables et présente certaines limites. Il est nécessaire de s’assurer de l’absence de punaises sur la culture avant la fermeture du filet, de garantir une étanchéité maximale de l’abri, d’optimiser les portes d’entrée dans l’abri pour faciliter les différentes interventions du personnel, voire d’avoir des sas d’entrée. Il faut aussi tenir compte de la réduction des entrées de certains auxiliaires et pollinisateurs naturels. Enfin, les abris doivent avoir une surface d’aération importante, sous peine de fortes répercussions sur le climat de l’abri et le comportement des plantes.

Source : Infos CTIFL n°368 janvier-février 2021, Le projet IMPULsE à l’heure du bilan - B. Gard, P. Pierre (CTIFL), H. Clerc (Invenio), J-C. Streito, A. Bout (INRAE), S. Chaillout (Koppert), L. Camoin, L. Tosello (CA 13), A. Ginez (Aprel), C. Delamarre (CA 47), J. Lambion (Grab)

 

 

 

Les méthodes de gestion basées sur la protection physique et la lutte biologique donnent les résultats les plus intéressants.

Des panneaux jaunes pour la détection

Des essais ont permis de montrer l’intérêt de panneaux jaunes à glu sèche pour la réalisation du piégeage de détection précoce de Nesidiocoris tenuis, en culture hors-sol chauffée et en sol à froid. En effet, il existe une corrélation forte entre le nombre d’individus observés sur les panneaux et le nombre d’individus observés sur les plantes. Il est même possible de détecter des adultes de N. tenuis sur les panneaux alors qu’aucun adulte n’est observé sur les plantes. Cette technique peut donc être utile pour déclencher des traitements très tôt sur des foyers identifiés et limiter précocement le développement des populations. En revanche, les essais de piégeage massif n’ont pas été concluants mais pourraient être poursuivis afin d’affiner cette stratégie.

Trois plantes pièges testées contre les punaises

La moutarde pas assez efficace

 

 
Les plantes pièges consistent à attirer les punaises phytophages sur des végétaux plus attractifs que la culture en place, puis de les éliminer. L’approche a été testée en culture de chou de plein champ afin de réduire les dégâts de punaises Eurydema. Le Grab a testé la moutarde et le colza implantés à l’extérieur de la parcelle de choux (2017) et dans les rangs de choux (2018). La moutarde s’est avérée une plante piège peu intéressante : elle monte vite à graine et ne permet pas de couvrir la totalité du cycle cultural du chou. Elle n’a pas été utilisée dans l’essai 2019.

 

Le colza intéressant pour attirer Eurydema

 

 
© H. Zell
Dans les essais du Grab, le colza s’est montré beaucoup plus intéressant que la moutarde pour piéger les punaises Eurydema. Il est plus attractif et présente une durée de vie plus longue. L’essai 2018 (insertion des plantes pièges dans les rangs de choux) confirme l’intérêt du colza par rapport à la moutarde. Dans les parcelles protégées avec le colza, il a été observé une réduction des populations de punaises et une réduction des dégâts de piqûres sur les choux. En 2019, les planches de chou étaient protégées avec des plants de colza co-plantés avec la culture et l’introduction du parasitoïde Trissolcus basalis. Là aussi, les choux sont moins attaqués en présence des plantes pièges.

 

La luzerne n’attire pas Lygus et Nezara

 

 
© J. Weber
Sur un site d’Invenio, une bande de luzerne a été implantée de chaque côté d’un tunnel d’aubergine. Les punaises Pentatomidae (comme N. viridula) sont moyennement attirées et colonisent davantage les aubergines. En revanche, les punaises Miridae sont fortement attirées par la luzerne. Cependant, les espèces retrouvées en grand nombre ne sont pas celles que l’on souhaite piéger. En effet, on trouve en majorité des punaises du genre Adelphocoris, peu présentes sur l’aubergine. Lygus est finalement peu présent dans la luzerne dans les conditions de l’essai.

 

Des filets sur choux contre Eurydema

La Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône a mis en évidence l’efficacité des filets contre les punaises Eurydema sur culture de choux, lors d’essais conduits avec l’Aprel. Sur cette culture, les filets sont une méthode de protection intéressante contre les punaises Eurydema, mais également contre les altises et les chenilles. Les filets sont déployés dès la plantation. Ils permettent ainsi de protéger les choux en début de culture, quand les punaises et altises sont les plus actives et transitent depuis les adventices qui dépérissent avec l’été, et quand les plantes sont peu développées et les plus vulnérables aux attaques des punaises.

Il faut cependant s’assurer de mettre en place les filets le plus tôt possible et de la manière la plus étanche possible, pour éviter un développement des ravageurs à l’intérieur. L’essai a montré que le filet ne modifie pas le climat dans des proportions pénalisant la culture. Les températures moyennes sont identiques entre les parcelles avec et sans filet, avec toutefois des températures maximales supérieures sous les filets et donc un climat légèrement plus sec.

Les cultures bio candidates

Une étude technico-économique approfondie réalisée par la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône dans le cadre du projet IMPULsE a montré que l’utilisation des filets en culture de choux est coûteuse (coût du filet, mais aussi achat et utilisation des machines de pose). La pose manuelle est difficilement réaliste, elle se réserve à de petites surfaces non mécanisables. En raison de ces surcoûts, la protection des choux par les filets n’est intéressante que dans les cas suivants : lorsque les dégâts de punaises sont nombreux (plantations précoces entre juin et mi-août), en cas de manque de moyens de protection, et quand les prix de commercialisation sont assez élevés (au moins 1,45 euro par pièce en chou-fleur ou chou pommé).

Les cultures de choux bio seraient ainsi les plus à même d’être protégées par les filets. Enfin, plus la mécanisation de l’exploitation et les surfaces cultivées sont importantes, mieux l’exploitation rentabilisera les charges des machines, en les utilisant davantage sur les cultures de choux, mais aussi d’autres espèces pour la pose de paillage plastique (melon, courgette, salade…).

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