Conor l’agricultor : avec une BD jeunesse « nous voulons planter des graines dans la tête des enfants »
Stars des réseaux sociaux, Conor l’Agricultor et sa femme Sarah publient cet automne une bande dessinée jeunesse pour faire découvrir le quotidien du métier d’agriculteur. Echange avec Christophe et Angélique Durand, le couple derrière ce projet.
Stars des réseaux sociaux, Conor l’Agricultor et sa femme Sarah publient cet automne une bande dessinée jeunesse pour faire découvrir le quotidien du métier d’agriculteur. Echange avec Christophe et Angélique Durand, le couple derrière ce projet.
Lui, a grandi sur l’exploitation familiale qu’il a repris dans l’Ain, elle est une citadine convertie à la campagne. C’est ensemble que Christophe et Angélique Durand se sont lancés sur les réseaux sociaux en 2023 sous les pseudonymes de Conor l’Agricultor et Sarah pour faire découvrir le monde agricole à un large public.
Et cela fonctionne. Depuis Montceaux où l’agriculteur cultive 250 ha et élève une centaine de blonde d’Aquitaine en vente directe, le succès a été immédiat grâce à leur spontanéité et leur pédagogie. Avec leurs 128 000 abonnés sur Tik tok et leurs huit autres chaines sur les réseaux, le couple s’est lancé dans un projet qui verra le jour à l’automne : une bande dessinée à destination des enfants de 6 à 10 ans. Réussir.fr les a interrogés entre deux moissons.
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Réussir.fr : Pourquoi vous êtes-vous lancés sur les réseaux sociaux au départ ? Comment expliquez-vous votre succès ?
Conor l’agricultor : On s’est lancé sur les réseaux pour lutter contre les clichés, les non-dits. On s’est aperçu que dans notre métier, on a jamais vraiment communiqué ; on a laissé une place à d’autres personnes qui racontaient n’importe quoi. On essaie de montrer notre quotidien pour que les gens se rendent mieux compte du métier.
Notre volonté, c'était vraiment de faire quelque chose d'accessible à tous.
Sarah : En 2023, Conor et moi avons réalisé qu’il ne se rendait pas compte que les personnes citadines n’avaient souvent aucune connaissance du monde rural. Lorsqu’il parle de son travail avec nos proches qui ne sont pas de ce milieu, ils ne comprennent pas toujours car ils n’ont pas les bases. Quand on grandit en ville, comme moi, le monde rural, c’est vraiment un monde parallèle.
Tout est parti de questions que je me posais : quelles céréales tu plantes, pourquoi faire ? C'est quoi la différence entre une vache qui fait du lait et une vache pour la viande ? Ces questions parlent directement de son quotidien mais sont importantes pour les citoyens. Donc on a décidé de vulgariser et les personnes ont été réceptives. Notre volonté, c'était vraiment de faire quelque chose d'accessible à tous.
Justement, après les réseaux sociaux, vous publiez une bande dessinée jeunesse cet automne, comment est né ce projet ?
Sarah : Le projet est né l’été dernier [en 2025, ndlr], on s’est dit qu’avec nos vidéos, on touchait les personnes en âge d’être sur les réseaux sociaux mais pas les enfants, alors qu’il faudrait que les plus jeunes comprennent ces sujets pour améliorer le futur.
Conor l’agricultor : Je pense qu’il faut planter des graines dans la tête des enfants. Quand il y a de la haine contre un métier, ou autre chose d’ailleurs, de la part des enfants, c’est qu’ils l’ont entendu des parents. C’est important qu’ils puissent se construire leur opinion jeune, de leur montrer que la nourriture ce n’est pas qu’un paquet de pâtes dans un rayon. Avant dans chaque famille il y avait toujours une personne, un oncle, un grand-père qui étaient de ce milieu. Aujourd’hui, il faut remonter plus loin pour trouver une souche paysanne. C’est ce manque qu’on veut essayer de combler.
Pourquoi avoir choisi la bande dessinée ?
Sarah : Les enfants ont besoin d’images pour comprendre et découvrir. L’agriculteur, aujourd’hui, travaille avec beaucoup de matériel, et ça fascine les enfants, on l’observe sur notre ferme. Il n’y a pas un enfant qui n’aime pas voir un tracteur passer, ça les attire. Et ce qui est intéressant c’est d’expliquer pourquoi on utilise ces machines.
Vous avez décidé d’autoéditer votre ouvrage, quel a été le processus de création ?
Sarah : On est parti de zéro, on ne savait pas faire de BD. Progressivement, au fil de rencontres, on a compris comment ça se construisait. On a rencontré notre illustratrice, Line Hachem et c’est elle qui nous a donné les clés pour pouvoir faire quelque chose qui nous ressemble. Le fait d’être en autoédition, ça nous permet une grande liberté !
Que va-t-il raconter ?
Conor l’agricultor : Au départ, c’est un récit autobiographique, on essaye de passer des messages en retraçant des épisodes de ma vie, de mon enfance sur l’exploitation de mon père à mon retour à l’agriculture. Puis on raconte aussi le quotidien du métier.
Sarah : Il faut savoir qu’on a sauvé un veau, Betty, qu’on a gardé dans notre garage. Sur les réseaux sociaux, les vidéos avaient suscité beaucoup de réactions. On s’est dit que ça ferait un bon fil conducteur et que finalement, ce veau était une bonne porte d’entrée pour faire comprendre une partie du monde agricole. Bien sûr, on ne peut pas tout traiter en 32 pages, l’agriculture, c’est très vaste.
Dans vos vidéos sur les réseaux sociaux, le fils de Conor et ses parents, anciens agriculteurs, apparaissent souvent, la transmission est-elle quelque chose que vous souhaitez mettre en avant ?
Conor l’agricultor : On est que de passage sur l’écran ! Moi, dans 10 ans, je vais devoir partir à la retraite, il faudra que quelqu’un prenne la place, on doit assurer une transition. Et il y a besoin d’accompagnement. Pour moi, ça a été mon père qui a eu la gentillesse et la délicatesse de le faire, alors que je n’avais pas fait d’études d’agriculture, c’est lui qui m’a tout appris et j’apprends encore tous les jours.
Les jeunes qui ne sont pas du milieu, ne savent pas comment s’y prendre pour devenir agriculteur et pensent que c’est inaccessible.
Sarah : Avec nos réseaux, on a remarqué que des jeunes qui ne sont pas du milieu, ne savent pas comment s’y prendre pour devenir agriculteur et pensent que c’est inaccessible. Ce sont des choses qu’on a abordées sur nos chaines, mais qu’on aborde dans la BD pour montrer que c’est possible et que c’est un métier qui a du sens.
Et, au-delà de ça, comme c’est une BD pour les 6-10 ans, les parents vont sûrement la lire avec eux. Ils vont aussi apprendre des choses, les comprendre et les transmettre à leur tour aux enfants. Ca va créer un échange autour du sujet, une autre forme de transmission, et ça, c’est génial.
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Le métier d’agriculteur est réputé comme étant difficile, est-ce que vous abordez cet aspect dans votre BD ?
Sarah : Mon mari dit toujours qu'on ne fait pas des vidéos pour montrer le côté noir de l'agriculture, mais pour remplir un manque de communication, pour montrer la beauté de ce métier. Si vous demandez à un agriculteur si ça va financièrement, il va vous dire non. Mais si vous lui demandez s’il aime son travail, il va vous dire que c'est toute sa vie. C’est aussi ce qu’on veut montrer dans notre livre.
Conor l’agricultor : L’agriculture évolue à vitesse grand V que ce soit en mécanique, en agronomie et dans les technologies. Il y a encore beaucoup de choses à comprendre : on est déjà allé sur la Lune, mais on comprend à peine comment fonctionnent les mycorhizes ! C’est aussi un métier qui s’est complexifié, avec l’administratif, la mécanique. Il faut tout calculer, tout anticiper, c’est vraiment pointu.
Aussi, bien sûr qu’il faut aborder la complexité du métier mais une BD jeunesse n’a pas vocation à être une encyclopédie [rires]. On cherche à éveiller les esprits et à leur donner envie d’aller plus loin par eux-mêmes.
Est-ce que vous pensez que votre projet est d’autant plus important dans le contexte politique et écologique actuel ?
Conor l’agricultor : En matière d’écologie, on a la réputation d’être les vilains petits canards, alors qu’on fait déjà beaucoup et de notre mieux. De façon plus générale, on a trop tendance à laisser les sujets agricoles à des gens qui ne devraient pas forcément prendre la parole dessus. Nous, on essaie simplement de donner les bases pour avoir une réflexion saine et ne pas laisser les gens se faire une opinion sur des buzz qu’ils vont voir en ligne.
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Comment se passe le début de l’été sur votre exploitation avec les conditions climatiques difficiles cette année ?
Conor l’agricultor : Il n’y a plus à manger dans les pâturages depuis 15 jours, trois semaines, c’est un vrai paillasson. On sait qu’on n’aura pas d’herbe fraîche jusqu’à mi-septembre à cause de la chaleur. On commence à avoir l’habitude donc on a anticipé. Du côté des cultures, c’était très prometteur et finalement, c’est moyen mais on évite la catastrophe. Il y a des régions où c’est plus dramatique, je croise les doigts pour eux.
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Des projets pour la suite ?
Sarah : On a été extrêmement surpris de l’engouement autour des préventes [1 119 préventes le 7 juillet sur l’objectif de 1 000, la campagne se clôture le 17 juillet]. Donc à court terme, tout ça va demander une grosse gestion, mais ce sera avec plaisir.
Conor l’agricultor : Avec ce livre, on n'a pas fait le tour de ce que l'on voulait raconter et grâce aux préventes, on va pouvoir lancer un deuxième tome ! Ce sera une ouverture sur les autres et sur d’autres filières, parce qu’il y a autant d’agriculteurs que de façons de cultiver.
Conor l’Agricultor. Une bande dessinée de Conor l’Agricultor (Christophe et Angélique Durand) dessinée par Line Hachem. En prévente jusqu’au 17 juillet 2026 puis en vente cet automne en ligne et en librairie.