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Le melon en recherche de valorisation

Melon haut de gamme, bio, sans pesticides, nouveaux types : alors que les surfaces baissent et que les prix stagnent, les opérateurs français du melon évoluent pour se différencier, être plus compétitifs et créer de la valeur.

11400 ha de melons devaient être cultivés en France en 2020. Le bio et la Haute valeur environnementale (HVE) se développent. © Véronique Bargain - FLD
11400 ha de melons devaient être cultivés en France en 2020. Le bio et la Haute valeur environnementale (HVE) se développent.
© Véronique Bargain - FLD

Depuis dix ans, les surfaces de melon en France diminuent chaque année. Alors qu’il y en avait 14 750 ha en 2012, il n’en restait plus que 12 450 ha en 2019. Et en 2020, les prévisions en avril étaient de 11 400 ha (-8 %), en baisse dans toutes les régions (-8 % au total, -1 000 ha), notamment dans le Centre-Ouest. « La baisse dans le Centre-Ouest était prévisible avec l’arrêt de Rouge-Gorge, note Marion Mispouillé, animatrice de l’Association interprofessionnelle du melon (AIM). Depuis dix ans toutefois, les surfaces de melon en France n’ont jamais été aussi basses. »

Lire aussi : Les pistes pour promouvoir la consommation du melon

En 2019, 246 000 t de melons charentais ont été produites sur le sol français, soit 9 % de moins que la moyenne quinquennale. Et alors que les volumes étaient limités, du fait du recul des surfaces et d’une météo compliquée, les prix ont également été décevants. Dans ce contexte, avec des prix qui n’ont pas augmenté depuis vingt ans, d’importantes restructurations ont été engagées ces dernières années. Il y a d’abord eu, à partir de 2016, le rachat de Soldive par le groupe les Vergers du Sud, puis l’arrêt de Teradelis en 2017 et celui de Fondor en 2018. Fin 2019, Rouge-Gorge a, à son tour, arrêté la production de melons pour se concentrer sur la pomme. « Et d’autres petites structures ont arrêté », précise Marion Mispouillé.

Encore beaucoup d’opérateurs

Plusieurs opérateurs importants, produisant également du melon au Maroc, en Espagne et pour certains au Sénégal ou aux Antilles, persistent toutefois. Force Sud, basé dans l’Hérault, produit 21 000 t de melons en France, Maroc et Espagne. Le groupe, constitué de six familles de producteurs, exploite 700 ha de melonnières dans l’Hérault, le Vaucluse et le Val de Loire. Soldive, désormais intégré au groupe Vergers du Sud, produit 20 000 t de melons en France (Poitou, Charente, Languedoc), ainsi que 1 700 t au Sénégal, 2 300 t au Maroc et 8 500 t en Espagne. « L’enjeu principal de ces trois dernières années a été la restructuration et la réorganisation des équipes, indique Didier Miollan, président des Vergers du Sud. Les surfaces ont un peu diminué, de 1 600 ha à 1 500 ha en 2020. Mais Soldive est aujourd’hui en phase de stabilisation et nous allons pouvoir recommencer à travailler notre offre ».

Boyer SAS (marque Philibon) prévoit de produire 15 000 t de melons en France métropolitaine en 2020 (11 000 t dans le Sud-Ouest, 4 000 t dans le Sud-Est), avec en complément 600 t produites au Sénégal, 3 000 t aux Antilles, 2 300 t au Maroc et 4 500 t en Espagne. En 2020, l’opérateur a baissé ses surfaces en France de 10 %. « Il y a trop de melons en France et les années compliquées se répètent », estime Jean-Marc Boyer, directeur commercial de Boyer SAS. Val de Sérigny, entreprise basée dans la Vienne, produit 9 000 t de melons dans le Centre-Ouest, auxquelles s’ajoutent 2 000 t produites au Maroc et 4 000 t en Espagne. Et beaucoup d’autres structures produisent du melon en France, dans le Sud-Est (5 400 ha en 2020), le Centre-Ouest (3 500 ha), le Sud-Ouest (2 400 ha) et les autres régions (100 ha). « Même si un certain nombre a arrêté, il reste encore beaucoup d’intervenants en melons en France », constate Marion Mispouillé.

Miser sur le haut de gamme

Le melon étant devenu un produit d’appel dans les magasins et les prix étant globalement bas, alors que les coûts de production augmentent, tous les opérateurs cherchent donc à se différencier et à créer de la valeur. Un premier axe est celui de la qualité et du haut de gamme. Force Sud a engagé depuis près de dix ans une stratégie de marques et de segmentation de son offre pour couvrir l’ensemble de la demande et notamment le créneau premium. En 2012, il a obtenu le label Rouge pour une partie de sa production et est toujours le seul opérateur à détenir ce signe de qualité en melon. 1 000 t de melons label Rouge sont aujourd’hui commercialisés sous la marque Perle des champs, avec différents conditionnements, dont un colis paillé pour les primeurs, et la demande augmente.

Une autre partie de l’offre porte sur une variété lisse de melon rappelant les variétés anciennes par ses qualités aromatiques, développée avec Gautier Semences et commercialisée sous la marque Le Costelet. L’opérateur commercialise aussi 300-400 t de Melon de Cavaillon, produit sur un terroir spécifique et qui devrait prochainement obtenir une IGP. Et pour le cœur de gamme, en plus de sa marque Goût du Sud, il dispose désormais pour le cœur de gamme supérieur de la marque Rouge Gorge, rachetée à la famille Couteleau fin 2019, lorsque celle-ci a décidé d’arrêter le melon. « La marque Rouge Gorge a une forte notoriété dans l’Ouest, constate Jérôme Jausseran, dirigeant de Force Sud, qui a également repris 2 000 t de la production de Rouge Gorge. Notre marque Goût du Sud était un peu délaissée et a moins de notoriété que la marque Rouge Gorge, notamment dans l’Ouest. En reprenant cette marque, nous allons pouvoir conserver les meilleurs marchés de Rouge Gorge. »

Plusieurs opérateurs misent également sur les melons sous Indication géographique protégée, avec actuellement l’IGP Melon du Haut-Poitou et l’IGP Melon du Quercy. Boyer SAS commercialise ainsi 6 000 t de melon en IGP Melon du Quercy. Val de Sérigny produit et vend du melon en IGP Melon du Haut-Poitou.

La tendance bio se confirme

Un autre axe pour se différencier est l’environnement. La demande et l’offre en bio sont notamment en fort développement. Toutes les enseignes proposent aujourd’hui du melon bio et d’ici 2022, les cantines des établissements ayant une mission de service public devront offrir 20 % de produits bio. Force Sud exploite 200 ha de melons en bio et devrait commercialiser 3 500 t de melon bio en 2020. « Depuis 2010, nos surfaces en bio augmentent de 30 % par an », indique Jérôme Jausseran. Soldive devrait proposer 1 500 t de melons bio produit en France, soit une progression de 15 %, et 100 t produit au Maroc. Boyer SAS produit 500 t de melons bio en France et 800 t au Maroc. Val de Sérigny propose 200 t de melons bio, en légère progression.

La seule inquiétude cette année est l’arrêt de la restauration hors domicile. « Si les engagements pris pour la restauration collective en bio ne sont pas tenus, cela pourrait mettre en péril les entreprises qui se sont fortement orientées vers le bio », estime Jérôme Jausseran. De nombreux opérateurs s’engagent également dans la Haute valeur environnementale. Toute la production de Soldive et de Val de Sérigny est certifiée HVE. Boyer SAS s’y est engagé et prévoit que toute sa production sera certifiée HVE d’ici 2-3 ans. Certains misent aussi sur la production Zéro Résidu de Pesticides ou sans pesticide. Val de Sérigny, membre de Demain La Terre, a doublé ses surfaces de melons produits « sans pesticide de synthèse », passant de 10 ha à 20 ha en France, avec également un essai en Espagne.

Force Sud a commercialisé 200 t de melons Zéro résidu de pesticides en 2019. L’engagement dans le zéro résidu de pesticide ou le sans pesticide semble toutefois plus délicat. « Il faut faire beaucoup d’analyses, certaines enseignes y vont, d’autres non », constate Didier Miollan. La plupart des opérateurs s’engagent aussi dans la réduction des emballages plastique d’origine fossile, même si le melon est moins concerné à ce niveau que d’autres fruits et légumes. Force Sud devrait proposer courant 2020 un ruban plastique home compost pour la présentation de ses melons. Un autre axe encore pour élargir l’offre de melon et créer de la valeur est la production de melons d’autres types que le charentais, tels que les pastèques, melons jaunes (Canari), melons verts (Piel de sapo). Force Sud propose déjà des mini-pastèques sans pépins, en conventionnel et en bio, et travaille sur d’autres types de melon. Soldive s’y est remis en 2019 et veut accélérer ses efforts en 2020 et 2021. « Nous devons chercher de la valeur, travailler le coût, nous différencier par le bio, par de nouvelles espèces et variétés, estime Didier Miollan. L’exemple de la pomme ou de la pêche montre que dès qu’il y a segmentation, la consommation augmente ».

Les IGP mettent aussi l’environnement en avant

Deux melons produits en France métropolitaine bénéficient actuellement d’une indication géographique protégée (IGP) qui identifie un produit dont la qualité et d’autres caractéristiques sont liées au terroir. L’IGP Melon du Haut-Poitou regroupe treize producteurs exploitant 1 100 ha de melon pour un potentiel de 10 000 t. Deux marques collectives étaient utilisées jusqu’à présent : Melon de Maître, pour la RHD et les détaillants, et Haut-Poitou Premium pour la grande distribution. En 2020, les producteurs lancent également un Melon du Haut-Poitou IGP et bio. 100 ha pour un potentiel de 1 000 t seront cultivés cette année en bio, pour tous les circuits. « Il y a une demande de la part de consommateurs soucieux de l’origine et de la qualité en bio, assure Julien Godet, président du Syndicat des melons du Haut-Poitou. L’idée pour nous est d’apporter une plus-value au Melon du Haut-Poitou et d’exploiter tous les créneaux de valorisation du melon IGP. »

L’offre est bien accueillie par les distributeurs. Le syndicat travaille par ailleurs sur un ruban biosourcé compostable. L’autre IGP en melon est le Melon du Quercy qui rassemble 95 producteurs exploitant 400-450 ha de melons et trois stations de conditionnement (Boyer SAS, Mourgues Fruits, Planavergne), pour un potentiel de 10 000 t. Pour mieux valoriser leurs melons, les producteurs se sont engagés dans la haute valeur environnementale. Une certification collective a été obtenue, des exploitations sont déjà certifiées HVE et l’objectif est que toute la production le soit d’ici 2-3 ans. « Le cahier des charges de l’IGP fait que nous respectons déjà l’environnement, mais les consommateurs ne le savent pas forcément », explique Bernard Borredon, président du Syndicat interprofessionnel du Melon du Quercy. Le syndicat a aussi engagé des actions pour pouvoir bénéficier du label Bee Friendly. Le troisième melon en attente d’IGP est le Melon de Cavaillon qui rassemble une cinquantaine de producteurs et dix expéditeurs pour 1 800 t de melons en 2019. Le dossier, actuellement un peu bloqué du fait de la crise du Covid-19, est bien avancé et les producteurs espèrent obtenir l’IGP courant 2020

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