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Fraise : Ganaspis cf. brasiliensis, parasitoïde contre Drosophila suzukii

Une première année d’essai d’introduction du parasitoïde G.brasiliensis en serre de fraise apporte un espoir pour trouver un outil de lutte biologique contre Drosophila suzukii.

Le CTIFL a évalué en 2020 l’efficacité du parasitoïde exotique, Ganaspis cf. brasiliensis dans la lutte contre la mouche Drosophila suzukii sous serre de fraise. G. brasiliensis, originaire du Japon et de Corée du Sud, identifié lors de la collecte de parasitoïdes contre D. suzukii entre 2015 et 2017 semble être l’espèce la plus prometteuse en tant qu’agent de lutte biologique. Les travaux préliminaires conduits par INRAE Sophia Antipolis ont permis de sélectionner deux souches (dénommées GS6 et GT) pour leur grande spécificité d’hôte et leur taux de parasitisme élevé, supérieur à 40 %.

A lire aussi : Cerise : Trichopria drosophilae, un auxiliaire contre D.suzukii

Au CTIFL, les évaluations ont été conduites en serre « insect-proof », sur une culture de fraises hors-sol, préalablement infestée avec D. suzukii. Chaque souche a été testée individuellement en comparaison d’un témoin sans auxiliaire. Pour les deux souches de parasitoïdes testées, la dose totale d’individus apportés est de 25 femelles et 8 mâles par modalité, répartie en deux lâchers. Les différentes parcelles d’observation étaient recouvertes d’un filet « insect-proof » avec une maille empêchant la sortie du parasitoïde afin d’éviter tout risque de contamination entre les modalités testées.

Une population de D. suzukii réduite de 50 %

Les résultats montrent une bonne acclimatation du parasitoïde, qui est capable de s’installer sur la culture de fraise et de parasiter D. suzukii. Le taux de parasitisme est faible, seulement 16 % de parasitoïdes ont émergé des fraises collectées mais l’impact sur la population de drosophiles est significatif. En effet, en présence du parasitoïde, la population de drosophiles est réduite de 50 % en comparaison du témoin sans auxiliaire introduit. Une hypothèse explicative serait qu’une partie des parasitoïdes n’ait pas émergé mais que les drosophiles aient bien été parasitées en amont.

A lire aussi : Fruits rouges : un nouveau guide sur les stratégies de lutte contre Drosophila suzukii

Le parasitoïde ne se développe pas entièrement mais provoque tout de même la mort de l’hôte. Les résultats sont identiques pour les deux souches de parasitoïdes testées. La dose introduite semble être un facteur déterminant pour l’installation de G. brasiliensis, ainsi que la date d’introduction. En 2019, un même essai avait été conduit mais avec seulement 2 individus/m² contre 33 en 2020 dans des conditions climatiques beaucoup plus chaudes en 2019 qu’en 2020. L’installation de ce parasitoïde semble nécessiter des lâchers en début de saison en dehors des périodes de fortes chaleurs. Parmi les parasitoïdes indigènes, Trichopria drosophilae a déjà été testé par le passé mais son taux de parasitisme était souvent insuffisant pour contrôler la population de D. suzukii. Ce parasitoïde est actuellement commercialisé.

Une spécificité de G. brasiliensis pour D. suzukii prouvée

L’introduction en France d’un nouveau macro-organisme non indigène, comme c’est le cas pour G.brasiliensis, passe par une demande officielle auprès de l’Anses qui exige qu’il n’y ait pas de danger pour la faune et la flore françaises. La spécificité de G. brasiliensis pour D. suzukii a donc été évaluée à INRAE Sophia Antipolis. Les tests ont été effectués en situation de non-choix sur plusieurs espèces de drosophiles et d’autres mouches de fruits comme Ceratitis capitata. Les résultats montrent un spectre d’hôtes restreint pour G. brasiliensis. Le parasitoïde se développe presque exclusivement sur D. suzukii et Drosophila melanogaster. Les résultats obtenus en 2020 au CTIFL viennent confirmer ces observations.

A lire aussi : Cerise : « Des filets périphériques permettent de limiter les dégâts de Drosophila suzukii »

Dans l’essai en serre, D. melanogaster était présente sur les fruits, dans les parcelles d’essais par contamination extérieure avant l’installation de la culture dans la serre « insect-proof ». Or aucun parasitisme n’a été observé sur cette mouche, cette fois-ci en situation de choix. Sur l’ensemble des pupes de drosophiles observées pour les deux ravageurs, seules les pupes de D. suzukii étaient parasitées par G. brasiliensis. Les résultats obtenus indiquent que G. brasiliensis est un bon candidat pour débuter un programme de lutte biologique classique contre D. suzukii. La prochaine étape est la constitution du dossier de demande d’introduction dans l’environnement de G. brasiliensis en vue de démarrer l’évaluation en conditions naturelles. Sous réserve d’un avis positif, des essais pourraient être réalisés dans les Alpes-Maritimes par la Chambre d’agriculture du département et INRAE Sophia Antipolis.

Avis de spécialiste : Benjamin Gard, ingénieur en expérimentation CTIFL

Un projet plus large sur la protection contre D. suzukii

« Cet essai d’introduction de parasitoïdes en serre de fraise pour maîtriser les populations de D. suzukii fait partie d’un projet de recherche Casdar plus large : DS2. Trois autres pistes de protection sont expérimentées. En fraise, l’Université d’Amiens a identifié en laboratoire Pyracantha coccinea comme une plante piège pour Drosophila suzukii. Les mouches y pondent mais les larves n’émergent pas. Des premiers essais en laboratoire avaient obtenu une réduction significative des populations de D. suzukii. Les premiers essais sous serres au CTIFL en 2020 n’ont pas donné les mêmes résultats mais le ratio du nombre de plantes pièges par rapport au nombre de plants de fraisier y était bien inférieur.

D’autres essais sont conduits par l’Aprel chez des producteurs, en 2020 et 2021. Sur cerise, l’efficacité des filets périphériques est testée sur trois sites. Cette solution semble permettre d’alléger les stratégies phytosanitaires mais ne permet pas de s’en passer. Un modèle de prévision des pontes sur cerise est aussi en cours de construction par la DGAL. Des études sur la biologie du ravageur au CNRS doivent contribuer à son amélioration. L’objectif du modèle est de pouvoir cibler les traitements lors des premières attaques sur cerise. Le projet se termine en début d’année 2022. »

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