Finistère : « En rhubarbe, la principale difficulté est la gestion de l'enherbement »
Productrice de légumes dans le Finistère, Catherine Mingam s’est diversifiée en 2017 dans la rhubarbe. Une culture entièrement manuelle dont la principale difficulté est la gestion des adventices.
Productrice de légumes dans le Finistère, Catherine Mingam s’est diversifiée en 2017 dans la rhubarbe. Une culture entièrement manuelle dont la principale difficulté est la gestion des adventices.
Depuis 2017, Catherine Mingam, productrice de bovins viande et de légumes Prince de Bretagne à Carantec, dans le Finistère, a un nouveau légume dans sa rotation : la rhubarbe. « Je produis des choux-fleurs, des choux et des artichauts sur vingt hectares, explique-t-elle. En 2017, nous avons découvert la rhubarbe en Allemagne, dans le Palatinat. Les sols et le climat océanique tempéré de la Bretagne sont favorables à la rhubarbe. C’est une culture manuelle, un peu comme l’artichaut, mais moins physique. Et cela me permet de diversifier mes productions par rapport à l’artichaut dont le marché est devenu plus compliqué. »
Plantation au carré sur sol nu
Aujourd’hui, un hectare de sa surface est consacré à la rhubarbe, qui nécessite des sols poussants et profonds. La variété cultivée est Frambozen Rood, variété hollandaise très productive, semi-précoce, aux tiges de couleur rouge framboise et à la chair rosée. « La demande porte essentiellement sur la rhubarbe rouge, qui est plus sucrée que la rhubarbe verte », précise Patrick Guivarch, responsable diversification à la Sica Saint-Pol-de-Léon. Les plantations, entièrement manuelles, sont réalisées en mars.
« Une culture de rhubarbe dure cinq à sept ans, indique Catherine Mingam. Elle disparaît en surface l’hiver et repart en végétation au printemps. J’en plante un peu tous les ans, à partir d’éclats que j’achète ou que je produis en divisant mes souches. » Les éclats étant hétérogènes, la plantation n’est pas mécanisable. Après avoir testé la plantation sur paillage, Catherine Mingam ne plante désormais plus que sur sol nu, en carré d’un mètre sur un mètre. « La principale difficulté de la rhubarbe est la gestion de l’enherbement, précise la productrice. Sur paillage plastique, je n’arrivais pas à gérer les adventices. » Quarante mètres carrés par hectare de fumier de bovins sont apportés à la plantation, complétés chaque printemps par l’apport de 100 unités d'azote.
Le principal travail ensuite est le désherbage. « Il n’y a pas de maladies sur la rhubarbe, qui est assez rustique, constate Catherine Mingam. Il y a en revanche quelques problèmes avec les rongeurs, les limaces, les pucerons. Mais nous gérons la culture sans pesticides. Pour le désherbage, comme les plants sont au carré, nous binons dans les deux sens tant que les feuilles ne sont pas trop développées, à peu près tous les quinze jours. » Le désherbage mécanique est complété si besoin par du désherbage manuel. « En temps d’entretien, un hectare de rhubarbes équivaut à cinq hectares d’artichauts », note la productrice.
Récolte à partir de la deuxième année
La récolte commence dès que les tiges atteignent les dimensions requises par le cahier des charges Prince de Bretagne, soit 2,5 centimètres de large et 40 à 55 de long. Elle est réalisée chaque matin de début mai à fin juin, avec quatre à sept permanents ou saisonniers selon les volumes à récolter. Les tiges sont arrachées à la main, puis égalisées au couteau avant d’être mises en caisse. La rhubarbe se desséchant vite, les caisses en bout de champ sont protégées par des feuilles de rhubarbe puis rapidement transférées dans le bâtiment pour le conditionnement. 35-40 % est conditionné en botte d’un kilo, le reste vendu en vrac en colis bois ou plastique.
75 % du tonnage est récolté lors de ce premier passage de mai-juin. Un second passage est éventuellement réalisé fin juillet-début août. « La rhubarbe repousse un peu après le premier passage, précise Catherine Mingam. À partir du 10 août toutefois, nous commençons la récolte des choux-fleurs et avons moins de temps pour la rhubarbe. Comme il y a désormais des débouchés en transformation, nous récoltons parfois toutes les tiges en un seul passage, les plus petites pouvant aller en transformation. » Au final, Catherine Mingam récolte ainsi 15 à 20 tonnes par hectare et par an de rhubarbe. « La récolte ne débute que la deuxième année après plantation, précise-t-elle. Et le climat peut faire varier le rendement. La première année, le vent a cassé des tiges, réduisant le rendement de deux tonnes par hectare. Les excès d’eau sont également préjudiciables. En 2022-2023, les excès d’eau et le froid ont réduit la récolte de moitié. »
Investissement de 6 000 à 10 000 €/ha
Pour les maraîchers, la rhubarbe permet de diversifier les productions avec un produit contractualisé et un travail manuel, mais moins physique que l’artichaut. L’investissement, avec des éclats à 1,60 € par éclat, est de 6 000 à 10 000 €/ha pour cinq à sept ans. « Il faut accepter d’avoir une parcelle sans chiffre d’affaires pendant un an », note Patrick Guivarch. Les charges sont ensuite liées à la main-d’œuvre, pour la plantation (200 h/ha), l’entretien et la récolte (30-40 kg/h, 30 % de travail en plus pour le conditionnement en bottes). La rhubarbe est payée 1,50 à 1,80 €/kg au producteur, pour un prix en magasin de 3-4 €/kg.
Un prévisionnel de 250 t en 2026
Originaire d’Asie, la rhubarbe a été introduite en Europe pour ses vertus médicinales, avant d’être consommée à partir du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, ce légume de la famille des Polygonacées, dont seuls les pétioles se consomment, est cultivé dans plusieurs régions d’Europe, dans le Palatinat en Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, dans les Hauts-de-France, en Alsace… En Bretagne, la production Prince de Bretagne a commencé en 2011. Vingt maraîchers en cultivent aujourd’hui 12 ha dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. En 2025, 150 t ont été commercialisées en frais de fin avril à mi-septembre, avec 75 % des volumes en mai-juin, et 30 t en transformation. En 2026, le prévisionnel est de 250 t. Le principal débouché sont les GMS sur toute la France. « La rhubarbe est un produit de niche, admet Camille Aguer, cheffe de produit Rhubarbe à Prince de Bretagne. 3 % seulement des consommateurs en ont acheté en 2025. La demande toutefois est plutôt en augmentation. La mise en place d’un code-barres sur les bottes a notamment permis de développer les ventes en GMS. » Avec l’augmentation des volumes, la marque veut aussi développer la transformation, notamment par le confiturier breton Les 4 Saisons.