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Extension de l’AOPn Tomates au poivron et à l’aubergine : développer une filière française

Comme annoncé dans FLD Hebdo du 11 avril, l’AOPn Tomates et Concombres de France devrait bientôt s’élargir au poivron et à l’aubergine. Objectif : développer et structurer l’offre de ces produits chez les producteurs français.

Pour les producteurs français, il y a des opportunités pour développer la production de poivrons et d’aubergines d’origine France.
© Véronique Bargain - FLD

D’ici fin 2019, l’AOPn Tomates et Concombres de France devrait demander l’extension de sa reconnaissance au poivron et à l’aubergine. La charte qualité de l’AOPn a été modifiée pour devenir la charte de qualité “Produits de serre”, avec pour l’instant un cahier des charges tomate et un cahier des charges concombre, les cahiers des charges poivron et aubergine devant encore être finalisés. « Le dossier avance doucement actuellement, car nous sommes en pleine période de production, indique Laurent Bergé, président de l’AOPn Tomates et Concombres de France. Mais la demande d’extension devrait être déposée d’ici la fin de l’année. »

Une opportunité pour les producteurs français

« Actuellement, l’offre de poivrons et d’aubergines en France est très limitée, rappelle Laurent Bergé. L’essentiel des volumes est importé, notamment d’Espagne. Et du fait des volumes limités, les opérateurs français ont du mal à positionner le produit français qui n’intervient souvent qu’en complément ou en remplacement ponctuel des produits importés. L’offre française se limite par ailleurs aux mois de mai à août, alors que la période de consommation est plus large. Pour les producteurs français, il y a donc des opportunités pour développer la production sous serre de poivrons et d’aubergines. »

Kultive, bureau commercial de Sopa et de Casay, a ainsi incité au développement de la production de poivrons chez les adhérents de la Sopa, avec la mise en place notamment d’une serre high-tech de 5 ha. L’opérateur prévoit de commercialiser 2 500 t de poivrons et 1 500 t d’aubergines en 2019. « En France, les poivrons français ne représentent que 7 % à 8 % des poivrons commercialisés, estime Anthony Langlais, directeur de Kultive. La plupart viennent des Pays-Bas et surtout d’Espagne. »

Des essais techniques et commerciaux

D’autres opérateurs de l’AOPn ont lancé des expérimentations de production sous serre d’aubergines et de poivrons et évaluent actuellement les aspects techniques et commerciaux de ces nouveaux produits. « La production d’aubergines est assez compliquée, notamment au niveau de la protection biologique intégrée, constate Laurent Bergé. La production de poivrons est également assez technique. L’intégration de l’aubergine et du poivron, techniquement proches de la tomate et du concombre, permettra de développer les actions techniques pour faire progresser la production de ces deux légumes. »

Des actions de promotion et de structuration de l’offre seront également possibles. « Il y a aujourd’hui des poivrons rouges, verts, jaunes, orangés. Il commence à y avoir des aubergines bicolores et blanches, en plus des noires. Avec l’augmentation des volumes, une structuration du marché sera nécessaire et pourrait permettre de faire émerger une offre française de qualité. »

Inquiétudes de la Sacfel

L’élargissement de l’AOPn Tomates et Concombres de France au poivron et à l’aubergine suscite toutefois l’inquiétude de certains opérateurs déjà présents sur ces produits. La Sacfel, principal opérateur en aubergines avec 17 ha de serres de tous types et 4 500 t commercialisées, qui devait adhérer à l’AOPn, ne le fera sans doute pas pour l’instant.

« L’aubergine et le poivron sont des produits marginaux sur le marché, estime Eric Bazile, directeur de la Sacfel. La consommation d’aubergines en France est inférieure à 1 kg/an/habitant et il semble difficile de l’augmenter beaucoup. De plus, il n’y a pas de signe d’origine pour l’aubergine. Et il est difficile de produire en France à moins de 1 €/kg sous abri froid, alors que l’aubergine espagnole peut arriver à 0,60 €/kg. Et sous serre chauffée, le coût de revient sera encore plus élevé. L’orientation vers le “sans pesticide” semble également très compliquée pour l’aubergine, avec notamment la suppression du dernier produit permettant de lutter contre les punaises sans détruire la protection biologique intégrée. »

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