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[Coronavirus Covid-19] De la tomate française et c’est tout

L’arrêt de la RHD et des marchés, le confinement et l’appel à consommer français ont bouleversé le marché de la tomate, au bénéfice des producteurs français. Après quelques semaines un peu compliquées, un nouvel équilibre s’est installé et la situation est plutôt bonne.

Pour la tomate, mars est un mois important puisqu’il marque la transition des légumes d’hiver aux légumes de printemps et le début de la montée en puissance de la production française. La fermeture des écoles, restaurants et marchés, les mesures de confinement et les changements des habitudes d’achat des consommateurs (achats de précaution, moins fréquents, développement du drive et de la livraison à domicile…) ont donc fait craindre le pire aux producteurs français. « Les premiers temps ont été assez compliqués », admet Pierre-Yves Jestin, président de Savéol. Après avoir fait des stocks de pâtes, riz et pommes de terre, les consommateurs ont toutefois progressivement recommencé à acheter des produits frais. Et l’intervention des professionnels, l’appel du gouvernement à consommer français et l’engagement des distributeurs à privilégier l’origine France ont finalement permis de redynamiser le marché et de retrouver un équilibre.

Lire aussi : En tomates, l'emballage poursuit néanmoins sa révolution

Dans un premier temps, la demande s’est concentrée sur les produits basiques, tomate grappe, ronde, charnue, gros conditionnements. « Face au manque de main-d’œuvre sur les plates-formes et à l’obligation de limiter le personnel dans les magasins, les distributeurs ont d’abord cherché à simplifier les commandes, à fournir l’essentiel avec le moins de monde possible », explique Gilles Bertrandias, directeur de Rougeline. L’appel de l’AOPn Tomates et Concombres de France à enrichir la gamme et le retour progressif à une consommation plus normale ont finalement permis d’élargir le marché, en commençant par les classiques tomates cerise rondes et cœurs de pigeon rouges, avant de s’étendre aux variétés anciennes arrivant plus tard en production. « Au fil des semaines, nous avons pu réinstaller toutes les gammes », indique Gilles Bertrandias.

Arrêt de l’importation

Parallèlement, du fait de l’hiver gris et notamment du manque de lumière en janvier-février, la production française mi-avril était plutôt en retard, de 10-20 % selon les régions. Alors que de mi-mars à mi-avril, la météo très agréable était favorable à la consommation. Arrêt de l’importation, météo favorable, volumes limités : le marché, après des débuts difficiles, s’est plutôt bien comporté en mars-avril.

À Prince de Bretagne, les ventes en mars ont été supérieures de 5 % à celles de 2019. « Notre première sortie est restée la grappe, qui représente 60 % de nos volumes, avec des demandes notamment pour de gros conditionnements, de 10 kg, indique Camille Aguer, chef de produit marketing tomate Prince de Bretagne. Mais le segment qui a le plus augmenté est la cœur de pigeon rouge en barquette 250 g, qui contribue à 30 % de la croissance. Les ventes ont plus que doublé par rapport à 2019. Les autres segments porteurs de croissance sont les tomates aumônières, charnues et olivines, vendues en colis de 6 et 7 kg. »

Lire aussi : Tendance : des tomates plus gustatives et plus saines

« Nous vendons tout ce que nous avons », indiquait pour sa part Benoît Musset, producteur et responsable tomate à Océane. « Finalement, le report des ventes de la restauration collective vers la grande distribution nous est plutôt favorable, car la restauration collective recourt beaucoup à l’importation, alors que la grande distribution privilégie davantage l’origine française », analyse Christophe Rousse, président de Solarenn, qui rappelle qu’habituellement, 52 % des tomates consommées en France sont importées.

La gamme de tomates proposée en magasin reste cependant un peu moins large que d’habitude. « L’introduction des nouveautés est un peu plus compliquée cette année, constate Pierre-Yves Jestin. Toutefois, les grossistes qui se sont d’abord tournés vers la grande distribution vont retrouver leurs débouchés habituels et chercher à se démarquer par des produits différents. »

Produits plus écologiques et plus sains

Les tendances lourdes visant à répondre aux attentes de la société pour des produits plus respectueux de l’environnement et plus sains persistent également. Les critères Zéro résidu de pesticides (ZRP) ou Cultivé sans pesticides continuent à prendre de l’importance, voire deviennent essentiels, notamment pour les petits fruits majoritairement vendus en préemballé.

Rougeline continue à déployer le ZRP, avec plus de 10 000 t de tomates commercialisées avec le label en 2019 (+60 %) et des volumes sans doute supérieurs en 2020. Océane prévoit 8 à 10 % de son offre en ZRP en 2020. Kultive continue également à développer son offre de tomates cerise ZRP. « Les modes de consommation ont changé depuis le confinement, mais les tendances lourdes se sont maintenues », constate Anthony Langlais, directeur général de Kultive. Savéol, Solarenn et Prince de Bretagne continuent aussi à déployer leurs gammes de tomates Cultivées sans pesticides.

La certification Haute valeur environnementale (HVE) des exploitations se poursuit également, malgré la difficulté actuelle pour la réalisation des audits. Toutes les exploitations de Solarenn sont aujourd’hui certifiées HVE, plus de 90 % de celles de Savéol et 50-60 % des surfaces en tomates de Rougeline, avec l’objectif est d’atteindre rapidement 100 %.

Après une année 2019 catastrophique et malgré la crise qui bouleverse les habitudes de consommation, la campagne 2020 démarre donc plutôt bien pour les producteurs de tomates français. D’ici mi-mai, avec l’augmentation des volumes, le marché pourrait être un peu plus tendu. Mais les producteurs espèrent que l’orientation des consommateurs à privilégier les produits français persistera après la crise.

Soucis de main-d’œuvre limités

Comparativement à d’autres filières, les soucis de main-d’œuvre liés à la crise du coronavirus Covid-19 sont relativement limités en tomate. La saison étant assez longue, la main-d’œuvre repose assez largement sur des permanents ou des contrats longs, pouvant atteindre huit mois, et donc sur de la main-d’œuvre locale ou qui était déjà présente lors de l’annonce du confinement. Pour ces permanents ou contrats longs, l’absentéisme lié au coronavirus y est par ailleurs limité. Localement et pour les contrats plus courts qui vont être plus nombreux avec la montée en puissance de la production, le recrutement est cependant un peu plus compliqué qu’habituellement.

En Bretagne, où le recours à la main-d’œuvre étrangère est très réduit, l’absence des étudiants rentrés chez leurs parents et qui ne reviendront pas pourrait poser problème. Dans le Sud ou en région nantaise, le recrutement est aussi un peu difficile. Outre les initiatives nationales pour amener les Français disponibles à aller aider les agriculteurs, la Fédération des Maraîchers Nantais a ainsi lancé une grande campagne de recrutement. En deux semaines, plus de 400 candidats se sont proposés. « Il y a eu beaucoup plus de candidats que d’habitude et avec des profils très variés, indique Cyril Pogu, de la Fédération des Maraîchers Nantais. Cette crise pourrait être une opportunité pour recréer du lien avec les citoyens ». Sur les exploitations comme sur les stations, des aménagements ont par ailleurs été mis en place pour respecter les gestes barrières, avec des rotations, des équipes plus réduites, des pauses décalées.

Mise en avant de l’origine France

Malgré un planning d’animations et de promotion perturbé, les opérateurs continuent leurs actions de promotion et marketing. Solarenn s’est même engagé cette année à développer sa PLV, avec notamment une gamme de présentoirs personnalisés. Et la plupart ont renforcé sur leurs emballages la mention de l’origine France, avec les couleurs bleu-blanc-rouge et la mention France parfois associée à la région de production.

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