Aller au contenu principal

Bâtiment agricole : « On a construit sur sol d’autrui, sans être alertés et sans connaître les risques »

Comme beaucoup de sociétés agricoles familiales, la SCEA Bricquet et Fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne) a construit un bâtiment de stockage et rénové un hangar sans avoir conscience des risques qu’elle prenait en construisant sur des terrains d’un ancien associé. Julien Bricquet témoigne de son expérience.

<em class="placeholder">Julien Bricquet devant son bâtiment d&#039;exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père</em>
Julien Bricquet devant son bâtiment d'exploitation initialement construit sur un terrain appartenant à son père, acheté par sa société
© N. Savin

L’erreur est répandue : une société d’exploitation agricole construit, agrandit, rénove un bâtiment sur un terrain qui ne lui appartient pas. Cependant, le terrain ou la bâtisse existante appartiennent à un associé ou un ex-associé, membre de la famille des associés. Le terrain est mis à disposition de la société ou bien lui est loué par bail à ferme. Rien d’illégal mais très risqué, parce que les nouveaux édifices appartiendront au propriétaire du sol et non pas à la société qui les a financés comme elle le croit souvent. Le fait qu’elle amortisse ces travaux ne signifie pas qu’ils lui appartiennent.

C’est ce dont Julien Bricquet, céréalier et viticulteur, a pris conscience 4 ans après la construction d’un bâtiment d’exploitation d’une valeur de 300 000 euros équipé de panneaux photovoltaïques. Sa mère, associée de la SCEA Bricquet et fils, à Saint-Amand-sur-Fion (Marne), mettait le terrain à disposition de la société familiale. La société avait obtenu un permis de construire et souscrit un emprunt bancaire pour cette construction. « Personne ne nous a alertés au moment de la construction », se souvient-il. « Nous nous en sommes rendu compte en préparant les arrangements de famille : j’allais payer des droits de donation sur un bâtiment que j’avais indirectement payé moi-même via mon travail au sein de la SCEA », raconte-t-il. Le sentiment de payer deux fois la construction : une fois lors de sa construction et une fois lors des arrangements de famille ou de la succession.

Céder le terrain d’assiette à la société ou donner à la génération suivante

« La solution est pourtant simple mais nécessite un passage devant notaire : il suffit de vendre ou d’apporter avant la construction le terrain d’assiette à la société », explique Mathilde Jonot, juriste du Cerfrance CNEIDF. Ainsi la société construit sur son terrain donc le bâtiment lui appartient. Certes la société sera redevable de quelques milliers d’euros mais au moins, les générations se succédant, il n’y aura pas de droits de succession applicables. « Nous avons régularisé a posteriori en achetant l’assiette de la construction au prix du terrain nu, soit 25 000 € pour 600 m2, détaille Julien Bricquet. Si mes parents n’avaient pas été conciliants, ils auraient en plus pu me réclamer les revenus des panneaux photovoltaïques, puisqu’ils étaient localisés sur leur bâtiment » révèle-t-il. Sa sœur aurait également pu réclamer la moitié de l’édifice.

Autre solution, « le parent propriétaire du terrain le donne à son descendant exploitant, par acte notarié, si la famille veut garder dans le patrimoine familial la bâtisse, mais l’inconvénient est qu’à chaque passage d’une génération à l’autre, il faudra payer des droits de donation et succession », résume la juriste.

Même risque en matière de plantations

En vertu du même principe juridique de l’accession directe, les plantations de vignes et d’arbres fruitiers ou dans le cadre de l’agroforesterie appartiennent au propriétaire du sol et non à celui qui les a plantés. Ce dernier ne peut donc pas les vendre à son successeur. Une telle vente serait considérée comme un pas-de-porte illégal. Toutefois, le contrat de bail, de prêt ou de convention de mise à disposition peut prévoir une méthode de calcul de l’indemnité que le propriétaire versera à l’exploitant quand le contrat s’achèvera. Dans le cadre du statut de fermage cette indemnité est appelée "indemnité au fermier sortant". Mais cette indemnité ne résout pas le problème de la pénalité économique dans le cadre familial : l’investissement initial plus la taxation aux droits de succession lors du passage à la génération suivante.

Les plus lus

<em class="placeholder">Élodie Thirouin, agricultrice à Ychoux (40)&quot;Un pH trop acide peut avoir un impact important sur nos cultures (légumes surtout) et donc, on ne peut pas se permettre de ...</em>
Chaulage : « Je dépense 62 €/ha d'apport de dolomie tous les deux ans par parcelle sur des sols sableux des Landes où le pH peut baisser rapidement »

Éloïse Thirouin est à la tête d'une exploitation de 400 hectares à Ychoux (Landes). Ses terres sableuses à tendance acide l'…

Moissonneuse batteuse en action dans une parcelle de blé tendre. Allier. 2024
Moisson 2026 : une qualité rassurante en blé tendre mais des rendements en retrait et localement catastrophiques

Au 16 juillet, la récolte française de blé tendre est achevée ou en passe de l’être dans la plupart des régions. Les…

<em class="placeholder">Annie Genevard, ministre de l&#039;agriculture et Sébastien Martin, ministre délégué à l&#039;industrie,  </em>
Prix des engrais azotés : une aide de 50 euros par tonne « pour tous les agriculteurs »

Le gouvernement français a abondé l’aide européenne aux achats d’engrais azotés pour le monter à 145 millions d’euros au…

<em class="placeholder">Maxime Senet, céréalier à Sainte-Solange, dans le Cher, devant sa moissonneuse-batteuse</em>
Hausse des coûts d'intrants : « Je vais opérer des ajustements d’assolement pour réaliser des économies d’azote »

Maxime Senet est céréalier à Sainte-Solange, dans le Cher. Il cherche à adapter sa stratégie face à l’augmentation du…

<em class="placeholder">Prestataire de service avec une moissonneuse batteuse de marque CLAAS vidant sa trémie dans la remorque d&#039;un tracteur durant la moisson des blés. Récolte des céréales. ...</em>
Prix du blé : accompagner la tendance à la hausse en commençant à vendre sa récolte

Après des mois sans grandes variations, les prix du blé décollent depuis le démarrage de la nouvelle campagne début juillet.…

<em class="placeholder">Guillaume Debreuve, agriculteur à Dierrey-Saint-Pierre (Aube),&quot;Dans le méthaniseur, le seigle se dégrade plus difficilement qu&#039;une orge, provoquant un épaississement du ...</em>
Méthanisation : « J’utilise depuis deux ans l’orge d’hiver dans l’Aube, plus souple à récolter et moins délicate à gérer que le seigle »

Agriculteur à Dierrey-Saint-Pierre (Aube), Guillaume Debreuve alimente un méthaniseur avec une autre exploitation agricole en…

Publicité
Titre
OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
[OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB] : Profitez maintenant de -15% sur votre abonnement annuel*. Code promo SUMMER2026
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures