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Artichaut : des variétés pour les producteurs bretons

Des nouvelles variétés d’artichaut, pour le frais et pour la transformation, sont observées à la station expérimentale du Caté, dans le Finistère.

« Rentabilité, réduction de la pénibilité et diminution de l’utilisation des solutions phytosanitaires sont des enjeux majeurs de la production d’artichaut », indique le bilan 2020 Artichaut du bulletin d’information technique breton Aujourd’hui et Demain (1). L’objectif principal de la sélection variétale reste la fourniture du marché du frais, la recherche de variétés productives et peu sensibles aux maladies.

Cependant, il est nécessaire de maintenir l’activité transformation qui aide à réguler le marché du frais. En particulier, il faut travailler l’artichaut pour la transformation en cœurs, que ce soit avec une variété clone ou de semis. Les changements climatiques doivent être intégrés dans les objectifs de création variétale aussi bien que dans les adaptations de l’itinéraire technique.

Variétés clones : un charnu vert retenu

Sur les trois variétés clones charnus verts que l’Organisation bretonne de sélection (OBS) a confiées à la station expérimentale bretonne du Caté en 2019, un seul clone a été retenu. Ce clone a la particularité d’avoir une forme de capitule rond et plus fermé que le Camus ou le Castel. Il est également dépourvu d’épines, ce qui est un avantage pour mieux plaire aux opérateurs commerciaux de l’aval, habitués à des formes de capitules fermées produites dans le Sud.

Les résultats de 2020 confirment qu’il donne des rendements supérieurs au Camus et au Castel, tant en seconde qu’en première année. Grâce à une vigueur importante, les têtes mères ont en moyenne un poids plus élevé. Le nombre d’ailes est équivalent à Castel. Ce clone a par ailleurs une bonne tenue après récolte, équivalente à Castel, et le capitule noircit ou blanchit moins vite que celui du Camus.

Le travail sur la gamme des petits violets se poursuit et avance également. Des clones sont actuellement en multiplication avant le lancement d’essais multilocaux. Ces clones sont sélectionnés pour leur tolérance au mildiou, leur vigueur, leur rendement et la qualité interne du capitule. Les travaux de l’OBS sur la tolérance au mildiou se poursuivent et plusieurs clones seront en essai à partir de 2022. Un clone de type petit vert a été proposé pour la transformation en cœurs. Sa qualité interne convient très bien aux transformateurs. La reprise des plants (drageons) produits au Caté a été bonne. Les résultats de 2020 sur les retours (seconde année) montrent que le dédrageonnage est sans intérêt sur cette variété.

Variété de semis : des variétés vigoureuses

Capriccio (Nunhems), variété de semis petit violet, est précoce, probablement avec des besoins en froid limités, et peut être plantée jusqu’à début juin. Cependant, les meilleurs résultats en termes de rendement ont été obtenus avec des plantations de début mai. Un suivi des plantations de 2018 et 2019 montre que ce sont les plantations de la première quinzaine de mai qui procurent les meilleurs résultats cumulés sur deux à trois ans.

Une inconnue subsiste cependant : est-il possible de faire trois récoltes en deux ans à partir d’un même semis sachant que les cultures les plus précoces ont tendance à démarrer une seconde production de capitules tard à l’automne ou tôt au printemps ? Un système avec une récolte en première année et deux en seconde année serait à tester. Cela irait dans le sens d’une meilleure rentabilité de la graine. En 2019, des conditions d’élevage du plant de Capriccio à des températures trop basses au printemps ont donné une récolte plus précoce mais moins importante.

On retrouve par la suite cette pénalisation sur les retours bien qu’elle soit moins accentuée. De la même façon, une plantation tardive (fin juin) qui n’aurait pas donné à l’automne ne permet pas d’obtenir un gros rendement au printemps suivant. Une impasse sur le dédrageonnage peut être faite avec cette variété compte tenu de sa vigueur et du faible nombre de drageons produits. Un point de vigilance : Capriccio est très sensible au mildiou bien qu’elle ait été peu impactée ces dernières années.

La variété Madrigal (Nunhems) est exclusivement dédiée à la transformation en cœurs (récolte en 44 et 54 têtes). La qualité convient très bien au transformateur. Par contre, on a recensé en 2019 de gros problèmes de montaison. Les essais de 2020 montrent que début mai reste une bonne date pour planter Madrigal, mais les conditions d’élevage du plant au Caté, trop froides, n’ont pas permis d’obtenir un rendement élevé. En revanche, le taux de montaison a été de 100 %. La conduite du plant de Madrigal nécessiterait probablement un élevage du plant à chaud. Le dédrageonnage n’a pas d’intérêt pour cette variété vigoureuse qui, de toute façon, produit peu de drageons.

(1) Jean-Michel Collet (CTIFL/Caté), Mathilde Bodiou, Vincent Salou (Chambres d’agriculture de Bretagne), Aurélie Ingremeau (OBS), Claudie Monot (Végénov)

Les variétés de semis actuelles sont plus sensibles au mildiou

Bien que les attaques de mildiou aient été d’intensité très variable sur les artichauts de semis, leurs sensibilités sont plus importantes que celle des variétés clones locales. L’année 2020, comme les années 2018 et 2019, n’était pas une année de forte pression de mildiou. Si cette tendance climatique se confirme sur le long terme, le mildiou pourrait devenir moins préoccupant sur les jeunes plantations, mais un été plus humide ne peut pas être exclu. En tout état de cause, l’oïdium, présent dans la région mais jusqu’ici peu nuisible, pourrait également devenir une maladie à surveiller. Les variétés de semis actuellement disponibles sont agronomiquement intéressantes comparées au Violet de Provence mais leur itinéraire technique n’est pas encore optimisé pour la Bretagne.

Qui est responsable des têtes bloquées ?

Le problème des têtes bloquées est caractérisé par un arrêt de croissance de la tête (souvent une mère, parfois une aile) qui reste petite et coriace. Il peut être rencontré sur toutes variétés, mais il est plus fréquent sur Violet de Provence et sur Cardinal. Le fond, principale partie comestible de l’artichaut, présente un faible développement. On observe, à la coupe, une absence de tout ou partie des fleurons, sans qu’on puisse dire qu’ils ont été broutés par un animal car on ne trouve généralement pas de traces d’excréments.

Une responsabilité de l’apion, un petit charançon, est envisagée mais n’a pas pu être démontrée à ce jour malgré un examen de plantes entières en fin de printemps et en été. L’apion se reproduisant à l’automne, des traces ou une présence de larve pourraient être observées dans la nervure principale des feuilles, mais aussi dans les pédoncules des capitules. Cette larve, en broutant l’intérieur de la tige au moment de l’initiation ou au début de la croissance du capitule, pourrait entraîner un blocage de la circulation de la sève et provoquerait ce type de dégât. Les capitules touchés ne sont jamais mis sur le marché.

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