Le Sommet de l'Élevage a fermé ses portes vendredi 9 octobre à Cournon d'Auvergne, sur un bilan record de 139 000 visiteurs. Portée par le retour des animaux et un nombre d'exposants en forte hausse, cette édition placée sous le signe du pastoralisme a confirmé le rang de premier salon européen de la filière herbivore. Au-delà du succès commercial, le rendez-vous s'est imposé comme une tribune politique de premier plan, à quelques mois de l'élection présidentielle et de la future réforme de la PAC. Éleveurs, techniciens, vétérinaires et responsables syndicaux : ils étaient nombreux à arpenter les allées et nous livrent leurs impressions.
Le Sommet de l'Élevage, une coutume familiale
Nous allons au Sommet de l'Élevage tous les ans, le mercredi, avec mon fils Raphaël, qui a seize ans. Quand il était petit, il était fasciné par le gros matériel. Pendant des années, je lui ai expliqué que, même si ça le faisait rêver, on n'aurait jamais ce matériel-là chez nous : dans nos exploitations de Haute-Corrèze. C'est du matériel surdimensionné, adapté aux pays céréaliers, pas à notre pays d'élevage. Il est en école de mécanique : il a voulu faire cette formation avant de faire une formation agricole, et il a bien dans l'idée de reprendre la ferme familiale. Pour moi ce que je trouve très intéressant, ce sont les bêtes. J'ai des moutons et des vaches moi-même, et le Sommet nous fait découvrir des races qu'on n'a pas l'habitude de voir en Haute-Corrèze, aussi bien en moutons qu'en bovins. Je trouve cette diversité de races vraiment intéressante, et ça nous permet aussi d'échanger avec d'autres éleveurs. Cette année, nous avons discuté avec un éleveur de Texel, celui qui a eu le premier prix, il est de la Vienne. Nous avons suivi un peu les résultats des concours. C’est une journée enrichissante, l'essentiel est là : chaque année, cette journée nous fait rêver, nous fait découvrir d’autres méthodes de travail. C'est devenu une coutume familiale, et j'espère bien qu'elle le restera. Anne-Marie Bordeveix, éleveuse de bovins et d'ovins en Haute-Corrèze
« Faire Mieux avec Moins »
« Ce Sommet de l'Élevage a été, comme toujours, un moment fort de rencontres. Le public était nombreux, et c’est aussi une belle opportunité d’échanger avec les éleveurs dans un cadre plus détendu et convivial, loin de la pression du quotidien et des visites de contrôle. C'est aussi l'occasion de retrouver nos collègues des autres GDS et du réseau Farago, avec une belle synergie de l'ensemble de ces structures sur le territoire. Ce maillage est une vraie force, et ce type d'événement nous permet de le renforcer. Cette année, nous avons partagé nos ressentis sur une année particulièrement complexe sur le plan sanitaire. Elle a parfois mis à mal le relationnel avec les éleveurs, mais elle a aussi soudé les équipes et montré toute l'efficacité du réseau dans les contextes d'urgence. C'est une expérience dont nous ressortons collectivement plus forts. Je dois aussi dire toute l'inquiétude partagée par l'ensemble des salariés et des élus des GDS pour notre filière. Confrontée aux conséquences de la sécheresse, elle va devoir décapitaliser pour permettre aux animaux restants de manger – ce qui ne va pas améliorer l'autonomie alimentaire de la France. C'est un sujet majeur qui nous préoccupe profondément. Au final, il nous reste un vrai chantier d'accompagnement technique pour améliorer la productivité et nous permettre de faire mieux avec moins ! » Christelle Roy, vétérinaire et directrice du GDS
L’agriculture au cœur du débat
« L'édition de cette année du Sommet de l'Élevage a été un vrai succès, et je tiens à le souligner. D'abord, il faut mettre en avant les performances de nos éleveurs limousins, bien présents dans le palmarès de la race limousine. C'est une vraie fierté pour notre région et cela mérite d'être souligné. Les avancées annoncées par la ministre lors de sa visite restent insuffisantes au regard de l'ampleur de la catastrophe climatique que nous traversons. Il y a des progrès, oui, mais il ne faut pas s'en contenter. Ce rendez-vous a également été un moment important de lobbying pour le Massif central. La présence de délégations européennes et de la plupart des candidats à l'élection présidentielle nous a permis d'échanger et de positionner l'agriculture au cœur du débat. Ces échanges nous ont permis d'affirmer nos positions en matière de souveraineté alimentaire et d'indépendance alimentaire. Le thème de cette année, le pastoralisme, nous a offert l'occasion de mettre en avant les zones herbagères du Massif central, à l'approche de la future réforme de la PAC. De nombreux débats et colloques ont été organisés sur ces sujets, et il est essentiel que les zones de montagne et les zones herbagères soient reconnues dans ces négociations. Ce Sommet a aussi été l'occasion de réaffirmer nos positions sur le règlement européen lié à la déforestation. Ces réglementations ne peuvent pas être uniformes sur l'ensemble du territoire national : elles doivent impérativement adopter une approche territoriale. Enfin, par rapport aux années précédentes, la fréquentation était nettement en hausse, tant en nombre d'exposants que de visiteurs. Le retour des animaux cette année a redonné toute sa vie au Salon, et la Corrèze était particulièrement bien représentée. Le machinisme a également connu un vif succès. Je tiens à saluer le travail collectif mené avec la FNSEA, où chacun apporte sa pierre à l'édifice. » Daniel Couderc, président de la Chambre d'agriculture
Un vrai moment de découverte !
« C’est la deuxième fois que je me rends au Salon, et cette édition m’a réservé de belles surprises. L’an dernier, j’y étais allé pour la première fois avec le lycée. Cette année, j’ai eu la chance d’y retourner avec des copains. Dès notre arrivée, nous avons été impressionnés par l’impressionnante exposition de matériel agricole. Les démonstrations étaient particulièrement intéressantes. J’ai pu poser de nombreuses questions aux commerciaux sur les nouvelles techniques et les innovations présentées. La visite des animaux a aussi été l’occasion de découvrir des races que je ne connaissais pas, comme la Blanc-Bleu-Belge, la Bazadaise ou encore la Jersiaise. Côté gourmandise, nous avons dégusté un excellent burger dans un food-truck, .» Tristan Roussely, élève au lycée agricole de Naves
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« Pour nous, le Sommet de l'Élevage est un salon incontournable, et j'y vais tous les ans. Cette année, pour le Concours National Limousin, j'étais parti avec six animaux, et trois se sont classés dans les cinq premiers. Nos taureaux en copropriété avec le GAEC Bourdu se sont classés troisième et quatrième. Quand on arrive à rester dans les dix premiers d'un concours national, ça met un peu en lumière notre élevage, c'est une belle publicité. Quand la race limousine est à l'honneur, pour nous, c'est forcément une bonne chose ! Je tiens aussi à souligner l'excellente organisation de la race limousine. On voit que c'est une des races qui maîtrise complètement le sujet du concours national, et je n'ai aucune inquiétude pour celui qui aura lieu à Pompadour, en Corrèze, l'année prochaine. L'organisation, la communication : c'est un gros point fort de la race limousine. » Régis Géraud, éleveur de vaches limousines à Juillac
« L'élevage rend des services, il faut le faire reconnaître »
« Je suis venu au Sommet de l'Élevage pour trois raisons : me tenir informé des nouveautés génétiques auprès de Créalim, le catalogue des taureaux vient de sortir et je voulais savoir ce qui est prévu au niveau de l'insémination artificielle en race limousine, tenir le stand Natera, et, bien sûr, croiser du monde de la filière qu'on ne rencontre pas forcément ailleurs. C'est vraiment ça aussi, l'intérêt de ce salon : on y rencontre pas mal de gens du milieu. Mercredi matin, j'ai assisté à la conférence organisée par l'Agence de l'eau Adour-Garonne sur le pastoralisme. Le message principal : l'élevage rend des services, notamment pour l'eau. Là où il y a de l'élevage, il y a encore des prairies, et les prairies aident à tamponner les excès d'eau. Beaucoup comportent des zones humides qui, sans les bovins et les ovins pour les entretenir, retourneraient à la forêt et au broussaillement. Un débat intéressant a été ouvert : les gens qui profitent des bienfaits de l'élevage, des zones avec des eaux sanitaires propres, des paysages entretenus, sont souvent les touristes, notamment dans les zones très touristiques où l'élevage est présent. Or ils ne financent pas les redevances ni les contributions pour l'eau. La question a été posée : ne faudrait-il pas qu'ils mettent la main à la pâte, via une contribution sur leur séjour ? C'est une piste qui mérite d'être discutée. » Franck Terrieux, Président du CIVO et éleveur en veau sous la mère
« Une première victoire qui récompense le travail d'une famille »
« Nous étions déjà venus au Sommet de l'Élevage, la dernière fois en 2023. Mais cette année, pour nous, c'était une grande première : notre première victoire à Cournon. C'était un moment fort ! Monter sur le podium de Cournon, c'était avant tout le rêve de mon père. Au-delà de ça, ce sont des bons moments qui récompensent le travail accompli : déjà, être présent à ce concours, c'est une belle chose, car préparer des bêtes de concours demande beaucoup d'efforts. Et quand, en plus, tout le monde fait de son mieux et qu'on peut gagner, c'est vraiment gratifiant. Nous avions emmené quatre animaux, et les résultats ont été à la hauteur de nos espérances : une première place, une deuxième et une cinquième. Ce qui est bien à Cournon, c'est que c'est l'un des meilleurs concours en termes de retombées. On y croise beaucoup d'étrangers, mais aussi beaucoup d'agriculteurs français. Sur le plan du commerce, c'est une formidable vitrine : nous avons déjà reçu plusieurs coups de téléphone depuis le salon. On sent vraiment qu'il s'est passé quelque chose. Rémy Bourdoux, Président des Jeunes Agriculteurs 19, éleveur de bovins