"La guerre en Iran a déstabilisé tous les marchés mondiaux"
Le constat est sans appel. En quelques mois, la situation économique des exploitations s’est fortement dégradée, sous l’effet conjugué des tensions internationales et de la volatilité des marchés.
Jean-Luc Perrin, secrétaire général de la FRSEA Aura, souligne :
La guerre en Iran a déstabilisé tous les marchés mondiaux.
Il évoque notamment les répercussions directes sur le coût de l’énergie et du gazole non routier (GNR). Dans le même temps, les prix agricoles repartent à la baisse. Lait, céréales ou encore viande, aucune filière n’est épargnée, affirme l’éleveur ligérien. Une tendance qui s’inscrit malheureusement dans la durée pour certaines filières, à l’image des fruits et légumes.
« L’effet ciseau est en train de se faire », alerte le responsable syndical, expliquant que d’un côté, les charges augmentent, quand de l’autre les prix reculent. Dénonçant un modèle où l’agriculture reste une variable d’ajustement, il déplore :
« Nous sommes encore la seule profession qui n’arrive pas à répercuter automatiquement la hausse des charges sur ses prix. »
Une situation d’autant plus préoccupante qu’elle fragilise directement le revenu et, à terme, la capacité à renouveler les générations.
Face à cette dégradation, pour le réseau FRSEA – JA, la priorité est claire : il faut agir sur la formation des prixaux producteurs en rouvrant les négociations commerciales.
L’objectif est de permettre une prise en compte effective des coûts de production, dans la continuité des dispositifs issus des lois Égalim.
Au-delà des mécanismes, c’est aussi la question du partage de la valeur qui est soulevée. Le responsable syndical dénonce certaines pratiques de la distribution. Il s’appuie notamment sur un rapport de la commission d’enquête du Sénat, publié le 21 mai, consacré aux marges des industriels et de la grande distribution, qui met en évidence un déséquilibre marqué dans la répartition de la valeur au sein de la chaîne alimentaire, au détriment notamment des producteurs.
Cette situation indigne le syndicaliste qui rappelle que :
Chacun doit faire ses marges, nous ne sommes pas contre, mais pas au détriment des autres. Nous demandons une transparence complète concernant les marges réalisées par la grande distribution.
Pour la FRSEA Aura, l’enjeu est de garantir une juste rémunération des agriculteurs sur ces produits de base, au cœur de l’alimentation des Français.
Autre sujet majeur : la prochaine programmation de la politique agricole commune (Pac). « Il faut un budget à la hauteur », affirme Jean-Luc Perrin. À ce stade, les inquiétudes persistent quant au niveau du financement futur. Le syndicat compte donc sur un engagement fort de l’État français dans les négociations européennes.
« Il ne manquera pas un centime d’euro », a assuré Emmanuel Macron, président de la République, mais « maintenant, il faut passer des paroles aux actes », prévient le responsable syndical car, au-delà des arbitrages financiers, l’enjeu est celui du revenu et du renouvellement des générations.
Au-delà de l’économie immédiate, les discussions autour de la loi d’urgence occupent une place centrale dans les revendications syndicales. Une exigence domine : « Il faut qu’on nous laisse produire », scande le président de la FDSEA 42. Trois enjeux principaux sont mis en avant.
1. La prédation lupine
Le premier concerne la prédation, avec une pression accrue du loup sur les élevages.
« On a un réel sujet et on n’arrive pas à trouver de vraies solutions pour le réguler », déplore-t-il.
Au-delà de l’impact économique, il évoque une usure psychologique des éleveurs et demande une régulation plus efficace des populations.
2. La gestion de l'eau
Autre sujet : l’eau qui devient structurante.
« Nous n’aurons pas d’agriculture sans eau », insiste-t-il, appelant à une gestion adaptée de la ressource.
3. Les moyens de produire
Enfin, les moyens de production, notamment phytosanitaires, qui cristallisent les tensions.
« Aujourd’hui, ce que nous demandons, c’est d’avoir la capacité à produire », explique-t-il.
Avec en toile de fond la question des importations : « Soit on les autorise chez nous, soit ces produits ne rentrent plus en France ».
Des revendications... mais la question du revenu reste central
Derrière ces différents dossiers, c’est bien la question du revenu agricole qui reste centrale.
« Il faut nous donner les moyens de produire et de vivre dignement de notre production », insiste Jean-Luc Perrin.
Au-delà des difficultés, il souligne toutefois la capacité d’adaptation du secteur. Les investissements restent présents et les installations demeurent dynamiques dans la région. Autant de signaux qui traduisent une volonté de poursuivre l’activité. Dans ce contexte, la mobilisation du réseau syndical se poursuit, avec des rencontres avec les parlementaires pour peser sur les débats en cours.
Un message qui s’adresse également aux consommateurs : « Ils peuvent compter sur nous », assure-t-il, à condition que l’agriculture française dispose des moyens nécessaires pour produire et se développer.