Formation agricole : quelles conséquences de la chute du budget de Vivéa ?
La baisse brutale du budget de Vivéa, sur fond de recul du revenu agricole, pèse sur la formation professionnelle agricole depuis fin 2025. Quelles formations ont été priorisées ? Quelles conséquences pour les agriculteurs ? Quelles évolutions à venir du financement du fonds d’assurance ? Enquête de Reussir.fr.
La baisse brutale du budget de Vivéa, sur fond de recul du revenu agricole, pèse sur la formation professionnelle agricole depuis fin 2025. Quelles formations ont été priorisées ? Quelles conséquences pour les agriculteurs ? Quelles évolutions à venir du financement du fonds d’assurance ? Enquête de Reussir.fr.
En octobre 2025, le fonds d’assurance formation des chefs d’exploitation et d’entreprise agricole (Vivéa) annonçait « ajuster temporairement ses financements ». Une « décision prise en urgence » pour assurer des formations sur les deux dernières sessions de l’année, rappelle Emilie Lecerf, directrice générale de Vivéa, après la révision de 10% à la baisse des prévisions de la MSA de la collecte de cotisations formations, seule source du fonds.
Six millions de moins en 2025
« Soit six millions de moins », confie-t-elle. « Après concertation, des thématiques de formation ont été priorisées (notamment les formations réglementaires, sur les techniques animales et végétales) et nous avons demandé aux organismes de formation de reporter autant que possible les autres sessions sur les deux premières sessions de 2026 », poursuit la directrice de Vivéa. Pour 2026, le budget de Vivea a été établi à partir de la collecte de cotisations 2025 et chaque comité régional a fixé des priorités de formations à financer sur son territoire. Le seuil du plafond annuel de prise en charge par bénéficiaire a été abaissé de 3000 à 2000 euros début 2026. Et depuis le 4 juin, les plafonds de prise en charge horaires sont aussi revus à la baisse de 5 euros. D’où de nombreux mécontentements sur le terrain.
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« Ma formation a été annulée », témoignent plusieurs agriculteurs
« Ma formation « transformation » obligatoire pour créer un atelier de transformation des céréales à la ferme a été annulée, j’ai dû obtenir un avenant à mon plan de professionnalisation personnalisé (PPP) », confie une porteuse de projet d’installation agricole en Ariège. Ses deux formations aux bases de la mécanique tracteur et de l’électricité, organisées par l’Adear (association pour le développement de l’emploi agricole et rural), ont aussi été annulées. Quant à sa première session de formation à la comptabilité annuelle à l’Afocg (Association de gestion et de comptabilité), elle a été validée mais les suivantes risquent de ne pas être financées, s’inquiète-t-elle.
Je comptais sur ma formation pour faire ma première télédéclaration en autonomie, j’ai dû payer une prestation de 240 euros
Alejandro, en cours d’installation en maraîchage en Corrèze, a pour sa part subi l’annulation de sa formation « utiliser Telepac ». « Je comptais sur elle pour faire ma première télédéclaration en autonomie, j’ai dû payer une prestation de 240 euros », regrette-t-il. De même pour sa formation « Devenir autonome dans l’élaboration de sa comptabilité » nécessaire pour joindre un groupe de comptabilité de l’Afocg, « je vais probablement devoir payer un comptable », témoigne-t-il. Caroline, en troisième année d’installation en plantes médicinales et aromatiques dans la Meuse, regrette pour sa part le refus de financement d’une formation en vannerie qu’elle comptait exploiter pour concevoir ses paniers de cueillette.
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Reports, annulations et désorganisation des formations agricoles
Des cas isolés ? « Nous avons pas mal de remontées provenant d’agriculteurs s’étant vu refuser leurs formations du fait de l’absence de financement par Vivéa depuis fin 2025 », assure Emilie Deligny, secrétaire générale de la Confédération paysanne. « Cela a provoqué du désordre dans l’organisation des sessions de formations. On a dû arrêter des sessions, parfois remplies, et annuler des intervenants que l’on a quand même payés » témoigne de son côté Sébastien Windsor, président de Chambre d’agriculture France. « Sur certains départements, il y a eu malheureusement des reports de formations sur le suivi de la marge, la création de valeur ou encore les coûts de productions », constate pour sa part Romain Deleris, membre du bureau des Jeunes agriculteurs, et référent sur le dossier formation.
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Des organismes de formation, appelés à revoir leurs tarifs, se retrouvent aussi en difficulté. « Comme les Adear, structures de développement agricole et d’accompagnement à l’installation, à la transmission, proches de la Confédération paysanne, qui peuvent être amenées à revoir leur modèle économique », souligne Emilie Deligny. L’Atelier paysan, qui forme les agriculteurs à l’autoconstruction et à la réparation, déplorait aussi fin octobre 2025 le refus de financement de toutes ses formations jusqu’au 31 décembre 2025 dans plusieurs régions, précisant que le report n’était pas toujours possible.
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Les porteurs de projets considérés comme prioritaires
« Nous avons pris sur nos réserves et nos fonds propres. En 2025, Vivéa a été déficitaire de 9 millions d’euros et a réussi à enregistrer 15% de départs en formation en plus avec -10% de collecte », défend Emilie Lecerf, directrice générale de Vivéa. « En 2026, avec le niveau d’activité que nous enregistrons, si nous avions fonctionné sur le modèle « first in first out », en juin il n’y aurait déjà plus eu d’argent ».
Si quelques témoignages semblent dire le contraire, la direction de Vivéa assure que les porteurs de projets, pourtant non cotisants, ont été priorisés, comme l’a rapidement demandé Jeunes agriculteurs. « On a fait le choix de les accompagner, avec une attention particulière pour que la formation s’intègre dans leurs plans prévisionnels », affirme Fabienne Garel, présidente de Vivéa, qui précise qu’une enveloppe a été spécialisée dédiée à cette cible. La stratégie a été de demander aux porteurs de projets d’utiliser d’abord leur CPF, les fonds Vivéa venant l’abonder via la caisse des dépôts et France Compétence.
Si les porteurs de projets rencontrent des difficultés nous leur demandons de se tourner vers les comités régionaux
« On ne laisse personne sur le carreau, après ce qui peut jouer sur les porteurs de projets c’est la baisse du plafond maximal (de 3000 à 2000 euros), on essaie d’adapter le volume de formation au cas par cas », témoigne pour sa part Sébastien Windsor. « C’est un peu compliqué, les structures de formation doivent accompagner les porteurs de projets pour l’utilisation du CPF » souligne de son côté Emilie Deligny. « Nous avons un nombre limité de retours sur le sujet », témoigne pour sa part Romain Delderis. « Sur les plafonds, nous avons plaidé pour des dérogations sur les formations longues de type transformation fromagère. Les comités régionaux traitent au cas par cas », poursuit-il.
« Si les porteurs de projets rencontrent des difficultés nous leur demandons de se tourner vers les comités régionaux, il y aura une attention particulière pour eux », conseille Fabienne Garel.
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Certiphyto : une enveloppe sanctuarisée mais des demandes de formation en masse
Quid des autres formations obligatoires ? Après la suspension du renouvellement durant trois ans, des agriculteurs s’inquiètent de ne pas pouvoir passer à temps leur formation Certiphyto ou de se la voir refuser. « On a sanctuarisé une enveloppe », rassure Fabienne Garel. Cela représentait 2,2 millions d’euros pour 2025 et plus de 10 millions pour 2026, précise Emilie Lecerf, car cette année « trois cohortes se retrouvent en fin de validité », souligne-t-elle. « Aujourd’hui, on tient le rythme, mais il y a une vraie difficulté à gérer les réveils tardifs », indique de son côté Sébastien Windsor. « On a formé 12 400 agriculteurs en 2025 pour le Certiphyto via Vivéa. On va en former 14 500 en 2026 », explique-t-il.
Aujourd’hui tous les financements pour Certiphyto sont acceptés par Vivéa
Il encourage toutefois les agriculteurs à bien regarder la date de renouvellement de leur Certiphyto et à s’y prendre quelques semaines voire mois à l’avance pour s’inscrire aux formations. « Aujourd’hui tous les financements pour Certiphyto sont acceptés par Vivéa. Et ce n’est pas nous qui demandons le report. Parfois les organismes de formation sont contraints de reporter des sessions car il n’y a pas assez de stagiaires ou du fait de l’empêchement d’un formateur, je conseille aux agriculteurs d’aller voir un autre organisme de formation », indique Fabienne Garel, insistant « en tous cas l’enveloppe n’est pas épuisée ». Elle souligne aussi que le Certiphyto peut être obtenu autrement que via le financement de formation (25% d’agriculteurs passent ainsi par d’autres voies, comme la validation d’un long QCM).
La Confédération paysanne regrette la place que prennent les Certiphyto en période de restrictions budgétaires et milite pour une stratégie de cofinancement.
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Quelle évolution du financement des formations agricoles à prévoir ?
Plus largement, la question du financement de la formation agricole se pose pour les années à venir. Aujourd’hui les fonds de Vivéa proviennent quasi exclusivement des contributions versées par les chefs d’exploitations agricoles l’année n-1. Collectées par la MSA, elles sont calculées sur la base du revenu professionnel, la contribution est comprise entre un montant minimal de 79 euros et un maximal de 365 euros. En 2025, la « baisse du revenu agricole de plus de 20% s’est répercutée sur l’assiette de cotisation », rappelle Emilie Lecerf.
On s’attendait à une baisse de budget mais pas au niveau où on l’a vécu
Après trois ans de recul du revenu agricole, « on s’attendait à une baisse de budget mais pas au niveau où on l’a vécu », souligne Sébastien Windsor. « C’est l’effet de la baisse des revenus sur les trois dernières années et lorsque certains revenus passent sous un seuil la baisse des contributions est très rapide », poursuit-il. Autre phénomène : la démographie agricole en baisse, avec le départ en retraite « de nombreux contributeurs, et notamment ceux qui sont au plafond » pointe Emilie Lecerf. Face à la baisse brutale de la collecte, Vivéa a financé une partie des formations sur ses fonds propres « mais nous ne pourrons pas faire ça tous les ans », souligne-t-elle.
Nous travaillons avec la MSA pour stabiliser leur modèle de prévision
Le fonds cherche des revenus complémentaires auprès de partenaires pour un cofinancement, auprès des régions, d’organisations privées, du fonds social européen (FSE) ou d’autres subventions publiques. Lors d’un conseil d’administration, en réponse à une demande formulée par l’une des organisations constitutives du Fonds d’assurance formation, la présidente de Vivéa a demandé aux syndicats de réfléchir à une éventuelle évolution des contributions formation. Plusieurs députés alertent aussi le gouvernement sur le sujet s’interrogeant notamment sur le financement des formations obligatoires. En parallèle, afin d’éviter une révision aussi brutale en cours d’année des financements de Vivéa, « nous travaillons avec la MSA pour stabiliser leur modèle de prévision », souligne Emilie Lecerf. « Nous allons en plus nous attacher auprès d’un cabinet à récupérer d’autres données pour sécuriser les volumes de collecte en cours, avec des données macro, des indicateurs de crise », complète Fabienne Garel. « La particularité de Vivéa est qu’elle n’a pas la possibilité de lisser ses revenus sur trois ans comme les agriculteurs, nous avons un budget annuel », souligne-t-elle.
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Quelles formations agricoles prioritaires aux financements pour les années à venir ?
Autre chantier de réflexion : le futur plan stratégique de Vivéa à six ans. « Nous sommes dans la dernière année du plan actuel et nous devons définir les niveaux d’accompagnement selon les grandes priorités stratégiques qui seront ensuite affinées par les comités régionaux » explique Fabienne Garel. « Nous devons coconstruire ce plan avec tous nos élus et aboutir d’ici la fin de l’année pour une mise en place au 1er février 2027 », précise-t-elle.
On doit être très rigoureux sur la bonne utilisation des fonds, avec une vraie transparence sur ce qui est financé et des critères plus sélectifs
« Sans exhaustivité, pour nous les priorités c’est : l’adaptation au changement climatique, l’autonomie, le revenu, l’accompagnement à la diversification », avance d’ores et déjà Emilie Deligny de la Confédération paysanne. Sébastien Windsor, président de Chambres d’agriculture France avance de son côté « le pilotage d’entreprise, la rentabilité, la sécurisation des revenus, les compétences techniques, l’amélioration des pratiques, la réduction des coûts, l’adaptation aux changements climatiques ou encore la gestion RH ». Quand Romain Deleris, des Jeunes agriculteurs, estime que les besoins stratégiques « ne sont pas uniquement réglementaires ». « Nous avons besoin de renforcer la position de chef d’entreprise, dans sa posture de gestionnaire autour des enjeux de management ou de la comptabilité. Il y a aussi tous les enjeux liés à l’adaptation au changement climatique et aux transitions de façon plus large », détaille-t-il.
Au-delà des priorités stratégiques, « on doit être très rigoureux sur la bonne utilisation des fonds, avec une vraie transparence sur ce qui est financé et des critères plus sélectifs », souligne aussi Sébastien Windsor. Alors que les formations aux permis nécessaires aux activités agricoles ont été financées jusqu’à 100% pendant des périodes plus fastes pour le budget de Vivéa, Romain Deleris juge ainsi que ces financements (ramenés à 800 euros maximum) doivent s’arrêter. « Sur la facturation électronique on peut aussi avoir des formations via la vente de prestations ou l’abonnement, cela relève plus du service », souligne-t-il.