Aller au contenu principal

Foncier agricole : les raisons du succès des cessions de parts sociales

Les cessions partielles de parts sociales de société sont aujourd’hui un moyen simple et sûr de céder son entreprise agricole. Le procédé est facilité par la très forte proportion de sociétés en agriculture.

Des exploitants à titre individuel anticipent parfois leur fin de carrière en créant une SCEA dans laquelle est intégré dès le départ le repreneur. © C. Baudart
Des exploitants à titre individuel anticipent parfois leur fin de carrière en créant une SCEA dans laquelle est intégré dès le départ le repreneur.
© C. Baudart

Pour reprendre ou céder une exploitation, deux possibilités s’offrent aujourd’hui aux agriculteurs. La première est très classique : le cédant vend ses actifs (matériel, stock, foncier) à son repreneur. L’autre option consiste à céder les parts sociales de sa société. Celle-ci est à la portée de la plupart des agriculteurs : soucieux d’optimiser leur fiscalité, les deux tiers des exploitations de grandes cultures sont aujourd’hui exploitées sous forme sociétaire.

Des exploitants à titre individuel anticipent parfois leur fin de carrière en créant une SCEA dans laquelle est intégré dès le départ le repreneur. Au fil des années, celui-ci devient gérant et acquiert une part de plus en plus importante des parts sociales. D’autres font de même mais sur un laps de temps plus court.

La cession de parts sociales a le mérite d’être simple : il ne s’agit pas d’un acte authentique à signer chez le notaire : elle peut être effectuée à tout moment par les associés. « La valeur de la part est simple à déterminer : en agriculture, elle s’appuie sur l’évaluation du bilan, calculée par le cumul des actifs déduit du passif et divisé par le nombre de parts », précise Philippe Vivier, expert comptable à Évreux. Il faut toutefois s’assurer que les terres sont mises à disposition de la société. À défaut, un rendez-vous avec son notaire s’impose.

Ce mode de cession rencontre un succès grandissant. Les surfaces concernées sont chaque année plus importantes, en particulier dans les secteurs où la tension sur le foncier va croissant et où la rentabilité des exploitations reste satisfaisante. La raison ? C’est le moyen d’échapper au contrôle de la Safer et à son droit de préemption en toute légalité. L’aspect fiscal joue aussi, mais si peu.

Les cessions totales de parts sociales dans le cadre familial, entre parents et enfants par exemple, ne sont pas soumises au droit de préemption. En revanche, ce droit, bien connu dans le cadre d’une vente de foncier simple, s’exerce en cas de cessions totales de parts sociales hors cadre familial. Dans ces situations, la Safer peut bloquer une transaction.

Une cession partielle des parts pour échapper à la préemption

Pour éviter cela, la pratique consiste à céder moins de 100 % des parts, c’est-à-dire jusqu’à 98 ou 99 % d’une société, le plus souvent une SCEA. La fraction restante sera cédée bien plus tard, mais qu’importe : elle est infime. « Le conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnelle la préemption prévue en 2014 par le législateur en cas de cession partielle des parts », rappelle Gautier Deramond de Roucy, avocat au barreau de Paris et expert en droit rural.

Pour les agriculteurs cédants ou repreneurs, l’exercice permet de se prémunir contre une incertitude sur le bon déroulé d’une négociation et contre un retard de calendrier. Les porteurs de projet sont attachés au principe fondamental de la liberté d’entreprendre et apprécient peu ce genre de contretemps.

Qu’importe que le droit de préemption soit très rarement exercé : ils ne prendront pas ce risque. Cantonnée à un rôle d’observateur, la Safer dénonce vertement cette pratique comme une « faille dans le système », mais elle est parfaitement légale.

Quoique simple, la démarche mérite toutefois l’intervention d’un spécialiste : juriste, fiscaliste ou conseiller en patrimoine. Les enjeux et les particularismes d’une cession sur le plan fiscal, social et patrimonial sont trop lourds pour ne pas s’entourer de professionnels. Ceux-ci seront à même de réaliser le meilleur montage et d’effectuer toutes les formalités administratives impératives, comme la demande d’autorisation d’exploiter. Autre formalité à respecter : la notification de cessions de parts auprès de la Safer. Ces notifications, impératives depuis 2017, permettent de mesurer la croissance de ce type de marché.

Dans son dernier rapport d’activité, la Safer de Normandie relève par exemple que les amateurs de parts de société sont surtout de grosses exploitations : « La surface moyenne exploitée par les 48 % de cessionnaires avant acquisition de la société est de 240 hectares. » Mais qu’ils soient à la tête d’une belle structure ou d’une entité plus modeste, tous trouvent dans ce procédé un moyen sûr de régler leurs affaires, discrètement, efficacement et sans contretemps. Au détriment de l’installation des jeunes et de la préservation du modèle d’exploitations familiales, selon les opposants à ces pratiques.

Les plus lus

Pommes de terre : des milliers de tonnes à détruire, faute de débouchés suffisants

La filière pomme de terre subit depuis cette année un retournement de conjoncture. La forte hausse des surfaces en 2025…

<em class="placeholder">Chemin goudronné entre parcelles agricoles</em>
Que le chemin n’appartienne qu’à un seul propriétaire ne l’empêche pas d’être un chemin d’exploitation

La Cour de cassation dans un arrêt du 9 janvier 2025 a réaffirmé que ce qui caractérise un chemin d’exploitation est…

<em class="placeholder">Adrien Collet, agriculteur à Beaupuy (Tarn-et-Garonne),&quot;J’ai trois lignes d’arbres par parcelle avec un intervalle de 26 mètres adapté pour deux passages de la herse ...</em>
Agroforesterie : « J’ai planté des arbres pour casser la couche imperméable d’argile en profondeur dans mes parcelles du Tarn-et-Garonne »
Agriculteur bio et paysan boulanger à Beaupuy (82), Adrien Collet a végétalisé ses parcelles en essences ligneuses avec des…
Xavier Priault, céréalier dans le Loiret.
Traitement phytosanitaire : « Dans le Loiret, je pulvérise de nuit en bas volume à 50 l/ha pour maximiser l’efficacité des produits »

Xavier Priault est céréalier à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dans le Loiret. Il réalise ses pulvérisations phytosanitaires…

<em class="placeholder">ammonitrate; engrais; fertilisation; épandage
</em>
Guerre au Moyen-Orient : l’écart se creuse encore entre prix des engrais et prix des céréales

La hausse du prix des engrais se poursuit, celle du prix des céréales existe mais elle est beaucoup plus mesurée. Le ratio…

<em class="placeholder">local phytosanitaire en 2022 dans une exploitation céréalière d&#039;Eure-et-Loire</em>
Produits phytosanitaires : quelles molécules risquent d’être interdites dans un proche avenir ?

Chaque année, la réapprobation de molécules phytosanitaires est examinée au niveau européen, avec à la clé de possibles…

Publicité
Titre
OFFRE SPÉCIAL PRINTEMPS
Body
A partir de 86,40€/an​
Liste à puce
Profitez de notre offre Printemps: -20% jusqu'au 05 avril 2026! Code Promo : OFFRE_PRINTEMPS_2026
Accédez à tous les articles du site Grandes Cultures
Consultez les revues Réussir Grandes Cultures au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Grandes Cultures