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Etude Allianz Trade : l’agriculture doit nourrir un monde en surchauffe mais à quel coût ?

Une étude de l’assureur Allianz Trade publiée le 14 octobre dernier dresse le bilan de ce que le secteur agricole mondial doit mettre en œuvre, selon lui, pour nourrir la population sur une planète faisant face à des événements climatiques répétés et toujours plus intenses et dont le coût ne cesse de grimper.

terre craquelée souffrant de sécheresse
La sécheresse est un des pires fléaux engendrés par le changement climatique auquel doit faire face l’agriculture mondiale.
© Gabriel Omnès

La modernisation de l’agriculture permet de nourrir de plus en plus d’individus mais non sans avoir un impact sur la planète qui est déjà en surchauffe en raison du changement climatique. L’étude « Nourrir un monde en surchauffe, Assurer la sécurité alimentaire et la stabilité économique dans un climat en mutation » de l’assureur Allianz Trade publiée le 14 octobre dernier rappelle que depuis 1961, l'apport calorique mondial a augmenté d'environ 35 %, contribuant à réduire la sous-alimentation.

Lire aussi :  Les coûts cachés des systèmes agroalimentaires mondiaux s’élèvent à plus de 10 000 milliards de dollars

Insécurité alimentaire persistante en Afrique subsaharienne

Alors que la faim dans le monde a diminué de près de 4 % entre 2000 et 2023, l'Asie du Sud-Est a réduit la prévalence de la sous-alimentation de 20 % à 6 % au cours de la même période, l'Amérique latine et certaines régions d'Asie du Sud enregistrant des améliorations comparables. Cependant, l'Afrique subsaharienne continue de faire face à une insécurité alimentaire aiguë, près d'un quart de sa population souffrant de sous-alimentation.

A relire : Le monde compte plus de 866 millions d’agriculteurs

Le transport des produits agricoles émet près d’un cinquième des émissions totales du système alimentaire

L’étude affirme que le transport des produits agricoles génère environ 3 gigatonnes d'équivalent CO2 par an, soit près d'un cinquième des émissions totales du système alimentaire. « Le transport alimentaire représente moins d'un cinquième de l'activité totale de transport, mais produit plus d'un quart des émissions liées au transport, les expéditions de fruits et légumes étant particulièrement intensives » explique l’étude. 

En ce qui concerne les engrais, l'étude de l'assureur parle d’une certaine « inefficacité », puisque selon elle, en moyenne, seuls 40 % de l'azote appliqué sont absorbés par les cultures et que le reste s'infiltre dans les écosystèmes, dégradant la qualité de l'eau et créant des « zones mortes ». Rien qu'aux États-Unis, les dommages causés par l'eutrophisation des eaux douces sont estimés à 2,2 milliards de dollars par an.

Lire aussi : Comment va évoluer l’agriculture mondiale dans les dix ans à venir ?

La sécheresse, un fléau pour l’agriculture

Et si l’agriculture mondiale contribue à dégrader l’environnement, elle est aussi victime des aléas climatiques de plus en plus fréquents et intenses rappelle l’étude qui souligne qu’au cours des trois dernières décennies, les catastrophes naturelles ont causé des pertes agricoles estimées à 3 800 milliards de dollars, soit 5 % du PIB agricole mondial par an, les sécheresses représentant les deux tiers des dommages. « À elle seule, la méga sécheresse européenne de 2022 a affecté 143 000 km² de terres, réduisant la productivité végétale sur 66 500 km² de terres cultivées (+ 13 % par rapport à la moyenne à long terme) » indique l’étude.

« Une volatilité croissante des risques climatiques »

Elle détaille qu’en Europe, les rendements céréaliers ont chuté d'environ 10 %, tandis que les pertes agricoles et environnementales ont atteint 50 milliards d'euros en 2022. Aux États-Unis, la sécheresse reste le principal facteur de pertes agricoles, avec des indemnités record en 2012, 2020 et 2022. L’étude pointe d’autres risques : inondations, excès d'humidité et gelées, dont le nombre a augmenté, « révélant une volatilité croissante des risques climatiques ». 

La plupart des pertes affectent la production de maïs et de soja, « exposant les vulnérabilités structurelles du système alimentaire américain et soulignant l'urgence de la diversification et de l'adaptation ». Les indemnités versées au titre des assurances liées aux conditions météorologiques en 2023 ont été sept fois plus élevées qu'en 2000, « soulignant le fardeau financier croissant qui pèse sur les agriculteurs et le système d'assurance fédéral » note l’étude.

Lire aussi : Quel est le coût des catastrophes pour l’agriculture mondiale ?

Les rendements de maïs, blé et soja orientés à la baisse selon l'étude

L’avenir n’est guère réjouissant puisqu’à l’horizon 2050, l’analyse d’Allianz Trade estime que les rendements du maïs pourraient baisser de 9 %, ceux du blé de 7 % et ceux du soja de 4 %, ce qui entraînerait des répercussions inflationnistes, notamment dans la région Asie-Pacifique (+ 27 %) et en Europe (+ 6 %). D'ici 2050, les fluctuations des rendements agricoles pourraient alimenter l'inflation alimentaire mondiale, poussant les prix à la consommation à environ 13 % au-dessus du niveau de référence. 

Selon  l’assureur, la baisse des rendements et la hausse des prix des matières premières agricoles pourraient réduire les marges des entreprises agroalimentaires : elle estime que chaque augmentation d’un point de pourcentage du prix entraîne une baisse d'environ 1,67 point de pourcentage de la rentabilité des entreprises en amont et en aval.

Lire aussi : Installation : l’assureur Allianz France entre au capital de FEVE

Le marché mondial de l'assurance indexée pourrait doubler d’ici 2033 selon Allianz Trade

Les pratiques agricoles, l'innovation technologique, le soutien des pouvoirs publics et sans surprise les filets de sécurité financière sont les quatre piliers identifiés par Allianz Trade pour que le système alimentaire mondial renforce son adaptation. Selon l’assureur,  « les produits d'assurance paramétrique, qui lient les indemnités à des mesures objectives telles que les précipitations ou les rendements, offrent rapidité et accessibilité financière tout en réduisant les coûts administratifs ». Il souligne que les mesures politiques contribuent à développer ces instruments : l'UE subventionne désormais jusqu'à 70 % des primes, une initiative qui devrait « permettre de doubler le marché mondial de l'assurance indexée au cours de la prochaine décennie, passant de 18 milliards de dollars aujourd'hui à 34,4 milliards de dollars d'ici 2033 »

L’assureur explique que pour les petits exploitants agricoles, la micro-assurance reste toutefois pour les pays en développement une solution plus pratique : le marché potentiel est vaste, couvrant près de 3 milliards de personnes, mais la couverture réelle n'atteint que 11,5 % à l'échelle mondiale et seulement 8,2 % en Afrique.

Retrouver l'étude en anglais : 

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