Etude du Museum national d’histoire naturelle
Esod : détruire les « nuisibles » coûterait huit fois plus cher que leurs dégâts et ne régulerait pas leurs populations
Une étude portée par un chercheur du Muséum national d’histoire naturelle prouve que l’abattage des « nuisibles » ne permet pas de réduire les dommages économiques imputés à ces espèces, ni de réguler les populations en question, et révèle que cette politique coûte huit fois plus que les dégâts déclarés.
Une étude portée par un chercheur du Muséum national d’histoire naturelle prouve que l’abattage des « nuisibles » ne permet pas de réduire les dommages économiques imputés à ces espèces, ni de réguler les populations en question, et révèle que cette politique coûte huit fois plus que les dégâts déclarés.
En France, 1,7 million de renards, fouines, martres, pies, corbeaux et autres corneilles sont abattus chaque année afin de réduire les risques sanitaires et les pertes économiques, notamment pour les agriculteurs. L'efficacité de cette stratégie de contrôle létal des Esod (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts) n'a jamais été évaluée. Partant de ce constat, un chercheur du Museum national d’histoire naturelle a décidé de compulser les données officielles récoltées pendant sept ans (2015–2022).
A relire : Animaux nuisibles : quelle est la nouvelle liste « Esod » ?
Un coût moyen de 64 euros par animal tué
Avec son équipe, il a compilé, pour chaque département français, le nombre d’animaux détruits et le montant des dégâts déclarés par les agriculteurs et les particuliers (sachant que tous les dégats ne sont pas déclarés par les agriculteurs). En estimant le temps passé, les frais de transport, le matériel et les munitions, les auteurs évaluent le coût moyen de cette politique à presque 64 euros par animal tué (pour 12,4 millions d’animaux en 7 ans), un contrôle qui semble bien plus coûteux que les dégâts déclarés.
« Un investissement économique inefficace »
Cette étude publiée dans Biological Conservation le 9 mars aboutit à deux constats majeurs. Premier point : la destruction de ces animaux « nuisibles » ne réduit pas les dégâts, et, à l‘inverse, ne pas les abattre n’augmente pas les dégâts déclarés dans un territoire. L’étude estime que les efforts de destruction ne sont pas concentrés sur les bonnes cibles, dans l’espace comme dans le temps. Elle pointe « un investissement économique inefficace » puisque le coût des abattages est estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an alors que celui des dégâts s’élève à un montant allant de 8 à 23 millions d’euros, soit huit fois plus.
L’effort de régulation n’est pas proportionnel aux dommages signalés
Deuxième point : les départements où les dégâts étaient élevés durant cette période ne sont pas ceux où les abattages ont été intensifiés les années suivantes. Cela montre que l’effort de régulation n’a pas été proportionnel aux dommages signalés. L’étude révèle que si pour certaines espèces d’oiseaux comme la corneille ou l’étourneau, on observe que les abattages augmentent l’année même où les dégâts sont importants, c’est sans doute parce que les tirs ou le piégeage interviennent rapidement après des dommages sur les semis. Mais, selon elle « cette relation disparaît lorsqu’on regarde les effets à plus long terme ».
« Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante »
Les chercheurs martèlent : « Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante ». Ils estiment que dans certaines régions, la relation est même inversée : plus on détruit une espèce une année donnée, plus les dégâts sont élevés l’année suivante, notamment pour les geais et les étourneaux. « Cela ne signifie pas que la destruction provoque directement les dégâts, mais cela suggère encore une fois qu’elle ne les empêche pas » affirme les chercheurs.
A relire : Liste Esod : quelles espèces classées nuisibles dans votre département ?
Les « nuisibles » rendent service à l’agriculture
L’étude conclut : « Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, d’autant que ces actes empêchent ces espèces de rendre des services à nos sociétés, notamment pour l’agriculture et la foresterie ». Et de citer plusieurs exemples pour appuyer leurs propos : les corvidés jouent un rôle dans la dispersion de graines et de fruits, comme le geai qui cache des glands à l’automne et assure la plantation de milliers de chênes. Les renards et les mustélidés sont quant à eux des prédateurs de rongeurs, protégeant ainsi les cultures.
A relire : Animaux nuisibles : le Conseil d’Etat rejette les demandes de chasseurs de revenir sur la liste Esod
Réorienter les efforts vers des stratégies non létales
En s’appuyant sur les conclusions d’un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable de décembre 2024, et au vu des résultats de leur étude, les chercheurs estiment qu’il conviendrait de réviser cette politique d’abattage. Ils suggèrent de réorienter les efforts vers des stratégies non létales (protection des semences, dispositifs dissuasifs, effarouchements, aménagements agricoles) susceptibles de réduire les pertes pour les particuliers et professionnels sans perturber les équilibres écologiques.
Lire aussi : Dégâts d’oiseaux sur tournesol : des astuces pour limiter les attaques au semis et à la levée