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Etude sociologique
Epuisement professionnel et désespoir – En Saône-et-Loire, un constat alarmant révélateur d’un malaise français

En Saône-et-Loire, le risque d’épuisement professionnel chez les exploitants agricoles est pratiquement deux fois plus élevé que chez les chefs d’entreprise toutes catégories confondues. Ces résultats sont ceux d’une enquête lancée en 2018 par la chambre d’agriculture du département. L’étude révèle aussi une mauvaise santé mentale et un fort taux de désespoir. 48 % des personnes qui ont répondu sont sur des exploitations en bovins viande. Le constat est donc particulièrement inquiétant pour ce secteur d'activité.

Le secteur d’activité « bovins viandes » concerne près de la moitié des personnes qui ont répondu à l'enquête menée en Saône-et-Loire.
© François d'Alteroche

C’est une étude programmée pour trois ans qui a été lancée par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire en 2018. L’Observatoire Amarok, qui a mené les opérations, a analysé les données de 427 répondants. Le travail mené en plusieurs vagues a pour objectif de mesurer les situations de fragilité professionnelle des femmes et des hommes à la tête des 7000 exploitations du département.

Le panel des exploitants agricoles ayant répondu à l’enquête reflète les spécificités des exploitations dans ce département.

Les exploitants agricoles ayant participé sont majoritairement des hommes (73%), de plus de 35 ans (88%) qui ont au moins un niveau baccalauréat (68%) mais qui accèdent toutefois très peu aux études supérieures de niveau au moins bac +4 / +5.

Les femmes (27%), les jeunes actifs (12%) et les très diplômés de niveau bac +4 / +5 (7%) sont très minoritaires, dans un secteur constitué d’une majorité de successeurs reprenant l’exploitation familiale (59%).

 Le secteur d’activité « bovins viandes » concerne près de la moitié des répondants (48%).

42% des agriculteurs sondés gèrent seuls leur exploitation. Près d’un tiers ont des associés familiaux (29%) et seuls 14% des entrepreneurs interrogés emploient un ou plusieurs salarié(s) et apprenti(s).

Un profil type

Dans un communiqué diffusé le 19 février 2020, la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire livre les résultats 2019. Et le constat est négatif. L’étude révèle un risque d’épuisement toujours élevé, bien supérieur aux autres catégories de chefs d’entreprise.

Si la santé physique de la majorité des personnes interrogées paraît bonne pour la majorité des personne enquêtées (67 %), plus d’un tiers des sondés jugent leur santé mentale passable ou mauvaise.

Les spécificités des exploitants en Saône-et-Loire, combinés avec leurs conditions de travail et de vie difficiles permettent de dresser le profil type de l’agriculteur de ce département dont la santé mentale est fragile et pourrait être inquiétante. C’est un exploitant agricole, principalement dans le secteur « bovins viandes » qui a entrepris par nécessité et non par opportunité, qui travaille seul, se sent isolé et qui est autodidacte ou d’un niveau BEP, CAP ou BAC. L’étude note également que les femmes sont plus sujettes au risque d’épuisement professionnel.

Un malaise français                                                                                                                                                 Bernard Lacour, président de la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, régit aux résultats de cette étude et souhaite interpeller le monde agricole. « A l’approche du salon international de l’agriculture, qui braque la lumière sur notre profession, parfois avec euphorie pour le grand public, il est insupportable de savoir que celles et ceux qui dédient leur vie à l’activité agricole sont au bord de l’épuisement professionnel », lance-t-il. « Ce qu’il se passe parmi les 7000 exploitations du département de la Saône-et-Loire est révélateur d’un malaise français contre lequel il est urgent d’agir ».

 

Bonne santé physique

84% des agriculteurs du département ne fument pas, révèle l’étude. Concernant l’alcool, les sondés indiquent en consommer au moins deux fois par semaine pour 42% dont 21% qui boivent quatre fois par semaine ou plus.

Bien que plusieurs exploitants agricoles pratiquent jusqu’à six heures d’activité physique ou sportive par semaine (26%), il est à noter que la moitié des personnes ayant répondu restent sédentaires et ne pratiquent jamais aucune activité physique (51%).

La majorité des répondants (65%) déclarent prêter attention à l’alimentation.

Ainsi, du point de vue strictement physique, les agriculteurs estiment être en bonne santé (67%). Il y a d’ailleurs une hausse de plus de 12 points entre le premier questionnaire mené en septembre 2018 et le dernier en date de juin 2019.

Santé mentale : constat inquiétant

Du point de vue psychologique, le constat est très différent. Plus d’un tiers des interrogés (35%) jugent leur santé mentale « passable ou mauvaise » et ce sur l’ensemble des vagues en 2018 et 2019. Différents éléments contribuent à créer un environnement et des conditions pouvant favoriser cette situation, indique l’étude.

. L’hygiène de vie

Lorsqu’on interroge les exploitants sur leur sommeil, la moitié d’entre eux disent dormir moins de 7h par nuit (54%) et près la moitié (42%) qualifient leur qualité de sommeil de passable ou mauvaise.

. La solitude

La moitié des exploitants (53%) avaient le sentiment d’être entourés lors de la première étude en 2018, contre un tiers (35%) en juin 2019. Une dégringolade de quasiment 20 % ! L’ensemble des vagues de l’étude révèle qu’un tiers des sondés se sentent isolés.

. Le temps de travail

Le temps de travail hebdomadaire demeure particulièrement élevé pour les exploitants sondés en Saône-et-Loire. Ils ne sont que 9% à travailler moins de 40h par semaine. Pour les deux tiers (77%), la charge de travail s’élève à 50 heures hebdomadaires. Parmi eux, 21% affirment travailler plus de 70h.

. Le repos

Interrogés sur leur repos, 49% des exploitants indiquent avoir pris une demi-journée à une journée de repos sur le dernier mois, 33% ont pris deux à trois jours et plus d’1 sur 3 (18%) déclare n’avoir pris aucun jour de repos sur la période indiquée.

. Le temps-libre

71% des exploitants choisissent de se reposer en priorité en famille tandis que 23% préfèrent rester seuls. Les agriculteurs interrogés indiquent prendre des « temps de réflexion » une à plusieurs fois par semaine pour plus des deux tiers des sondés (78%) dont une fois par jour pour 21%, et jamais pour 8%.

Désespoir et risque d’épuisement professionnel : des chiffres alarmants

L’échelle du désespoir peut être prédictive du risque suicidaire chez les agriculteurs. Elle est plus prononcée chez les plus de 45 ans. Elle révèle que 6 exploitants sur 10 (61%) ont une vision du futur parfois / assez / très négative (dont 13% pour ce dernier point) contre 7 sur 10 lors du premier questionnaire en 2018 : une légère baisse mais un état qui persiste.

S’agissant du risque de burnout, plus d’1 exploitant sur 3 (35%), soit plus d’un tiers des répondants, présente un risque d’épuisement professionnel.

Le Professeur Olivier Torrès, président fondateur de l’Observatoire Amarok, commente ces résultats, qui montrent un risque de burnout bien plus élevé chez les agriculteurs que pour la population globale de chefs d’entreprise. « Nos chiffres montrent que nous atteignons ici des records absolus puisque dans nos travaux antérieurs, nous avons montré sur un échantillon représentatif que 17,5% des chefs d’entreprises sont en risque. Auprès de la population spécifique des agriculteurs de Saône-et-Loire, ce risque d’épuisement atteint le double ! ».

 

Les ressentis révélateurs des sondés

Pour comprendre la situation professionnelle des sondés, une partie de l’enquête est dédiée à leurs ressentis. Pour mesurer le risque d’épuisement professionnel, le questionnaire propose une série de questions pour lesquelles les répondants devaient s’évaluer sur une échelle de 1 à 7, la dernière marche de l’échelle étant synonyme de grande fragilité.
Ainsi, parmi les raisons pouvant expliquer les sentiments des agriculteurs, plusieurs éléments ressortent : la fatigue, la déception vis-à-vis de certaines personnes, le sentiment de débordement, la préoccupation ainsi que la tourmente et l’anxiété, un grand poids sur les épaules, l’impuissance, le ras-le-bol, l’impression d’être « coincé », un avenir incertain et sombre, le manque de répit actuel ou à venir, et le stress

 

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