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En France, près de 3 millions d’hectares de terres en état d’abandon

Entre 2,7 et 3 millions d’hectares de terres sont considérées « abandonnés » en France. Cela représente l’équivalent de plus de 10% de la SAU. Une première évaluation a été réalisée en mai et le rapport a été publié en octobre. Le CGAAER est chargé d’une mission de prospective sur ce sujet.

Surface agricole abandonnée
« Une partie significative de la SAU française est, de fait, un espace naturel le plus souvent en libre évolution sans production agricole », observe le CGAAER.
© Bernard / flickr

Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a publié le 18 octobre une étude intitulée : « Stratégies d’usage des terres en France dans l’objectif d’assurer la souveraineté alimentaire et de préserver la biodiversité ».  
 

Productivité et biodiversité : land sharing / land sparing

La première partie du rapport est consacrée au débat land sharing / land sparing qui est lié aux sujets de productivité et de biodiversité. L'étude du ministère a été menée par le CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux). Les auteurs* observent que l’arbitrage entre ces deux concepts est encore très débattu. 

Ce thème a également fait l'objet d’une étude menée par 5 membres de l’Académie d’agriculture de France en juin 2022. Les auteurs s’interrogent sur la stratégie optimale à adopter pour maximiser la biodiversité.

  • Une agriculture extensive, qui partage (share) les parcelles entre la biodiversité spontanée et l’espèce cultivée ?

  • Une agriculture intensive, où les surfaces cultivées sont presque totalement occupées par l’espèce cultivée avec une haute productivité, ce qui permet de réserver (spare) plus d’espaces non cultivés pour la faune et la flore sauvage ?  
     

2,7 à 3 millions d’ha de terres abandonnées en France

La seconde partie de l'étude du CGAAER s’intéresse à la façon de mieux arbitrer l’usage des terres en France, au regard des enjeux de protection de la biodiversité et d’amélioration de la souveraineté alimentaire. Le document aborde notamment la question des terres abandonnées qui constituent « un angle mort des politiques foncières à prendre en considération » observe le conseil. La France compte de « larges espaces délaissés » assurent les auteurs*. 

Le CGAAER a été chargé par le ministre de l’Agriculture d’une mission de prospective sur ce sujet des terres délaissées. Le travail est en cours mais quelques chiffres sont avancés dans le rapport qui permettent une évaluation. 

L'équivalent de plus de 10% de la SAU serait en état d'abandon

« 2,7 à 3 millions d’hectares, soit l’équivalent de plus de 10 % de la SAU, seraient en état d’abandon », c’est ce qu’indique le rapport.  Ces terres représentent un flux de l’ordre de 20 000 ha chaque année de terres « sans usage », hors artificialisation ou reboisement

Ainsi « une partie significative de la SAU française est, de fait, un espace naturel le plus souvent en libre évolution sans production agricole », précise l’étude. Dans le débat sur les usages des sols, « on ne peut négliger ces terres abandonnées ni celles qui retrouvent un état forestier », assurent les auteurs du rapport. Ils considèrent en particulier leur rôle en faveur de la biodiversité. Ils évoquent également l’évolution des zones d’élevage traditionnel « où les terres sans usage agricole devraient progresser et susciter des projets d’installation de production d’énergie renouvelable (photovoltaïque) ».  
 

Envisager des « évolutions du rôle des Safer »

Avec les régions et en mobilisant la recherche, « des travaux approfondis doivent être conduits sur l’évolution du foncier agricole ». Pour aller dans ce sens, les auteurs de l’étude suggèrent notamment « des évolutions du rôle des Safer », les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, et « de la politique des structures ». Une telle démarche est à envisager « dans la perspective d’une gestion du foncier agricole qui dépasse les seuls enjeux agricoles et traite la question des terres abandonnées en lien avec le principe de " non-régression " de la souveraineté alimentaire ». Le rapport invite également le ministère de l’Agriculture à attacher « une plus grande importance » aux questions foncières.  

Pour Nicolas Agresti, directeur du Service études, veille et prospectives à la fédération nationale des Safer, certaines de ces terres pourraient participer à la « reconquête agricole ». C’est ce qu’il affirme dans un article publié par Ouest-France le 29 novembre. Si certaines friches sont « définitivement inexploitables », d’autres parcelles peuvent être « intéressantes » à repérer, estime-t-il. 

 

*Valérie Baduel, inspectrice générale de santé publique vétérinaire ; Claire Hubert, ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts ; Hervé Lejeune, inspecteur général de l’agriculture. 

 

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