Éleveur et «ultra-trailer» : « Des fiches et la communication »
Joël Piganiol est un éleveur organisé qui arrive à cumuler la pratique d’un sport de haut niveau – l’ultra-trail – et ses engagements professionnels, sa vie de famille et son métier d’éleveur allaitant. Quelle est sa recette ?
Joël Piganiol est un éleveur organisé qui arrive à cumuler la pratique d’un sport de haut niveau – l’ultra-trail – et ses engagements professionnels, sa vie de famille et son métier d’éleveur allaitant. Quelle est sa recette ?
Joël Piganiol, 52 ans, est éleveur de limousines à Sénezergues dans le Cantal en Gaec avec son frère Marc. Le Gaec devrait s’agrandir au 1er janvier 2027, avec l’installation de Simon, son neveu, qui est actuellement salarié sur l’exploitation. Dès leur installation, les éleveurs, qui exploitent aujourd’hui 132 hectares pour 130 vêlages en limousin, ont eu à cœur de se libérer du temps pour leurs familles, mais aussi pour leurs loisirs. « Ça a été notre fil rouge sur l’exploitation, on a tout fait en fonction : les bâtiments et des investissements », explique Joël qui pratiquait au départ le football en plus de son engagement aux JA.
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« On planifie tout, tous ensemble et surtout, on échange beaucoup, tous les jours. » Pour cela, les frères organisent des réunions régulières de planification à la semaine, s’équipent du matériel le plus adapté pour leur permettre de gérer les «temps chauds», et leur WhatsApp fonctionne beaucoup, notamment pour les imprévus. « Nous sommes tous les trois interchangeables et en capacité de faire toutes les tâches, mais nous faisons l’effort de formaliser régulièrement les choses, via les fiches qui sont en permanence dans les tracteurs. » Il y a plusieurs parcs de contention sur plusieurs parcelles. Tous les animaux sont rentrés avant les vêlages. « On a des caméras et on fait une surveillance accrue pour éviter les urgences en pleine nuit. » Sur la ferme, tout doit être fait en temps et en heure. Par exemple, les clôtures doivent être faites avant la mise à l’herbe.
Une à deux courses d’ultra-trail chaque année
Président de la FDSEA du Cantal et vice-président de la chambre d’agriculture, le calendrier de Joël est bien chargé. « À 40 ans, j’ai arrêté le foot. J’avais un beau-frère qui faisait du trail, ça m’a donné envie, j’ai commencé à courir et très vite, j’ai eu envie d’aller plus loin. En 2014, j’ai rejoint le running club d’Arpajon, près d’Aurillac, ça m’a donné un cadre et un support pour les courses. » En effet, Joël pratique le trail (courses jusqu’à 80 kilomètres), mais aussi l’ultra-trail, des courses de plus de 80 km. Son objectif est de faire une à deux courses d’ultra-trail par an. En 2018, il court la Diagonale des fous à La Réunion et en 2024, il participe à l’ultra-trail du Mont-Blanc, les deux courses les plus célèbres pour les «ultra-trailers».
Pour arriver à un tel niveau en ultra-trail, Joël doit pouvoir assurer un volume d’entraînement suffisant, idéalement trois à quatre sorties par semaine, mais ce n’est pas toujours aisé en raison des pics de travail et des engagements professionnels souvent intenses. « Je dois m’adapter en permanence. Mon agenda est hyper important, et je dois le respecter. Mon volume d’entraînement reste inférieur à ce qui se fait à mon niveau normalement, alors je dois profiter des créneaux.»
Des échanges tous ensemble tous les jours
Quand on lui demande le temps qu’il lui reste pour sa famille, Joël répond : « J’ai de la chance, je suis très bien accompagné et soutenu par mon épouse et mes trois enfants. Aujourd’hui, ils sont grands, c’est plus facile, mais ils ont toujours été des soutiens. À de nombreuses reprises, nous avons fait coïncider vacances et trail. Nous partions en vacances, et à la fin du séjour, je faisais la course. »
Sur l’exploitation, le soutien est aussi en place avec son frère Marc qui est également sportif, son neveu Simon, mais aussi son père qui venait en appui. « Pour que ça marche, il faut parler, échanger, que chacun sache ce qu’il a à faire, c’est essentiel. »
Fiche élevage
L’automne est la période la plus complexe
Certaines périodes sont plus propices que d’autres pour les entraînements et Joël en tient compte pour s’inscrire sur les courses. La période la plus complexe à organiser est celle des vêlages, qui se font en automne. Cette période coïncide avec la rentrée syndicale et le Sommet de l’élevage. « Cette année, j’ai couru la course des Templiers le 20 octobre, mais entre la DNC et le travail, je n’ai pas performé comme je l’aurais voulu », confie Joël qui privilégie habituellement les courses qui ont lieu en fin de printemps ou début d’été. « À cette période, il est plus facile pour moi d’organiser la préparation et les temps de repos nécessaires avant une course. »