Rapport
Elevage d’insectes : « 284 millions d’euros d’argent public investis pour une promesse non tenue »
Dans un rapport publié ce 21 avril, l’observatoire des subventions et aides agricoles en France et l’observatoire national de l’élevage d’insectes interrogent « le soutien public massif à la filière d’élevage d’insectes ».
Dans un rapport publié ce 21 avril, l’observatoire des subventions et aides agricoles en France et l’observatoire national de l’élevage d’insectes interrogent « le soutien public massif à la filière d’élevage d’insectes ».
« Au moins 284 millions d’euros d’argent public ont été investis dans les principales entreprises françaises d’élevage d’insectes au cours de la dernière décennie. Soit rapporté à la production effective de la filière, environ 20 euros d’aide publique par kilo de farine d’insecte produite, soit cinq fois le prix de vente de cette farine sur un marché qui peine lui-même à trouver des acheteurs ». Voilà ce qu’estime un rapport publié ce 22 avril par l’Observatoire des subventions et aides agricoles en France (ObSAF), créé fin 2024 et présidé par Clémence Peyrot, référente de L214 en Dordogne et l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei), présidé par Corentin Biteau.
Lire aussi : Protéines d’insectes : la start-up Ynsect en liquidation judiciaire
Des aides bien supérieures à celles attribuées aux protéines végétales
A titre de comparaison, ce montant représente environ 2,5 fois l’enveloppe du plan Protéines végétales de France Relance et près de 33 fois le budget annuel du fonds Avenir Bio de 2025, dénoncent les auteurs du rapport dont Tom Bry-Chevalier, doctorant en économie de l’environnement au sein de l’université de Lorraine et de la chaire Economie du Climat, directeur scientifique de l’Onei.
Plus de 90% des financements identifiés proviennent de l’Etat ou de ses opérateurs notamment Bpifrance, l’Ademe et la Caisse des dépôts, selon le rapport qui a épluché les financements accordés à Ynsect, Innovafeed, Agronutris, La compagnie des Insectes de Bretagne, Invers et Profifly.
Un financement dénoncé par les deux organisations qui estiment « que ces montants traduisent un choix politique fort en faveur d’une filière soutenue très en amont, avant une démonstration claire de sa viabilité économique et de ses bénéfices environnementaux ».
Relire : Insectes : Innovafeed lève 250 millions d'euros
Un secteur en difficultés économiques « systémique »
Un phénomène mondial puisque 2 milliards de dollars ont été investis dans l’élevage d’insectes ces dix dernières années, « dont au moins 36% ont été dirigés vers des entreprises aujourd’hui en cessation d’activité ou restructuration », note le rapport.
En France, les trois leaders de taille significative sont en difficulté, rappelle l’étude : Ynsect a été placé en liquidation judiciaire en décembre 2025, Innovafeed a dû mettre en pause son projet américain à Decatur en août 2025 et a publié des pertes de 35,6 millions d’euros en 2024 et Agronutris dont la holding EAP Group a été placée en liquidation judicaire en octobre 2025 a vu sa filiale industrielle Ardennutris reprise par La Compagnie des Insectes.
De nombreuses faillites ont eu lieu en 2025
« Parmi la vingtaine d’entreprises plus petites qui complètent l’écosystème », le rapport distingue toutefois Invers basé sur un modèle décentralisé d’élevage de vers de farine en partenariat avec des agriculteurs auvergnats. Il note en revanche la liquidation d’Alpha Chitin, Fungfeed et la cessation d’activité d’Ekinoé en 2025.
Dans le monde, le rapport cite aussi les faillites d’Agriprotein, Enorm Biofactory, Aspire food group, Beta Hatch, Inseco, ou encore Enterra.
« De nombreuses faillites ont eu lieu en 2025. Elles laissent à penser que les difficultés du secteur sont systémiques », commente Tom Bry-Chevalier.
« De manière générale la farine d’insectes vaut huit fois plus cher que la farine de soja et deux à quatre fois plus cher que la farine de poisson. On ne voit pas comment cet écart pourrait se réduire rapidement », complète pour sa part Corentin Biteau lors de la présentation du rapport à la presse le 20 avril.
Relire : Protéines d'insectes : la start-up Ynsect demande son placement en redressement judiciaire
Des promesses environnementales remises en cause
Les auteurs de l’étude reviennent en outre sur plusieurs travaux scientifiques récents contestant « le récit environnemental porté par la filière ». « Selon une analyse de cycle de vie commanditée par le ministère de l’Environnement britannique, la farine d’insectes émet jusqu’à 13,5 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le soja », peut-on ainsi lire dans l’étude.
Relire : Elever des vers : c’est s’assurer « un vrai salaire » quand on est agriculteur, promet Invers
L’Obsaf et l’Onei demandent la suspension des aides, à réorienter vers les protéines végétales
En conclusion de leur rapport, l’Obsaf et l’Onei formulent quatre recommandations dont la suspension de tout soutien public à cette filière tant que « des analyses de cycle de vie indépendantes ne démontrent pas son bénéfice environnemental » et la réorientation des aides et subventions publiques vers des solutions comme les protéines végétales, les mycoprotéines ou les protéines issues de la fermentation.
Les deux organisations demandent aussi la publication d’un bilan consolidé et détaillé de l’ensemble des financements publics accordés à la filière de l’élevage d’insectes en France, incluant les montants investis par Bpifrance « dont une partie significative reste opaque » ainsi qu’un « examen public » des mécanismes d’évaluation et de décision qui ont conduit à investir autant dans cette filière.