Élevage bovins viande : Ferm’inov avance sur sa trajectoire bas carbone
La ferme expérimentale Ferm’inov, en Saône-et-Loire, s’est engagée dans l’amélioration de son empreinte carbone. En mettant en place des leviers efficaces, elle démontre que cette réduction se raisonne sur un temps long et que le volet stockage est central.
La stratégie nationale bas carbone assigne au secteur agricole une réduction de ses émissions nettes de GES, en éq.uivalent carbone, de 54 % entre 1990 et 2050. Contributeur d’environ 60 % des émissions agricoles, l’élevage a déjà fait une part du chemin en diminuant de 20 % ses émissions entre 1990 et 2024.
Dans la recherche des meilleurs leviers permettant d’atteindre cet objectif, Ferm’inov, ferme expérimentale gérée en association par 45 partenaires dont la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire et l’Institut de l’élevage, joue pleinement son rôle. « L’objectif est de réduire notre impact environnemental en matière de gaz à effet de serre, tout en maintenant nos objectifs de production », décrit Jérémy Douhay, chef de projet à l’Idele.
Le système de production en place sur la ferme est très représentatif de sa région : une forte prédominance d’herbe, un troupeau charolais de bonne valeur génétique avec une centaine de vêlages par an, une double période de vêlages, des mâles vendus maigres et des femelles finies.
Dans son itinéraire bas carbone, Ferm’inov a pris comme « point de départ » les résultats obtenus sur des systèmes de production proches étudiés entre 2012-2017 : les émissions moyennes sont de 19,4 kg éq. CO2/kg viande vive, le stockage de 7,7. Son empreinte carbone est donc de 11,7 kg éq. CO2/kg viande vive (tableau 1).
Une ferme herbagère avec déjà 22 km de haies en place
À partir de 2022, Ferm’inov a mis en place un levier central de réduction de ses émissions : l’augmentation de la part de l’herbe et des fourrages dans les rations. « Nous avons diminué notre chargement afin de nous adapter au changement climatique et d’être en cohérence avec le potentiel de nos surfaces. Avant 2022, nous étions à 1,26 UGB/ha de SFP (système naisseur maigre en vêlages d’automne) et 1,19 UGB/ha de SFP (système naisseur maigre en vêlages de printemps). Depuis 2022, le chargement est inférieur à 1 », explique Jérémy Douhay.
Les femelles sont désormais engraissées sans tourteau, avec des régimes plus riches en herbe (pâturée et/ou récoltée en enrubannage de qualité fauché précocement). Le concentré se limite à de l’orge à 5 kg par tête par jour en moyenne.
Toujours dans cette optique de mieux valoriser l’herbe, des légumineuses ont été réimplantées dans certaines prairies de la ferme dès l’automne 2021. « Nous avons employé la technique du sursemis, car la majorité de nos surfaces sont non labourables et la rénovation totale n’était pas envisageable », poursuit Jérémy Douhay.
Autres leviers de modération des émissions : la réduction globale des apports en concentrés dans les conduites des femelles finies et des broutards nés à l’automne, et l’optimisation des effluents d’élevage pour une réduction des recours à la fertilisation minérale.
Sur le volet augmentation du stockage du carbone, Ferm’inov est déjà au-dessus de la moyenne : « Nous avons 22 km linéaires de haies et de forêts et une forte proportion de prairies permanentes. » L’amélioration des rotations serait un levier utilisable, mais il a peu d’impact sur la ferme qui n’a une surface « cultivable » que de 10 à 15 hectares.
Une trajectoire liée à la qualité des fourrages de l’année
Les bilans carbone tendent à montrer l’efficacité des leviers activés sur les émissions, avec 18 kg éq.. CO2/kg VV en 2022 puis 15,6 kg CO2/kg VV en 2023, pour des stockages inchangés autour de 7,7 kg éq.. CO2/kg VV. Cette trajectoire a cependant été mise à mal en 2024, avec des émissions qui ont remonté à 18 kg éq.. CO2. Elles sont le résultat d’une faible qualité de l’herbe et des fourrages cette année-là qui a dû être compensée par des apports de concentrés : 593 kg/UGB et par an en 2024, contre 371 en 2022 et 374 en 2023.
Pour Jérémy Douhay, cette trajectoire « non linéaire » montre que les émissions de GES et donc l’empreinte carbone sont variables entre les années. « Les aléas climatiques, fourragers, sanitaires, économiques affectent les résultats techniques et économiques. Il y a toujours aussi de la variabilité pluriannuelle dans l’efficacité et l’impact des leviers déployés, notamment fourragers, il faut donc réussir à s’adapter. »
La priorité est donc selon lui de maintenir ou d’améliorer la productivité du troupeau, car les résultats environnementaux sont exprimés par kg de viande vive. Les leviers classiques de cette productivité sont connus : réduction de la mortalité, maîtrise et réussite de la reproduction, bons résultats zootechniques et réduction des temps improductifs des animaux. Ferm’inov est en marche sur ce dernier point : « Nous avons mis en place en 2024 la reproduction des génisses à 21 mois, mais nous n’avons pas encore une année entière de résultats pour conclure et en mesurer l’effet sur l’empreinte carbone. »
Autre valeur sûre : le maintien de la capacité de stockage du carbone, avec les prairies et les haies. « À lui seul, notre stockage compense près de la moitié de nos émissions. C’est une grande force. » La ferme va d’ailleurs planter prochainement de nouvelles haies en complément des 22 km linéaires qu’elle possède déjà.
Fiche élevage
Ferm’inov Jalogny
Dix leviers pour réduire l’empreinte carbone
Dix leviers d’amélioration du bilan carbone sans changement de système commun à des systèmes laitiers et allaitants ont été définis par le réseau FarmXP de fermes expérimentales : maximisation du pâturage, réduction de l’âge au vêlage, valorisation de l’herbe récoltée, présence de légumineuses dans les prairies, valorisation améliorée des effluents, réduction des concentrés, utilisation de tourteau de colza, rotations longues, plantation de haies.
À Ferm’inov et aux Trinottières, l’optimisation de ces dix leviers communs sans perte de production, a réduit de 20 à 25 % les émissions de carbone. Dans les deux fermes, l’impact des prairies est prépondérant, puisque 40 à 45 % des émissions sont compensées par celles-ci. Un autre levier commun est en cours d’étude : des compléments alimentaires pour réduire les émissions de méthane entérique dans le cadre du projet Méthane 2030.
Un effet bonus : l’albédo des prairies
L’albédo d’une surface est sa capacité à réfléchir les rayons du soleil : plus la surface est foncée, plus elle emmagasine de la chaleur et plus elle contribue au réchauffement climatique.
Des travaux scientifiques ont montré que l’albédo d’une prairie était plus élevé que l’albédo d’un sol nu. Il est aussi plus élevé que celui d’une culture de blé : en effet, en moyenne, une culture de blé laisse davantage apparaître le sol nu qu’une prairie, qui couvre entièrement le sol, toute l’année. L’effet albédo d’une prairie c’est -1400 kg éq.. CO2/ha/an par rapport à un blé d’hiver.
Pour l’instant, l’effet albédo n’est pas intégré dans les outils d’évaluation environnementale multicritères type Cap’2ER, mais il pourrait l’être prochainement.