Aller au contenu principal

Chronique météo
Dust Bowl aux Etats-Unis : des dizaines de milliers de km² de culture abrasés par le sable !

Un phénomène exceptionnel de Dust Bowl (boules de poussières comme dans les années 30) vient de se produire aux Etats-Unis causant de gros dégâts dans les champs de céréales. Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK, décrypte pour Reussir.fr cette catastrophe agricole, due à une conjonction complexe entre un évènement météorologique, le contexte agricole local et le stade de développement des cultures à cette période de l’année.

Une catastrophe agricole vient de se produire aux Etats-Unis, due à une conjonction complexe entre un évènement météorologique, le contexte agricole local et le stade de développement des cultures à cette période de l’année. Retour sur cet évènement exceptionnel, qui rappelle les « Dust Bowl » (boules de poussières) des années 30.
 

Contexte météorologique hors norme 

Un conflit de masse d’air exceptionnel est arrivé sur les Grandes Plaines américaines ce 15 décembre 2021. Celui-ci a alimenté une très violente tempête de vent, une « bombe météorologique », certainement jamais observée dans cette partie des Etats-Unis. En déboulant des rocheuses, le vent a rencontré les vastes plaines agricoles américaines. Ainsi, en soufflant sur le sol léger - presque nu à cette période de l’année - les rafales ont provoqué une incroyable érosion du sol qui a soulevé des dizaines de milliers de tonnes de sable. On a mesuré jusqu’à 172km/h dans les plaines du Colorado !

Les images satellites sont spectaculaires : on y observe un nuage de poussières de plus de 100 000 km² soit 9 fois la surface de l’Île-de-France. Encore plus incroyable, on observait dans un même Etat : des tornades à l’avant de la dépression sur sol enneigé ; des feux de forêts provoqués par le vent sec ; des records de chaleur ; une tempête de sable puis de neige. Une météo exceptionnelle que seul les Etats-Unis peuvent nous offrir !

image satellite de la tempête
Image satellite de cette tempête
© compte Twitter de @US_Stormwatch


Une vidéo exceptionnelle de cet épisode de Dust Bowl montre l'intensité du phénomène.

 

 

Effet sur les cultures des Grandes Plaines

Les effets sur les cultures sont multiples :

  • Une forte augmentation de l’évapotranspiration, du fait de la douceur et du vent généré par cette tempête. Il en résulte une importante perte en eau de végétaux.

  • Un incroyable effet d’abrasion des végétaux par le sable et le vent : les plants sont entièrement déchiquetés, puis desséchés sur place jusqu’au cœur de croissance.

  • Un recouvrement d’une partie des champs par des « congères » de sable.

Si certains champs s’en sortiront avec un retard de croissance, d’autres devront être ressemés. Les images sont spectaculaires, avec des champs brulés à perte de vue. Il faudra encore attendre quelques jours pour que les tissus morts finissent de jaunir pour évaluer les dégâts.

Champ de blé détruit
Source : compte twitter Clay scott @scottwestacre

 

Un phénomène déjà connu

Cette tempête de sable rappelle la catastrophe écologique et agricole provoquée par les phénomènes de « Dust Bowl » observés dans les années 30 sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas. A l’époque des Amérindiens, ces vastes plaines étaient occupées par des prairies à bison. Les contexte économique et technologique des années 1900 à 1930 a amené les agriculteurs à retourner ces terres, qui sont devenues le cœur agricole des Etats-Unis. La sécheresse des années 1931 à 1937 a laissé ce sol retourné exposé au vent et au soleil.

L’arrivée des dépressions venteuses a ainsi propulsé le sol - très fin dans cette partie de l’Amérique -  dans l’air créant les « Dust Bowls ». Ces « blizzards noirs » ont provoqué l’exode d’environ trois millions de personnes vers la Californie par la célèbre Route 66, seul axe majeur de l’époque.

Tempête de poussière arrivant sur Spearman (Texas) le 14 avril 1935.
© Par Monthly Weather Review, Volume 63, April 1935, p. 148. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8017282
Ensevelissement dû à une tempête de poussière à Dallas (Dakota du Sud)
© https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2246882

 

Pourquoi ce phénomène est-il de retour en 2021 ?

Un coup d’œil aux images satellites de la région donne une partie de l’explication. Il n’y a aucune haie, aucun coupe-vent. Il n’y a que des champs à perte de vue, dans un environnement plat. De plus, en ce début décembre, le sol sont relativement nus. De ce fait, ils sont exposés aux intempéries entre deux cultures majoritaires. Bien que le semis direct sans labour soit maintenant répandu aux Etats-Unis (peut-être une des conséquences positive des Dust Bowl des années 30), il n’y avait apparemment pas de couverts végétaux entre deux cultures. La conjonction entre un phénomène météorologique exceptionnel, une période agricole où les sols sont exposés et de l’openfield à perte de vue a donné naissance à ce Dust Bowl en 2021.

Image satellite de l’est du Colorado.
© Google Earth

 

Mais alors, quelles solutions ?

On pourrait dans un premier temps pointer du doigt l’agriculture des Grandes Plaines américaines : open-field, uniformisation des paysages, travail du sol etc. C’est une partie de la réalité, mais ce n’est pas si simple !

Planter des haies ? Dans cet environnement qui n’est pas propices aux arbres, cela reste compliqué. Nous rappelons qu’à l’origine, ces terres étaient des prairies à bisons et non des forêts. Les arbustes, par exemple, seraient une meilleure option, mais moins efficace contre le vent, surtout dans un environnement aussi plat !

Ne plus travailler le sol ? Oui, c’est une option, mais qui est déjà appliquée aux Etats-Unis, depuis les Dust Bowl des années 30. Cependant, la nature légère du sol a tout de même provoqué ce Dust Bowl en 2021.

Rétablir la prairie ? Oui, c’est en effet une des meilleures solutions. Cela permettrait de redonner de la structure au sol et de stocker du carbone (augmentation du niveau de matière organique). Il faut prendre en compte que cela suppose alors des rendements en céréales en baisse à l’échelle du territoire.

Garder un couvert végétal entre deux cultures majoritaires ? C’est une excellente idée. Elle permettrait la protection accrue du sol par les végétaux. Cette solution demande des travaux agricoles supplémentaires, consomme de l’eau et elle a tout de même des limites lors des phénomènes les plus violents.

 

Retrouvez toutes les chroniques météo de Serge Zaka

Les plus lus

Ce qui va changer pour les agriculteurs à partir du 1er janvier 2022
Alors que la fin de l’année 2021 approche à grands pas, tour d’horizon des nouvelles dispositions sociales et nouveaux règlements…
Des néoruraux perdent face à un éleveur bio dans les Yvelines
L’éditrice Odile Jacob et d’autres habitant d’Adainville défendus par Corinne Lepage viennent de voir leur recours contre l’…
salon de l'agriculture
Le salon de l’agriculture 2022 se tiendra, les premières contraintes se dessinent
Gouvernement, organisateurs et agriculteurs ont affiché cette semaine leur forte volonté de voir se tenir le salon de l’…
feuille de cannabis
CBD : que dit l’arrêté du 30 décembre sur la récolte de fleur et de feuille de chanvre
Le gouvernement vient d’autoriser la culture des fleurs et des feuilles de chanvre en France mais avec de nombreuses conditions…
Salon de l'agriculture
« Il faut essayer de tenir le salon de l’agriculture 2022 coûte que coûte »
Réuni hier en conseil d’administration, le Ceneca reste sur sa position de maintenir le salon de l’agriculture 2022 aux dates…
Agriculture bio
Jusqu’à 5% d’exploitations converties auraient quitté le bio en 2021
Pour l’heure 2300 exploitations converties auraient arrêté le bio en 2021, selon des chiffres provisoires de l’Agence bio révélés…
Publicité