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Journée internationale des femmes rurales
Dix points sur lesquels la condition des agricultrices doit encore s’améliorer

Statut, formation, installation, droits sociaux, gouvernance…. A l’occasion de la journée internationale des femmes rurales, un rapport de la délégation aux droits des femmes au Sénat pointe les inégalités auxquelles doivent faire les femmes agricultrices et émet des propositions.

Agricultrice
Elles sont onze millions, dont quatre millions dans les territoires les plus isolés et les moins peuplés, et rencontrent plus de difficultés et d’obstacles que les hommes dans leur vie quotidienne.
© Pixabay

Elles sont onze millions, dont quatre millions dans les territoires les plus isolés et les moins peuplés, et rencontrent plus de difficultés et d’obstacles que les hommes dans leur vie quotidienne. Les femmes des territoires ruraux en France sont victimes d’inégalités, détaille la délégation aux droits des femmes au Sénat dans son rapport « Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l’égalité », rendu public le 14 octobre, à la veille de la journée internationale des femmes rurales. Et malgré quelques avancées depuis son rapport de 2017 Femmes et agriculture : pour l’égalité dans les territoires, la délégation aux droits des femmes constate qu’il reste des avancées sociales à parfaire sur plusieurs points pour les agricultrices. Des constats émis en juin dernier lors d’une table ronde intitulée Être agricultrice en 2021.
Retour sur les principaux points mis en avant dans le rapport :

  • Le statut. Depuis quelques années les femmes travaillant dans le domaine agricole bénéficient progressivement d’une reconnaissance juridique accrue mais des progrès restent à faire. Seuls 25% des chefs d’exploitations et 17% des salariés du secteur agricole sont aujourd’hui des femmes. Il reste encore 25 000 actifs « conjoint-collaborateur », statut qui devrait bientôt être limité dans le temps, grâce à une proposition de loi présentée par André Chassaigne en juin dernier. « Malheureusement des agricultrices travaillent encore sur des exploitations sans avoir de statut » a souligné Jacqueline Cottier de la FNSEA devant la délégation. Selon la Coordination rurale, elles seraient entre 5000 à 6000.
       
  • La formation. « Au stade de la formation, si les jeunes femmes sont désormais presqu’aussi nombreuses que les hommes dans l’enseignement agricole, elles s’orientent cependant davantage vers les filières de services que vers les filières de production », pointe le rapport. Ainsi dans le secteur de la production, seuls 38% des apprenants sont des filles. Les jeunes filles peinent par ailleurs à trouver des stages chez des exploitants agricoles et « à combattre les stéréotypes de genre », souligne la délégation.
  • L’installation. Alors que le défi du renouvellement des générations se fait pressant en agriculture, au moment de s’installer, les femmes rencontrent un accès plus difficile au foncier et aux prêts bancaires, indique le Sénat. Par ailleurs, s’installant généralement plus tardivement que leurs confrères masculins, elles sont souvent exclues du bénéfice des aides à l’installation (fixé à moins de 40 ans par l’Union européenne). Ainsi 20% seulement des dotations jeunes agriculteurs (DJA) sont attribuées à des femmes.
     
  • La pénibilité physique. Mes conditions d’exercice du métier d’agricultrice ont évolué favorablement ces dernières années vers une moindre pénibilité (progrès du matériel notamment), « toutefois des efforts supplémentaires en matière d’adaptation du matériel agricole peuvent être réalisés », juge la délégation. Lors de la table ronde du 3 juin Céline Berthier de la Confédération paysanne citait par exemple la trop grande lourdeur des sacs de ciment (35 kg).
     
  • La charge mentale. Le rapport pointe une répartition « encore très genrée des tâches au sein de la profession agricole », les femmes devant s’occuper des tâches administratives, de l’élevage des petits animaux, des enfants et des tâches ménagères. Une situation bien représentée dans la BD « Il est où le patron ? Chroniques de paysannes » publiée en mai dernier.
     
  • Les droits sociaux. « Les agricultrices ont des revenus plus faibles que leurs homologues masculins », peut-on lire dans le rapport. Les femmes agricultrices disposent aussi souvent de petites retraites, problème que devrait régler en parti la revalorisation des retraites à 1035 euros minimum à compter de novembre prochain.
  • La maternité. Depuis le 1er janvier 2019, la durée minimale du congé de maternité pour les agricultrices a été allongée de deux à huit semaines obligatoires. Pour autant le service de remplacement mérite encore d’être amélioré. Le besoin de main-d’œuvre de remplacement dépasse souvent les possibilités de recrutement.
     
  • La garde des enfants et accueil des personnes âgées. « L’offre de mode de garde des enfants et l’accueil des personnes âgées restent insuffisants. Un tiers des départements souffrent d’un important déficit de places d’accueil pour les enfants. Le développement de maisons d’accueil rurales pour les personnes âgées doit être accru », selon Jacqueline Cottier, présidente de la Commission des agricultrices de la FNSEA citée dans le rapport. Un problème qui impacte directement la vie des agricultrices.
     
  • La gouvernance des instances agricoles. Selon Françoise Liébert, haut-fonctionnaire, à l’égalité entre les femmes et les hommes au ministère de l’agriculture, « la place des femmes dans la gouvernance des organisations agricoles », doit être plus importante.
     
  • Les violences conjugales. Ce problème ne touche pas spécifiquement les agricultrices, mais près de la moitié des féminicides ont lieu dans les territoires ruraux alors que les femmes rurales ne représentent qu’un tiers de la population féminine nationale. Et en raison de leur isolement social et géographiques, mais aussi du manque de structures d’hébergement adaptées, les victimes sont moins bien identifiées et protégées en milieu rural.
     

Les propositions de la délégation

Face à ces constats, la délégation aux droits des femmes formule plusieurs propositions. Parmi lesquelles : limiter à cinq le statut de conjoint-collaborateur, lutter contre les stéréotypes de genre à l’œuvre dans le secteur agricole, soutenir et développer la création de réseaux de femmes dans le secteur professionnel agricole, réfléchir à un nouveau dispositif pour accompagner les personnes installées après 40 ans, ou encore mettre en place des quotas au sein des instances de gouvernance agricole et réfléchir à l’application de quotas dans les conseils d’administration des coopératives et interprofessions agricoles.
 

 

 

 

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