Deux enquêtes pour comprendre les éleveurs de chevrettes sous la mère
Motivé par l’éthique et le bien-être animal, l’élevage des chevrettes sous la mère implique des compromis sur le lait vendu et l’organisation du travail.
Motivé par l’éthique et le bien-être animal, l’élevage des chevrettes sous la mère implique des compromis sur le lait vendu et l’organisation du travail.
Deux enquêtes complémentaires ont été menées auprès d’éleveurs laissant les chevrettes et ou les chevreaux sous leur mère. La première, coordonnée par Marianne Berthelot de l’Anses, repose sur 40 enquêtes téléphoniques réalisées en 2021 dans dix régions françaises. La seconde, conduite en 2023 par Caroline Constancis au FiBL France (Institut de recherche de l’agriculture biologique), a porté sur 15 élevages caprins d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Dans les deux enquêtes, les élevages interrogés présentent des profils proches avec des troupeaux de petite à moyenne taille, des systèmes autonomes, largement basés sur le pâturage, de la transformation à la ferme dans 80 % des cas et souvent en bio.
Trois types de pratiques
L’analyse qualitative a permis d’identifier trois types de pratiques. Premièrement, des élevages laissent les jeunes en permanence avec leur mère. Ils ont des sevrages tardifs et naturels, vers quatre à cinq mois pour les chevreaux et cinq à sept mois pour les chevrettes. La reprise de la traite est alors progressive et les éleveurs reconnaissent « perdre un peu de lait mais gagner en sérénité ».
Une seconde pratique « mixte » consiste à séparer les jeunes une partie du temps (souvent la nuit) avant le sevrage des chevrettes qui intervient vers trois à quatre mois. « C’est un compromis entre lait pour la fromagerie et croissance des jeunes », explique un des éleveurs cités.
Le troisième type de pratiques se retrouve chez des éleveurs qui ont testé la pratique d’élevage sous la mère et qui ont recentré leur conduite avec un sevrage plus précoce, entre deux mois et demi et trois mois.
Des motivations portées par les valeurs
« Les motivations citées sont remarquablement convergentes entre les deux enquêtes », observe Marianne Berthelot avant de lister la cohérence éthique, le bien-être des mères et des jeunes, la croissance des chevreaux, le gain de temps et le confort de travail. Les principaux inconvénients évoqués sont une perte de lait commercialisé, des chevreaux plus sauvages, un travail plus complexe et des risques sanitaires plus élevés.
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