Des robots de traite moins gourmands en électricité et en eau
Les robots de traite de dernière génération affichent des consommations électriques en nette baisse, proches de celles des installations de traite conventionnelles. Mais selon les équipements et les usages, les écarts restent importants, notamment pour l’eau.
Les robots de traite de dernière génération affichent des consommations électriques en nette baisse, proches de celles des installations de traite conventionnelles. Mais selon les équipements et les usages, les écarts restent importants, notamment pour l’eau.
« Les données indépendantes sur les consommations d’eau et d’électricité des robots de traite restent encore rares », regrette Jean-Louis Poulet, responsable des projets traite à l’Institut de l’élevage (Idele). Les travaux les plus récents, comme le projet RoboTrAE ou ceux menés dans le cadre du programme Ademe URE 2030, mettent toutefois en évidence une baisse significative des consommations électriques avec les automates de traite de dernière génération.
Qu’elles reposent sur des enquêtes menées dans les rares exploitations disposant de compteurs dédiés au robot, ou sur des mesures réalisées dans des fermes instrumentées, les observations révèlent de fortes disparités entre élevages. « Les consommations électriques varient du simple au double dans les fermes robotisées étudiées, explique Thomas Gontier, chef de projet environnement à Idele. Mais globalement, on constate une division par deux de la consommation électrique entre un robot d’ancienne génération et un modèle récent. » L’électrification des composants, notamment du bras, explique ce gain : le "tout électrique" supplante le pneumatique, plus énergivore.
10 kWh d’électricité pour mille litres de lait
Les exploitations équipées de robots récents parviennent ainsi à descendre autour de 10 kWh pour 1 000 litres de lait produits, un niveau comparable à celui d’une installation de traite conventionnelle. « Il faut toutefois faire attention à l’interprétation des données, certains robots intégrant un chauffe-eau pour le lavage, alors que d’autres sont alimentés par le ballon d’eau chaude de la ferme. »
Sur la ferme expérimentale de Derval, « avec l’ancien DeLaval VMS, la consommation annuelle atteignait 18 000 kWh. La nouvelle génération V310 arrivée en 2021 l’a abaissée à 15 000 kWh, et même 13 000 kWh en 2023, précise Anaïs Gaigeard, chargée d’expérimentation traite et nouvelles technologies à la chambre d’agriculture Pays de la Loire. Ce gain a toutefois été nuancé en 2025 par l’ajout du dispositif FRM : celui-ci sollicite davantage la pompe pour augmenter le vide et réduire le temps de traite ».
L’électrification réduit l’usage du compresseur
Chez Lely, le passage de l’Astronaut A4 au modèle A5 s’est traduit par une réduction de 70 % de l’usage du compresseur. « Selon les tests réalisés par la DLG en 2023, la consommation quotidienne de notre robot est de 0,56 kWh par vache [16 kWh/1 000 l], précise Steven Lorent, chef produit. Avec deux robots, la mutualisation du compresseur et de la pompe à vide permet de descendre à 0,45 kWh [13 kWh/1 000 l]. »
Chez GEA, les tests DLG indiquent une consommation de 15 kWh pour 1 000 litres pour le DairyRobot R9500, ramenée à 11 kWh pour 1 000 litres en version multibox à deux robots. En sachant que le compresseur, la pompe à vide et le chauffe-eau peuvent alimenter jusqu’à quatre robots. Le rapport conclut également à une réduction d’un tiers des besoins électriques par rapport à la génération précédente testée en 2019.
DeLaval revendique de son côté une approche basée sur des mesures en conditions réelles sur une ferme en comparaison des tests DLG réalisés en laboratoire. « Les résultats indiquent une consommation de 19,4 kWh pour 1 000 litres pour le VMS V300, soit environ 2,50 euros par 1 000 litrs », souligne Alexis Gautier, chef produit de la marque.
Saturer le robot pour moins consommer
Faute de protocole de mesure harmonisé entre constructeurs, les comparaisons restent toutefois délicates. « On peut surtout retenir une forte variabilité des consommations, largement liée à la génération du robot et aux pratiques d’utilisation, résume Jean-Louis Poulet. Le taux de saturation est aussi déterminant : plus un robot produit de lait, plus sa consommation au litre est faible. » DeLaval mise aussi sur la « traite utile ». « L’accès au robot est modulé selon le stade de lactation, ce qui permet de réduire le nombre de traites pour certaines vaches et, in fine, les consommations », explique Alexis Gautier.
Un mètre cube d’eau par stalle et par jour
Côté eau, les gains sont plus modestes d’une génération de robot à l’autre, mais les écarts sont marqués entre les fermes. L’enquête RoboTrAE note une médiane d’un mètre cube par stalle et par jour, avec des valeurs comprises entre 0,6 et 1,5 m³. Sur la ferme expérimentale de Derval, « la consommation d’eau se situe entre 1,2 et 1,5 m³ par jour, alors qu’elle fluctuait entre 1 à 1,2 m³ par jour avec l’ancien robot. Le nombre de lavages choisi par l’éleveur influence beaucoup ce volume », indique Anaïs Gaigeard.
Si l’on s’en tient aux chiffres annoncés par les marques, DeLaval avance une consommation de 300 litres d’eau pour 1 000 litres de lait produit. GEA indique un volume compris entre 250 et 300 litres pour 1 000 litres de lait produits. Des valeurs assez basses que ce dernier explique notamment par l’utilisation de deux lignes de lait indépendantes qui évitent un cycle de lavage complet après la traite d’une vache dont le lait est écarté. Le robot GEA s’illustre aussi par un compteur d’eau (chaude et froide) monté de série. Lely communique, de son côté, une consommation quotidienne de 8,6 litres d’eau par vache pour son A5 Next [338 l/1000 l selon la DLG].
Pompe à vide et compresseur : les quatre bons réflexes
Équiper la pompe à vide d’un variateur de fréquence : jusqu’à 20 à 30 % d’économie d’électricité.
Traquer les fuites et réduire le temps de pose du faisceau pour ne pas sursolliciter la pompe à vide.
Entretenir régulièrement le compresseur et surveiller l’étanchéité du réseau d’air comprimé.
Ventiler correctement le local technique accueillant le compresseur qui dégage beaucoup de chaleur et, si possible, installer la pompe à vide dans un autre local.
Des pistes pour maîtriser la consommation d’eau
La routine de nettoyage et de désinfection recommandée par le constructeur doit être respectée pour garantir la qualité sanitaire du lait. Elle peut néanmoins être ajustée aux conditions propres à chaque élevage, afin d’éviter une surconsommation d’eau. « Il est notamment intéressant d’évaluer la possibilité de réutiliser les eaux de rinçage pour le nettoyage des abords du robot », indique Jean-Louis Poulet, responsable des projets traite à Idele. Des économies sont également possibles en améliorant la nettoyabilité des surfaces autour du robot. Des revêtements adaptés permettent de limiter les volumes d’eau utilisés et de privilégier un simple jet d’eau plutôt qu’un nettoyeur haute pression.
Installer des compteurs d’eau connectés
Pour Romain Salles, chargé de projet eau à Idele, le suivi des consommations reste un levier clé, notamment grâce à l’installation de compteurs d’eau connectés pour détecter les fuites et sensibiliser aux volumes réellement consommés. Il rappelle enfin que le bloc traite représente moins de 30 % des prélèvements d’eau d’un élevage laitier. « Les marges de progrès les plus importantes se situent du côté de l’abreuvement, en particulier via la réduction du stress thermique des animaux et la détection des fuites. »
Agir sur le tank et le chauffe-eau
Dans la consommation électrique du bloc traite, les équipements de traite arrivent seulement en troisième position, loin derrière le tank à lait et le chauffe-eau. À eux deux, ces postes concentrent entre 60 et 85 % de l’énergie consommée. Il est donc pertinent d’agir en priorité sur ces équipements. Le prérefroidisseur de lait constitue l’un des premiers axes d’amélioration. Il permet de réduire de 35 à 50 % la consommation électrique du tank. Moins répandu, le récupérateur de chaleur sur le tank offre également des gains importants, en diminuant de 60 à 90 % la consommation du chauffe-eau. D’autres solutions existent pour limiter la facture d’eau chaude, comme les panneaux solaires thermiques, capables de couvrir 40 à 60 % des besoins annuels, ou la pompe à chaleur, qui réduit la consommation de 60 à 80 % par rapport à un chauffe-eau électrique classique.