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Cultures dérobées : du tournesol en Vendée et dans les Deux-Sèvres pour décarboner le transport aérien

Dans le sud de la Vendée, Patrice Ayrault a implanté 15 ha de tournesol fin juin après la récolte de l’orge de brasserie. Le but : produire de l’huile pour alimenter une nouvelle filière de biocarburant, en test avec les groupes Cavac et Dubreuil. L’enjeu est de dégager une nouvelle source de revenus pour l’agriculteur, tout en apportant une solution de décarbonation au transport aérien.

<em class="placeholder">Patrice Ayrault et son fils Antonin sur une parcelle de tournesol à Rives d&#039;Autise en Vendée</em>
Patrice Ayrault et son fils Antonin ont, cette année, implanté 15 ha de tournesol en dérobé fin juin pour participer à une expérimentation, grandeur nature.
© A. Gilet

Depuis qu’il s’est installé en 1985 sur l’exploitation familiale à Rives d’Autise dans le Sud de la Vendée, l’agriculteur Patrice Ayrault n’a eu de cesse de tester et d’innover. « La routine ne m’intéresse pas », assure-t-il. C’est pourquoi les 390 ha de l’exploitation (1) ont, tour à tour, accueilli différentes productions de semences, des légumes, de la coriandre… « Depuis 2019, après la récolte de mes pois de conserve début juin et de mes semences de pois mi-juin, j’implante du tournesol en dérobé avec de bons résultats, autour de 20 à 30 q/ha. Alors quand mon technicien de Cavac m’a proposé cette année d’implanter cet oléagineux dès la récolte des orges fin juin pour tester une nouvelle filière, je n’ai pas hésité », rapporte-t-il.

L’idée est d’implanter du tournesol en interculture pour récolter des graines qui seront transformées en huile puis en carburant pour alimenter les réservoirs des avions. « Ce projet unique en France implique des acteurs vendéens, pour créer une filière locale, tracée, porteuse de sens à mes yeux. Et côté agronomie, couvrir ses sols dès le mois de juin pour ne pas les laisser nus est réellement bénéfique », constate-t-il.

Opter pour des variétés de tournesol très précoces, à 90 jours

La parcelle ciblée est une argilo-calcaire, ensoleillée, qui se réchauffe vite et équipée d’irrigation : un réel plus. Patrice Ayrault a récolté l’orge le 28 juin. « Dès le lendemain, trois tracteurs étaient dans la parcelle, se souvient-il. Un pour épandre du lisier, un pour labourer et un pour le passage de la rotative afin d’affiner la préparation du sol. » Le semis s’est fait dans la foulée, sur 15 ha, avec une variété très précoce, SY Sarco, un tournesol 90 jours. L’objectif est de récolter fin septembre, quand les conditions climatiques sont encore propices. Pour assurer la levée, étape clé de l’itinéraire, un tour d’eau de 20 mm a été effectué. Début juillet, les parcelles étaient bien levées mais au 15 juillet, les cultures souffraient déjà du manque d’eau. Pour limiter la présence des dicotylédones, l’agriculteur compte réaliser deux passages de bineuse : un à un stade précoce puis un autre au stade limite passage tracteur.

Limiter les apports d’intrants pour préserver la rentabilité

L’objectif est aussi de limiter les apports d’intrants pour réduire les dépenses car la rentabilité reste encore incertaine. Même si cette pratique reste pour l’heure expérimentale, Patrice Ayrault ne cache pas son souhait d’en dégager une plus-value : « Je compte mettre tous les atouts de mon côté pour assurer le rendement final même si avec cet été très sec, les choses se compliquent un peu. Mais l’enjeu d’une telle expérimentation est aussi de mieux connaître les limites de la conduite du tournesol en interculture, avec ou sans eau. »

Olivier Joreau, le directeur général de Cavac, confie « attendre beaucoup des premiers résultats de ces essais, à l’automne, notamment en termes de rendement et de coût de revient pour valider la rentabilité économique de ce projet. De là, se décidera la suite des opérations. » Si les tests sont concluants, la coopérative espère rapidement atteindre 3 000 ou 4 000 hectares, en Vendée mais également dans les Deux-Sèvres.

Jusqu’à 30 unités d’azote économisées avec les Cipan

Comme toute culture dérobée, ce tournesol présente de sérieux atouts agronomiques. « Protection des sols contre l’érosion, préservation de la biodiversité, services de pollinisation tardive appréciés des apiculteurs… sans oublier l’apport de matière fertilisante à l’heure où le prix des engrais ne cesse d’augmenter », énumère Patrice Ayrault. Tout ce qui est « pompé » par le couvert est ensuite restitué au sol, limitant de fait un éventuel lessivage. En effet, le couvert est broyé au moment de la récolte, quand il est encore vert et les résidus de culture sont laissés en surface. L’agriculteur estime que les Cipan lui permettent une économie de 30 unités d’azote sur la culture suivante et lui évitent un passage d’outils pour préparer le sol avant la culture suivante, les racines des plantes ayant agi sur la structure des premiers centimètres du sol. Après la récolte du tournesol et selon les conditions climatiques, il compte implanter un blé dur ou un maïs fourrage. Des cultures qui profiteront pleinement des atouts de ce couvert.

(1) : Gaec Pacouinay : 4 associés et 2 ouvriers. 390 ha : 130 ha de céréales, 85 ha de maïs semence, 55 ha de maïs ensilage, 50 ha de prairies, 40 ha de tournesol et 30 ha de colza. 300 ha irrigables. 600 cages mères de lapins naisseurs engraisseurs, 140 vaches laitières.

Biojet : un projet 100 % vendéen pour une dimension mondiale

Cavac et Dubreuil, deux entreprises vendéennes, ont décidé de s’associer autour du projet Biojet, un carburant pour l’aviation, fabriqué à partir d’huile de tournesol. 300 ha de tournesol ont, cette année, été implantés fin juin, en Vendée et dans les Deux-Sèvres, chez 12 agriculteurs, adhérents de la coopérative Cavac. Il s’agit de créer une nouvelle filière agricole, locale et tracée, pour décarboner le transport aérien. 

Lire aussi | La Cavac et le groupe Dubreuil s’associent dans un projet de carburants d’aviation durables

La société Dubreuil, distributeur de matériel agricole, possède également deux compagnies aériennes : Air Caraïbes et French bee. Les graines de tournesol récoltées seront triturées chez Saipol et l’huile extraite, remise à un pétrolier, chargé de produire le Biojet. L’ambition de ce projet est aussi d’anticiper les futures obligations européennes qui imposeront 6 % de carburants durables dans l’aviation dès 2030, puis jusqu’à 70 % d’ici à 2050, contre 2 % aujourd’hui.

Rédaction Réussir

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