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Cultiver sans pesticides est faisable techniquement et économiquement, sous certaines conditions, selon une étude menée pendant dix ans

Une étude menée durant dix ans sur neuf systèmes de cultures (grande culture et polyculture-élevage) conçus en lien avec des conseillers agricoles et des agriculteurs au sein d’unités expérimentales montre que cultiver sans pesticides est faisable techniquement et économiquement, sous certaines conditions.

champ de colza et tournesols
Les travaux de recherche ont porté sur neuf systèmes de culture pendant dix ans.
© INRAE-U2E

Peut-on se passer de pesticides en grandes cultures, avec quels niveaux de rendement et avec quelle viabilité économique ? C’est pour répondre à ces questions qu’une étude a été menée. Après dix années de recherche, le réseau expérimental Rés0Pest, coordonné par Inrae, et impliquant l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad, présente ses résultats.

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Travail du sol et engrais de synthèse autorisés

Rés0pest a été mis en place en 2012 dans le cadre d’un appel à projets Ecophyto Dephy Expe. Il s’est appuyé sur neuf systèmes de culture originaux sans utilisation de pesticides, mais avec un recours possible au travail du sol et aux engrais de synthèse. Ces systèmes ont été imaginés lors d’ateliers associant des conseillers agricoles, des agriculteurs et des scientifiques, sur neuf sites localisés dans l’Hexagone et couvrant une large gamme de conditions pédoclimatiques et de contextes socio-économiques : 5 systèmes de grande culture et 4 systèmes en polyculture-élevage incluant des prairies temporaires. 

 

 

L’importance de la protection agroécologique des cultures

L’objectif de ces travaux de recherche était de n’utiliser aucun pesticide, tout en diminuant au maximum les stress biotiques causés par des ravageurs, champignons et des plantes adventices, avec des rotations plus ou moins longues sur cinq à neuf ans. L’étude montre que la réussite des systèmes testés repose sur les principes de la protection agroécologique des cultures qui s’articule autour de trois piliers :

  • la prophylaxie : gestion des résidus infectés, utilisation de semences saines, nettoyage du matériel agricole par exemple
  • la valorisation de la biodiversité végétale : successions culturales longues et diversifiées avec des familles de cultures et des périodes de semis diversifiées, cultures associées, mélanges variétaux, notamment
  • l’amélioration ou la préservation de la santé du sol : arrêt des pesticides, implantation de cultures intermédiaires, limitation du travail du sol sans toutefois interdire le labour par exemple.

Il est à noter que l’usage des engrais minéraux est resté possible dans ces systèmes de culture.

« La gestion des plantes adventices reste un défi majeur »

Le rendement des différents systèmes de culture a été mesuré. « La comparaison de ces résultats avec des données Agreste, à l’échelle de contextes régionaux comparables indique que les systèmes conventionnels sans pesticides enregistrent des rendements le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique, tout en pouvant, dans certaines situations, atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs »  explique Inrae.

Et si des dommages aux cultures causés par les maladies et les ravageurs au sein du réseau n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps, la gestion des plantes adventices reste un défi majeur dans certaines situations, notamment la gestion des rumex dans les prairies temporaires, reconnaît Inrae. 

Lire aussi : Comment des viticulteurs ont réduit de 30% à 50% leur usage de fongicides grâce à une application et “une assurance verte”

Dans certains cas, le recours au labour a été nécessaire

« Il est important de souligner que la maîtrise technique des adventices s’est améliorée au cours du temps au sein du réseau, ce qui est essentiel compte tenu des conséquences que peut avoir une mauvaise gestion ponctuelle des adventices sur le long-terme, en contribuant à l’enrichissement du stock semencier des parcelles. La gestion des adventices a nécessité dans certains cas le recours au labour, une pratique non conforme aux principes de l’agriculture de conservation des sols » expliquent les chercheurs.

Lire aussi : Pesticides : quelles simplifications prévoit Bruxelles pour les substances actives et de réciprocité pour les produits importés ?

Des performances économiques quantifiées

Sur les dix années étudiées, les 4 systèmes de grande culture en agriculture conventionnelle (Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon) pour lesquels les performances économiques ont pu être quantifiées ont généré une marge nette satisfaisante, qui pourrait conduire dans 20 % des cas à un revenu entre 1 et 2 Smic, dans 45 % des cas entre 2 et 3 Smic et dans 35 % des cas plus de 3 Smic mensuels.

« Une diversification des successions culturales, des filières de commercialisation adaptées, et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes sont nécessaires »

Ces résultats montrent que des systèmes de grande culture conventionnels sans pesticides peuvent être productifs, techniquement et économiquement réalisables. « Leur mise en œuvre suppose toutefois une diversification des successions culturales, des filières de commercialisation adaptées et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes » souligne l’étude. 

Les travaux de recherche vont se poursuivre avec le projet 0phyto, lancé en 2025, qui s’appuie sur les avancées de Rés0pest et s’ouvre à l’agriculture biologique, en intégrant des données de l’Itab sur des systèmes de culture en agriculture biologique.

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