Controverses 2026
Crises sanitaires : comment tirer les leçons et mieux préparer l’avenir ? Regard croisé des filières bovine et avicole
Comment mieux anticiper les crises sanitaires à venir ? Différents acteurs des filières volaille et bovine sont intervenus à travers un intéressant regard croisé lors des controverses de l’agriculture et de l’alimentation organisées le 16 juin à Paris par le groupe Réussir-Agra.
Comment mieux anticiper les crises sanitaires à venir ? Différents acteurs des filières volaille et bovine sont intervenus à travers un intéressant regard croisé lors des controverses de l’agriculture et de l’alimentation organisées le 16 juin à Paris par le groupe Réussir-Agra.
« Il va falloir s’habituer aux crises et voir comment les anticiper », exprime Christophe Chambon, éleveur laitier dans le Doubs et président du Fonds national de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE), ce 16 juin lors des controverses de l’agriculture et de l’alimentation organisées par le groupe Réussir-Agra. Influenza aviaire, MHE, DNC, peste porcine…. Les crises sanitaires se sont multipliées ces dernières années et tous les intervenants réunis autour de la table ronde intitulée « crises sanitaires : comment préparer l’avenir ? » s’attendent à ce que cela continue. Ils évoquent la vaccination comme le meilleur moyen de prévention.
« Pour la FCO nous avons de nouveaux sérotypes à nos portes, il faudrait déjà travailler à trouver des vaccins », avance le président du FMSE qui milite pour que le fonds puisse élargir ses fonctions à la prévention et à la surveillance. « Ce serait bien qu’on puisse aider l’ensemble des agriculteurs à aller vers la vaccination. Anticiper les crises coûtera bien moins cher à la profession et à l’Etat que de subir les mortalités », développe-t-il.
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Plus de visibilité nécessaire sur les stratégies vaccinales
« Il faudrait mieux anticiper ces crises sanitaires, renforcer la surveillance des pathogènes et le partage d’information, et développer une vision prospective des besoins, en vaccins notamment », complète Rémy Petitot, membre du syndicat des entreprises du médicament pour la santé animale (SIMV). Un travail actuellement réalisé dans le cadre des assises du sanitaire. « On a besoin de visibilité sur les stratégies vaccinales, il faut avoir en tête les cycles industriels, rien que pour la production on a besoin de six à neuf mois. On doit aussi avoir une vision sur le financement, l’acceptabilité et le taux de couverture », poursuit-il. Et de préciser un peu plus tard que l’accès rapide aux souches pathogènes pose parfois des difficultés. « Il s’agit d’un sujet d’ordre de simplification administrative. On en discute dans les assises du sanitaire », explique-t-il. Autre frein à la vaccination : l’enjeu de l’export. « L’OMSA, l’OMC et l’Union européenne ont fixé des normes disant que la vaccination n’est pas une barrière à l’export mais ce n’est pas toujours appliqué », rappelle Rémy Petitot, soulignant que sur la grippe aviaire un « travail diplomatique » important a été fait.
« Les règles sont peu ou pas appliquées, souvent on ferme les pays. Ca c’est vraiment dommage. Il faut appliquer les règles en Europe. Le vaccin est un levier efficace mais il ne doit pas bouleverser les règles du commerce » réagit Benoît Drouin, éleveur de volailles dans la Sarthe et président du syndicat national des labels avicoles (Synalaf). « Aujourd’hui on voit une résurgence de la maladie de Newcastle, certains ont dû lever le pied sur la vaccination » regrette-t-il.
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Mieux préparer les agriculteurs aux enjeux sanitaires
Mieux anticiper les crises c’est aussi mieux préparer les agriculteurs aux enjeux sanitaires. « Il faut faire plus de formation pour les jeunes agriculteurs. Nous avons une génération qui n’a pas connu de grandes crises sanitaires, comme la fièvre aphteuse en Angleterre (en 2001, ndlr) », estime Yannick Fialip, éleveur en Haute-Loire et président de la chambre d’agriculture départementale. « Le sanitaire ne peut pas accepter la controverse. Il y a un fait scientifique. Et nous éleveurs nous avons des droits mais aussi des devoirs d’assurer la confiance sur le sanitaire. […] Comment la confiance reste si un agriculteur refuse de vacciner ses bêtes !? », s’exclame-t-il. L’éleveur, qui siège au conseil d’administration de la FNSEA, en profite pour fustiger « les puissances extérieures qui sont venues diffuser de fausses informations sur les réseaux sociaux (pendant la DNC, ndlr) » et « des syndicats qui ont joué la corde sensible de la liberté individuelle ».
« Dans le Doubs, où règne l’amour de la montbéliarde et des comices, la pression est fortement montée contre l’abattage. Il a fallu l’expliquer. Certains ont voulu surfer sur l’idée que l’on pouvait faire autrement », témoigne Christophe Chambon, qui est également secrétaire général adjoint de la FNSEA, en charge du sanitaire. « Un an après, même s’il ne faut pas crier victoire et garder notre rigueur sur les déplacements, je me dis que le choix était bon », poursuit-il, regrettant toutefois un faible accompagnement de l’Etat sur la communication.
A-t-on tiré les leçons des crises sanitaires ?
A-t-on tiré les leçons des précédentes crises sanitaires, notamment sur la grippe aviaire ? « Il faut rester humble, année après année on apprend des choses, sur l’immunité des animaux, l’aspect vétérinaire ou au niveau organisationnel », répond Benoît Drouin, éleveur de volailles dans la Sarthe et président du syndicat national des labels avicoles (Synalaf). « Nos filières étant relativement concentrées, nous avons repensé la biosécurité. Le canard est plus vecteur du virus que d’autres espèces. Nous avons appris que les poulets à croissance lente enfermés avaient plus d’entrée de grippe aviaire à cause du stress, à terme on pourra laisser les animaux dehors même en cas de risque élevé », poursuit-il, rappelant que la vaccination avait été centrale dans la réponse des filières.
« Le traumatisme des abattages a été moindre pour les éleveurs de volailles que pour les éleveurs bovins mais ça a laissé des traces surtout chez ceux qui ont été touchés plusieurs fois. Dans certains bassins, on ne veut plus entendre parler de volailles », témoigne encore Benoît Drouin. Les crises ont aussi amené les filières volailles à revoir leur modèle de production. « On a organisé toutes les filières de façon à ce que tous les maillons soient à proximité pour des raisons économiques, mais on n’a pas tenu compte de l’aspect sanitaire. C’était ce qu’il y avait de pire à faire. Il faudrait étaler ça un peu partout en France, en complémentarité avec les céréales », commente le président du Synalaf.
La crise de la DNC pousse aussi la filière bovine à réfléchir à son modèle de production. « Nous sommes passés tout près de nous retrouver avec le pays sous cloche. En Bourgogne Franche Comté nous travaillons sur un plan d’engraissement, on doit aussi garantir des débouchés pour un minimum de volumes afin de ne pas se retrouver coincés si l’export ferme », commente Christophe Chambon.
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