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Crise agricole : que demandent les syndicats à Sébastien Lecornu, avec quels moyens de pression ?

Alors que les mouvements de contestation des agriculteurs repartent un peu partout en France, le Premier ministre a reçu quatre des principaux syndicats agricoles en ce début de semaine. Et ce à quelques jours d'une réunion cruciale à Bruxelles sur le Mercosur. Que lui ont-ils demandé et comment maintiennent-ils la pression, notamment ce 8 janvier, pour obtenir des réponses au plus vite ?

Tracteurs bloquant une route, avec une banderole sur une voiture "Mercosur ouvert, nos fermes en enfer"
Des mouvements de colère des agriculteurs, de tous bords syndicaux, s’expriment depuis plusieurs jours dans plusieurs départements, comme ici en Isère à l'initiative de la FDSEA.
© FDSEA de l’Isère

[Mis à jour le 8 janvier 2026]

 

Avant les vacances de Noël, face à la recrudescence de manifestations d’agriculteurs un peu partout sur le territoire français, le Premier ministre a repris le dossier agricole en main et programmé des rencontres en ce début de semaine avec les principaux syndicats agricoles. Avant même les rendez-vous il a tenté ce week-end, avec l’aide d’Annie Genevard, de déminer le terrain, via notamment une lettre ouverte aux agriculteurs… en vain !

Lire aussi : « Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes d’Amérique du Sud ou d’ailleurs ne pourront plus entrer sur le territoire national », promet Sébastien Lecornu

L’ensemble des syndicats agricoles se disent insatisfaits du contenu de la lettre et de l’arrêté publié ce jour concernant la suspension d’importation de fruits, légumes et céréales contenant des résidus de cinq pesticides. A la date 7 janvier, alors que les rencontres ont eu lieu, retour sur les principales demandes des syndicats agricoles au Premier ministre, dans l’ordre chronologique des rendez-vous, mais aussi les moyens de pression qu’ils continuent à mettre. Sébastien Lecornu a promis de revenir avec des réponses concrètes en fin de semaine et ce alors que la réunion des ambassadeurs de l’Union européenne sur l’accord avec le Mercosur prévue ce 9 janvier risque de raviver la colère agricole.

Lire aussi : Importations : quels fruits, légumes et céréales concernés par l’arrêté de suspension de produits contenant des résidus de cinq produits phytos ?

 

Jeunes agriculteurs : le Mercosur, l’eau et le loup comme priorités

Les Jeunes agriculteurs ont débuté le bal des rencontres avec Sébastien Lecornu, lundi 5 janvier à Matignon.  « Le Mercosur, c’est toujours non ! Si le traité devait être signé ce week-end par Ursula von der Leyen, nous nous mobiliserons aux frontières, dans les ports. Il serait alors soumis au vote le 19 janvier au Parlement européen et alors nous manifesterons à Strasbourg pour inciter à voter contre », ont prévenu les représentants des Jeunes agriculteurs, le 5 janvier, sur le perron de Matignon au sortir de deux heures de réunion, lors d’une déclaration à la presse sous les flocons de neige. 

Nous demandons le déblocage d’une centaine de projets dans les prochains mois

Autre message fort du syndicat agricole : la demande d’une avancée sur le dossier de l’eau. « Sur le terrain, il ne se passe rien. Nous demandons le déblocage d’une centaine de projets dans les prochains mois », déclare Pierrick Horel, le président des Jeunes agriculteurs. Le syndicat appelle à un renforcement de l’accompagnement des porteurs de projet par les services de l’État, tant au niveau local que national. Autre point de discussion avec le Premier ministre : la définition des volumes prélevables et la méthodologie déployée par les Agences de l’eau, jugée « inacceptable » par le syndicat. « Nous sommes revenus sur la trop faible représentation du monde agricole au sein des instances, ce qui fait que systématiquement, les associations environnementales sont majoritaires dans les décisions d’octroi de volume », précise Maxime Buizard-Blondeau vice-président des Jeunes agriculteurs, dans une vidéo publiée sur le réseau X. 

Enfin, les Jeunes agriculteurs ont mis en avant la question de la prédation par le loup, dénonçant des quotas de prélèvement « décorrélés de la réalité du terrain ».

Lire aussi : Gestion de l’eau : « Le fonds de soutien aux projets hydrauliques agricoles va être multiplié par trois » annonce Sébastien Lecornu

Lire aussi : Déclassement du loup : « une douche froide » pour la FNO

 

Coordination rurale : une centaine de tracteurs à Paris le 8 janvier

Avant même le rendez-vous avec le Premier ministre « L’enfumage Genevard – Lecornu – Rousseau est acté dès ce soir. Ils ne feront rien sur la DNC, rien sur l’accès à l’eau, rien sur le libre-échange, rien sur le protectionnisme, rien sur une nouvelle PAC qui garantisse des prix rémunérateurs, rien sur les concurrences déloyales intra-européennes. Ils ne feront rien, à part nous mentir », a déclaré le président de la Coordination rurale Bertrand Venteau, appelant les agriculteurs à « rejoindre les convois de la liberté agricole française ». Et de préciser, « n’ayez pas peur, la responsabilité civile de la CR vous couvre quasiment intégralement sur les risques » (sic !). 

« On montera » porter les « doléances » des agriculteurs à Paris, de façon « pacifique » et « même si la moitié doit finir en garde à vue », a réitéré à la sortie de Matignon le 6 janvier Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale (CR), après une réunion à laquelle Annie Genevard n'a pas assisté. 

Et c'est chose faite ce 8 janvier au matin avec, malgré l’interdiction de mouvements de tracteurs dans plusieurs régions de France, une centaine de tracteurs ayant pu entrer dans Paris, même si « la plupart sont bloqués aux portes de la capitale », a indiqué le ministère de l'Intérieur à l'AFP. Peu avant 8h, une vingtaine de tracteurs circulaient dans Paris intra-muros. Les tracteurs de la CR47 ont notamment été observés au pied de la tour Eiffel ou de l'Arc de Triomphe. Ces convois d'agriculteurs, à l'appel de la Coordination rurale, ont contourné et forcé, « parfois en prenant des risques totalement inconsidérés », les barrages mis en place dans la grande couronne et la petite couronne de Paris, selon l'Intérieur. 

A midi, des centaines d'agriculteurs étaient rassemblés devant l'Assemblée nationale, dont ils ont chahuté la présidente, Yaël Braun-Pivet, venue leur annoncé une réunion dans l'après-midi.

 

Côté doléances, la Coordination rurale réclame au gouvernement de mettre en place « une véritable simplification des normes et des règlements appliqués pour favoriser la production agricole nationale », une « meilleure gouvernance » de l’eau, d’encourager une révision forte de la PAC « pour garantir aux agriculteurs des prix rémunérateurs » ou encore « la recherche d’une alternative scientifique à l’abattage total (ndlr : les foyers contaminés) » sur la DNC. 

Sans « avancée majeure », la Coordination rurale prévient qu’elle « maintiendra ses mobilisations sur le terrain et exercera une pression constante auprès des décideurs politiques ».

Lire aussi : Qui est Bertrand Venteau, nouveau président de la Coordination rurale ? 

 

FNSEA réclame une loi d’exception agricole pour des actes rapides

« La seule phrase que j’ai retenue dans la lettre de Sébastien Lecornu c’est : « je ne vous demande pas de croire à des mots : je vous demande de regarder les actes » », confie Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, à une quinzaine de journalistes à quelques heures de son rendez-vous avec le Premier ministre, le 6  janvier.

Ainsi la FNSEA a demandé au Premier ministre la publication immédiate des décrets d’application de la loi Duplomb et de la loi d’orientation agricole attendus ou encore du « document Cerfa » pour le nouveau plan d’arrachage de vigne (annoncé par Annie Genevard au Sitevi en novembre dernier) ou encore le « versement effectif des aides annoncées ». 

La seule phrase que j’ai retenue dans la lettre de Sébastien Lecornu c’est : « je ne vous demande pas de croire à des mots : je vous demande de regarder les actes » 

Avant l’été prochain, le syndicat agricole demande aussi une loi d’exception agricole (à l’instar de la loi votée pour la reconstruction de Notre-Dame, qui contenait plusieurs habilitations à agir par ordonnances) pour avancer sur des thématiques comme l’eau, la prédation, les installations classées, le principe « pas d’interdiction sans solutions » pour les produits phytosanitaires. 

« Sur le Mercosur, ça reste non », avertit la FNSEA dont le président Arnaud Rousseau « estime qu’un vote en fin de semaine serait un catalyseur de la faiblesse de la France en Europe ». Et de juger qu’Emmanuel Macron « est aujourd’hui complètement démonétisé ». Si la réunion des ambassadeurs de l’Union européenne donne le feu vert à la ratification de l’accord, des actions dans les départements pourraient avoir lieu dès de ce week-end. Puis une action à Strasbourg devrait être organisée le 20 janvier lors du passage de l’accord devant le Parlement européen.

La FNSEA rappelait le 6 janvier que des actions d’agriculteurs avaient déjà lieu depuis dans 50 départements pour manifester la colère agricole (sur les routes, devant les DDT et préfectures). Une action prévue le 6 au matin en Ile-de-France a finalement été annulée à cause des aléas climatiques qui bloquaient déjà la circulation routière.

Le 8 janvier au matin en revanche la section locale d'Ile-de-France, sans tracteurs, a déposé une gerbe "aux agriculteurs français" devant la Tour Eiffel

Interrogé lors des voeux à la presse sur la démonstration de force de la Coordination rurale, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a déclaré « ne pas être dans le concours de la démonstration » mais « dans la recherche de solutions ». 

Et selon lui, « les sujets maintenant ne sont plus à Paris ». « La question du moment c’est le Mercosur, c’est pas à Paris c’est à Strasbourg. Nous on était le 18 décembre à Bruxelles pour bloquer la ratification. La France est isolée. Elle ne pèse plus à Bruxelles. Nous on veut continuer le combat à Strasbourg, en faisant adopter le 20 janvier une saisine de la Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE) ».

« Si on l’obtient ça suspendra le Mercosur, voici l’efficacité », a-t-il déclaré à la presse. 

Relire aussi : Mercosur, PAC, taxe engrais : des milliers d’agriculteurs mettent la pression à Bruxelles

 

La Confédération paysanne offre un billet d’avion à Sébastien Lecornu pour bloquer le Mercosur 

Dernier syndicat à être reçu par Sébastien Lecornu, la Confédération paysanne n’a pas non plus affiché de satisfaction à la sortie de sa réunion le 6 janvier sur le perron de Matignon. « Encore une fois aucune réponse concrète sur la principale revendication du mouvement agricole en cours : la fin de l’abattage total sur les troupeaux touchés par le DNC et l’accès au vaccin pour tous les éleveurs », écrit la Confédération paysanne le 7 janvier dans un communiqué. Et d’annoncer l’entrée en action dès aujourd’hui des Confédérations paysannes de l’Isère, de la Drôme, de l’Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône, de la Haute Garonne, de la Savoie, de la Haute-Savoie, d'Ardèche, des Hautes-Pyrénées, du Vaucluse, du Lot, de la Haute-Vienne.

Sa proposition de mesures miroirs sur 5 pesticides interdits dans l’UE ne pourra en aucun cas justifier la signature de l’accord UE-Mercosur 

Autre préoccupation majeure du syndicat agricole : le blocage impératif de l’accord UE-Mercosur. Symboliquement, la Confédération paysanne informe avoir remis au Premier ministre « un billet d’avion pour Bucarest pour qu’il soit enfin proactif dans l’obtention du ralliement de la Roumanie ». Ce qui permettrait, selon le syndicat agricole, « d’atteindre la minorité de blocage » contre l’accord.

Et de prévenir Sébastien Lecornu que « sa proposition de mesures miroirs sur 5 pesticides interdits dans l’UE ne pourra en aucun cas justifier la signature de l’accord UE-Mercosur ». La Confédération paysanne estime par ailleurs que le courrier du Premier ministre n'encourage qu'à poursuivre « la course au productivisme qui fait disparaître les paysans dans la droite ligne de la loi Duplomb ».

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : le gouvernement réaffirme sa stratégie, les mobilisations des syndicats agricoles persistent

 

Oublié, le Modef transmet ses doléances à Annie Genevard

« Le Modef ne sera pas reçu par le Premier ministre comme les autres organisations syndicales agricoles » regrette le cinquième syndicat agricole le 7 janvier sur Facebook, affirmant que le Premier ministre avait demandé à Annie Genevard de le recevoir « dans les meilleurs délais en raison de l’urgence des problématiques agricoles ».

« Nous sommes toujours opposés à l’accord UE-Mercosur ! Pour la Commission Européenne, aucune renégociation du texte n’est envisageable ! », écrit le Modef, dénonçant « l’hypocrisie » des ajustements demandés par le gouvernement français. « Au lieu de trouver des leviers juridiques, le Modef exige l’application de l’article 44 de la loi du 30 octobre 2018 de la loi EGALIM. Celui-ci devrait protéger les producteurs français et devrait interdire l’importation de produits étrangers qui ne seraient pas conformes aux normes européennes », estime le syndicat.

Autres revendications du Modef : la vaccination élargie sur le territoire pour la DNC et l’abattage ciblé. Enfin concernant la PAC, le syndicat demande « une autre politique agricole permettant d’assurer un revenu décent aux paysans » et revendique toujours « la fixation d’un prix minimum garanti par l’Etat, l’encadrement des marges des acteurs de l’aval de la filière par le coefficient multiplicateur » ou encore « la mise en place d’un moratoire par le gouvernement sur l’endettement passif des paysans en difficultés et la sortie de l’agriculture de l’OMC ». 

Lire aussi : Elections chambres d’agriculture : les résultats en 10 cartes

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