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Côtes d'Armor : "Je veux un système productif, mais économe"

Passé en ovin en 2017, Jean-Yves Gorin a mis en place un système productif, avec une bonne valorisation des agneaux, tout en étant le plus autonome possible.

Après vingt ans passés en production laitière et veaux de boucherie, Jean-Yves Gorin, éleveur à Plémy, dans les Côtes d’Armor, a choisi de se réorienter vers l’élevage ovin. « Je voulais une production avec moins d’astreintes, car je suis seul sur l’exploitation et ma femme travaille à l’extérieur », explique-t-il. En 2017, il arrête donc le lait et les veaux, transforme l’ancienne stabulation des vaches en bergerie et démarre son activité ovine par l’achat de 230 agnelles Romane.

Pour accroître son troupeau, il pratique d’abord des inséminations en race pure et garde les agnelles issues d’insémination jusqu’à atteindre 280 brebis. Pendant trois ans, il fonctionne ainsi en race pure, avec une conduite en deux lots, un lot de printemps et un lot de contre-saison. Puis en 2021, il passe en F1 Charollais x Romane pour le lot de printemps et F1 Île-de-France x Romane pour la contre-saison. « Il y avait trop d’agneaux à nourrir en race pure et ce n’était pas ce que je voulais, explique-t-il. Mon objectif aujourd’hui est d’avoir un système de production cohérent, simple dans la conduite, avec deux agneaux produits par brebis et une bonne valorisation des agneaux, tout en étant le plus autonome possible et en limitant les impacts sur l’environnement. »

 

 
<em class="placeholder">Une bergerie aménagée</em>
La bergerie a été aménagée dans l’ancienne stabulation des vaches, ce qui limite les amortissements. © V. Bargain

Un système qui valorise l’herbe

L’atelier compte aujourd’hui 275 brebis croisées Romane x Île-de-France et Romane x Charollais, pour 31 hectares de SAU. 18,2 hectares sont en prairies temporaires, dont 1,7 hectare en luzerne, 2,3 hectares en prairies permanentes et 8,8 hectares en céréales autoconsommées. L’exploitation étant sur le bassin-versant de la baie de Saint-Brieuc, Jean-Yves Gorin a souscrit une Maec eau qui implique une gestion de la fertilisation, la couverture des sols et la réduction des herbicides pour les cultures. Il a aussi une Maec entretien durable des infrastructures agroécologiques.

« Mon objectif en changeant de production était d’avoir moins de travail et d’astreinte pour un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, rappelle-t-il. Les Maec équilibrent la structure. Et le mieux pour respecter ces Maec est un système qui valorise l’herbe. » Alors qu’il avait auparavant la moitié de ses brebis en contre-saison, il n’en a plus désormais qu’un tiers, les deux tiers étant conduits en saison avec le maximum de pâturage et la production d’agneaux d’herbe finit en bergerie. « La région est bien arrosée et les prairies sèchent rarement, précise-t-il. Vu la petite taille de l’exploitation, je suis par contre limité sur les rotations. La fauche permet un peu de gérer le parasitisme, mais je dois être rigoureux sur la vermifugation. »

 

 
<em class="placeholder">Brebis au pâturage</em>
L’éleveur privilégie désormais le pâturage. © V. Bargain

La présence du loup à deux kilomètres l’amène aujourd’hui à devoir doubler ses clôtures en quatre fils et à les monter à 1,20 mètre. L’hiver, les brebis sont nourries avec du foin, de l’enrubannage de qualité, le pâturage de dérobée (colza fourrager), de l’orge autoproduite et du tourteau de colza. « J’achète les protéines selon les cours. J’utilise du colza, de la luzerne, du pois protéagineux. Mais mon objectif est de renforcer l’autonomie protéique de l’exploitation par le pâturage et des enrubannages de qualité, ce qui passe par une récolte au bon stade et une bonne conservation»

Limiter la mortalité des agneaux

La reproduction se fait en deux périodes de lutte de quatre semaines, pour des mises bas du 15 avril au 15 mai et de décembre à janvier, avec utilisation de béliers vasectomisés en contre-saison. Les agnelles, élevées pour atteindre le plus tôt possible le poids de mise à la reproduction, sont saillies à sept mois. Un diagnostic de gestation avec dénombrement est fait 40 jours après le retrait des béliers. « Le dénombrement permet d’adapter la complémentation en fin de gestation, de bien alloter les brebis et d’anticiper les adoptions », explique l’éleveur.

 

 
<em class="placeholder">Seaux de concentré</em>
Le concentré est constitué d’orge auto-produite et de protéines achetées. Un essai de méteil n’a pas convaincu Jean-Yves Gorin qui trouvait le triticale trop acidogène. © V. Bargain

Jean-Yves Gorin est aussi très attentif à la mortalité des agneaux. Les brebis sont complémentées en énergie et en minéraux en fin de gestation. L’éleveur veille aussi à ce que tous les agneaux boivent du colostrum, il désinfecte le cordon ombilical deux fois… La mortalité des agneaux n’est ainsi que de 8 %. Autre point important : les index des béliers.

« Désormais, je n’utilise plus que des béliers Île-de-France, pour garder le désaisonnement, et Charollais pour la viande, précise Jean-Yves Gorin. Mais je fais attention aux index pour ne pas détériorer les qualités maternelles de prolificité et de valeur laitière. Les agneaux élevés à la poudre de lait diluent les marges, car ils consomment plus de concentré, demandent plus de travail… Je regarde aussi les aplombs et de plus en plus la longévité, pour améliorer la productivité des brebis. » Enfin, l’éleveur pourrait à l’avenir réduire le nombre de brebis pour coller à la capacité fourragère de l’exploitation.

Alain Gouedard, Chambre d’agriculture de Bretagne

« La productivité assure la performance économique »

 

 

« Une grande rigueur, l’expérience en lait et veaux de boucherie, le respect des fondamentaux et le fait aussi qu’il n’y ait plus d’amortissements sur l’élevage permettent à Jean-Yves Gorin d’avoir une bonne efficacité technico-économique. L’effet croisement a limité la prolificité, qui est passée de 273 % en 2021 à 195 % en 2024. Mais la mortalité, de 8 %, est maîtrisée grâce à la préparation des brebis en fin de gestation, une prise colostrale précoce, les soins à la mise bas… Cela, avec le soin apporté à la finition des agneaux, permet une bonne productivité numérique et pondérale. L’orientation pâturage a par ailleurs permis de limiter la consommation de concentré. En 2024, la consommation par brebis a été de 204 kilos de fourrages et 269 kilos de concentré, soit 7,8 kilos de concentré par kilo carcasse. Le prix de revient au final est limité, de 6,40 euros par kilo carcasse. La marge brute atteint 262 euros par brebis en 2024. »

Des agneaux bien conformés et lourds

Les agneaux sont vendus principalement en circuit long via l’organisation de producteurs Ter’Elevage, en Label rouge Brocéliande ou sous la marque Celtes, qui permet une valorisation des agneaux labellisables mais non labellisés. Trente à quarante agneaux par an sont commercialisés en boucherie. Et l’élevage vend aussi des femelles de reproduction. Un objectif essentiel pour Jean-Yves Gorin est d’avoir des agneaux bien conformés et lourds. « Les animaux classés U sont ceux qui valorisent le mieux le concentré », estime-t-il.

 

 
<em class="placeholder">Nourrisseur à agneaux</em>
En 2024, 70 % des agneaux ont été classés U. © V. Bargain

En contre-saison, les agneaux, vendus à Pâques, sont engraissés en bergerie avec du foin, de l’orge autoproduite et du tourteau de colza. Un agneau consomme 80 kilos de concentré. En saison, les agneaux, qui seront vendus à l’automne, sont élevés à l’herbe d’un mois jusqu’à fin août, avec un complément de concentré apporté dans des nourrisseurs chaque matin. Ils sont ensuite finis en bergerie. « Mais ils consomment moitié moins de concentré que les agneaux de bergerie », précise l’éleveur. Finalement, les agneaux sont commercialisés au poids moyen de 23,5 kilos carcasse, avec, en 2024, 70 % d’agneaux classés U.

Rédaction Réussir

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