« Construire une filière volailles bas carbone » : les entreprises de l’amont agissent en collectif
Quatre acteurs de la filière (élevage, alimentation, génétique et équipement), réunis par Elinnove, ont débattu autour des transitions collectives à mener pour une filière volaille bas carbone.
Quatre acteurs de la filière (élevage, alimentation, génétique et équipement), réunis par Elinnove, ont débattu autour des transitions collectives à mener pour une filière volaille bas carbone.
Le message était clair lors de la table ronde initiée par Elinnove : l’orientation de la filière vers des actions de décarbonation doit être collective.
« Le rôle de l’éleveur n’est pas simple, il faut innover, et le côté économique n’est pas négligeable. Il faut s’adapter si nous ne voulons pas subir », déclare Clément Moy, éleveur de volaille de chair dans le Morbihan. Selon lui, après des années de recherche de performances techniques, la filière doit revenir à des objectifs de robustesse et de résilience. « Chaque animal a un coût énergétique et financier pour les éleveurs, d’où l’importance de faire des animaux encore plus robustes », s’accorde Mickaël Goyet, responsable RSE du groupe Grimaud. Il ajoute que l’indice de consommation est un point important puisqu’il peut permettre de réduire la durée d’élevage, synonyme de gain économique et environnemental. Pour Venice Graf, responsable RSE du groupe Sanders, premier fabricant d’aliments à avoir affiché l’empreinte carbone de ses aliments sur ses emballages, grâce à l’outil Matriciel, « le but est de réduire l’empreinte carbone collective sans réduire les performances. »
Un éventail de solutions
Clément Moy propose l’incorporation de blé entier dans l’alimentation des volailles comme une solution possible pour diminuer l’empreinte carbone. « La filière volaille doit être pensée avec les filières végétales. Il faut s’éloigner des clivages et trouver des synergies entre les productions ». Chez Sanders, beaucoup d’actions sont déjà mises en place : utilisation de soja non déforestant, réflexion autour du transport pour l’optimisation des tournées et l’utilisation de bio-carburants, mise en place d’aides directes aux éleveurs pour financer des audits ou des équipements énergétiques… Au groupe Grimaud, des premières actions de surveillance des consommations énergétiques ont été réalisées en installant des compteurs et sous-compteurs dans les bâtiments d’élevages internes. Anthony Gobin, directeur commercial de LeRoy LLC, insiste sur l’importance de réfléchir le bilan carbone des équipements sur le long terme. Un matériau a priori plus coûteux environnementalement à fabriquer, peut répondre à des besoins spécifiques techniques ou sanitaires et prolonger drastiquement la durée de vie de l’équipement, ce qui a terme contribuera à un bilan carbone moindre. « Même lorsqu’une entreprise n’a pas de service RSE consacré, ces questions sont toujours présentes », rappelle-t-il.
Sylvain Foray, responsable du service environnement de l’Itavi
« La filière avicole doit contribuer à la baisse des émissions »
« L’aviculture représente moins de 0,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales, beaucoup moins que d’autres productions agricoles ou secteurs d’activité. Mais la filière doit aussi travailler pour suivre l’objectif de baisse de 54 % des émissions de GES du secteur agricole d’ici 2050. Il y a deux périmètres à définir : l’un à l’échelle de la ferme, et l’autre à l’échelle des intrants, c’est-à-dire de tous les produits importés sur l’exploitation comprenant aussi le transport pour les acheminer. L’alimentation représente 85 % des émissions d’une exploitation (8 % pour les rejets animaux, 6 % pour les énergies et 1 % pour le bâtiment). Seule une action collective de tous les maillons de la filière permettra une adaptation aux nouveaux climats. »
© S. Foray