Aller au contenu principal

« Le confort, véritable allié de la rentabilité de notre élevage caprin »

Chez les Chataignon, à Sainte-Croix-en-Jarez dans la Loire, l’agriculture est une affaire de famille. Depuis quelques années, l’exploitation agricole connaît un nouvel élan avec l’arrivée de Marine et David. La ferme a ouvert ses portes lors de la journée technique régionale le 24 novembre 2022.

David Chataignon s’est installé au sein de la ferme du Moulin des chartreux en 2006. Ce Gaec familial, situé au cœur du parc naturel régional du Pilat, était historiquement tourné vers l’élevage de vaches laitières. Mais au fil du temps, l’élevage caprin s’est imposé comme la production principale de l’exploitation. « Ma grand-mère avait bien quelques chèvres, une vingtaine, raconte David Chataignon. Lorsque mon père s’est installé, en 1979, on en comptait presque une centaine. »

Plusieurs débouchés

Aujourd’hui, près de 200 chèvres saanens et alpines y sont élevées. Et il ne s’agit pas là de la seule production. L’exploitation familiale s’appuie sur plusieurs débouchés. « La ferme était historiquement diversifiée, raconte-t-il. Mon grand-père avait déjà créé en son temps un camping à la ferme. Il était très précurseur, l’agritourisme n’étant pas développé à cette époque. Nous avons suivi cette voie-là. »

Aujourd’hui, le camping à la ferme n’existe plus. Mais outre l’élevage caprin, il y a aussi quelques porcs, une quarantaine de ruches ou encore des volailles de ponte et de chair (poulets, pintades). « On axe notre revenu sur la plus-value liée à la vente à la ferme, explique David Chataignon. Les gens du coin viennent chez nous, car ils trouvent presque tout : de la farine, des œufs, du pain d’épices, des fromages, dont la célèbre rigotte de Condrieu, du saucisson, du boudin blanc, etc. Nous avons une gamme complète. »

L’exploitation se déplace également sur plusieurs marchés afin de commercialiser ses produits, comme Givors et Brignais (Rhône). Le Gaec propose aussi une activité traiteur. De quoi faire travailler au total huit personnes (3,5 ETP), dont un fromager et un boucher à temps plein.

Un bâtiment d’élevage optimisé

La fromagerie ainsi que le point de vente de l’exploitation sont implantés au cœur de la ferme historique, à Sainte-Croix-en-Jarez. Depuis 2018, le bâtiment d’élevage est, quant à lui, situé sur les hauteurs du village. Un bâtiment conçu dans les moindres détails. « J’ai travaillé sur sa conception pendant dix ans. Il a pu voir le jour lorsque ma compagne, Marine, s’est installée sur le Gaec, après le départ à la retraite de mes parents », souligne David Chataignon.

Un bâtiment où deux ambiances se côtoient. « J’ai voulu optimiser la place. Nous avons travaillé sur la ventilation pour que les chèvres soient au mieux. Sur une partie du bâtiment, il y a, par exemple, un bandeau translucide amovible, sur toute la longueur, que nous montons ou descendons en fonction de la température », explique l’exploitant.

Dans ce bâtiment, pas de marches ou d’escalier pour les animaux, et il y a de la place, 2,2 m2 par chèvre. « C’est un confort pour les animaux, mais aussi pour nous, éleveurs, estime-t-il. Nous nous y retrouvons en qualité, notamment au niveau du lait. Et le fait d’avoir une grande surface par chèvre, cela permet de ne pas forcément pailler tous les jours, tout en ayant des résultats corrects. »

Une alimentation de qualité

Le bâtiment accueille aussi un espace réservé au séchage en grange. Il y a quelques années, l’exploitation avait misé sur l’enrubannage. Un choix aujourd’hui révolu. Plusieurs raisons sont avancées, à commencer par la qualité du fourrage. « Le fourrage séché en grange est plus appétant et plus riche, notamment en azote, ce qui nous permet de réduire notre dépendance à l’achat de tourteaux, précise David Chataignon. Avec le séchage, la matière sèche est valorisée. Lorsque nous étions en enrubannage, toutes les bottes n’étaient pas bonnes et les chèvres consacraient beaucoup de temps à trier. Là, le gaspillage est inférieur à 5 % de matière sèche. »

Les chantiers sont également plus souples et rapides. « Une fois que tout est rentré, c’est rentré. Il ne nous reste ensuite plus qu’à faire tomber le foin sur le tapis d’alimentation. Ce n’est pas physique du tout », affirme l’éleveur.

« J’ai connu l’ancien bâtiment d’élevage qui n’était pas du tout fonctionnel. Il était très vétuste et délabré. Les animaux n’étaient pas bien et cela se ressentait au niveau des performances. Là, le bâtiment est flambant neuf et fonctionnel. Les animaux sont mieux logés, et la qualité de travail est meilleure. En agriculture, on n’a pas des rentabilités très élevées. C’est donc important d’avoir des outils performants », conclut David Chataignon.

Chiffres clé

2 associés ; 8 salariés (3,5 ETP)
200 chèvres
880 litres en moyenne par chèvre en 2022
Un bâtiment d’élevage de 1900 m2
57 hectares (céréales et prairies)
110 000 litres de lait livrés à une laiterie
50 000 litres de lait transformés à la ferme
 

Alimentation locale

Les chèvres sont nourries avec du foin séché en grange, complété de 800 grammes de concentrés quand elles sont en lactation. L’exploitation s’appuie sur 57 hectares : 16 sont destinés aux céréales (orge, triticale, pois et blé), 20 aux prairies temporaires, le restant étant des prairies permanentes. Le maïs est acheté dans la zone de production AOP Rigotte de Condrieu. Les tourteaux proviennent, quant à eux, de la plaine lyonnaise. Enfin, les chèvres sont amenées à pâturer du printemps à l’automne lorsque cela est possible.

Des chèvres en pleine forme pour un lait de qualité

Les journées régionales caprines Auvergne-Rhône-Alpes se sont déroulées en novembre à Crest (Drôme) et Sainte-Croix-en-Jarez (Loire). Un temps en salle a été consacré aux enseignements des études régionales menées sur les concentrations cellulaires du lait.

Alors qu’une dégradation générale et constante des concentrations cellulaires dans le lait de chèvre était observée ces dernières années en Auvergne-Rhône-Alpes, plusieurs organismes * se sont réunis dès 2018 afin d’identifier des facteurs explicatifs de l’évolution de ces concentrations. Des travaux présentés lors des journées techniques organisées en novembre. Il ressort que les éleveurs qui ont obtenu les meilleurs résultats sur les cellules, moins de 1,2 million de cellules en moyenne annuelle, sont ceux qui s’attachent à avoir une conduite cohérente de leur troupeau. « Les éleveurs que nous avons interrogés ne se concentrent pas seulement sur les infections mammaires. Ils ont une approche globale », souligne Benjamin Deltour, animateur du groupe technique sur les cellules.

Confort à surveiller

Les facteurs à surveiller sont donc multiples. Et cela commence par le bien-être de l’animal, à savoir l’absence de peur et de stress, son alimentation, sa santé ainsi que le confort. Un point sur lequel s’est longuement attardée la conseillère de Rhône Conseil Élevage au travers d’une présentation dédiée. Elle n’a pas manqué de faire quelques recommandations à ce sujet : la surface optimale d’aire paillée par chèvre doit être de 1,7 à 2 m2, comptez également au minimum un abreuvoir pour 25 chèvres, il faut une ventilation sans courant d’air afin d’évacuer l’humidité ambiante. Il est également important de vérifier lors du couchage que toute l’aire paillée est occupée. Et enfin, il faut alloter en fonction des stades physiologiques.

Des recommandations quant à l’alimentation (une bonne qualité, appétente et digestible), sur l’hygiène ou encore la période critique des mises bas ont également été mises en avant. « Le tarissement est super important. […] Le repos de la mamelle est primordial », a d’ailleurs indiqué un éleveur dans un témoignage. Autant d’éléments à prendre en compte afin d’avoir des concentrations cellulaires du lait satisfaisantes.

* Le Criel, Agrial, la Fromagerie de la Drôme, Auvergne-Rhône-Alpes Élevage, l’Institut de l’élevage, les réseaux Conseil Élevage et le GDS.

Les plus lus

Salon de l'Agriculture : concours jeunes, produits médaillés et trophées Gènes Avenir, moisson de prix pour les caprins
Concours des jeunes pointeurs, challenge inter-lycées, trophées Gènes Avenir et concours général agricole des produits laitiers…
Fin de négociations sous haute tension
Fin de négociations commerciales sous haute tension pour les produits laitiers caprins
Malgré un prix du lait moyen payé aux producteurs en hausse de 11 % en 2022, la flambée des charges dégrade de façon importante…
La vente aux affineurs et grandes surfaces, dès lors que le chiffre d'affaires total du producteur fermier est supérieur à 10 00 euros, est soumise à la contractualisation obligatoire.
Contractualisation : rendez-vous manqué avec les producteurs caprins fermiers
Les éleveurs réalisant plus de 10 000 euros de chiffre d’affaires sur la vente de produits laitiers fermiers sont concernés par…
À Saurais dans les Deux-Sèvres, Nathalie Maudet élève un peu plus de 400 chèvres et 35 mères parthenaises sur 70 hectares.
« Améliorer l'autonomie alimentaire de notre élevage caprin malgré un chargement important »
Dans les Deux-Sèvres, Nathalie Maudet vise plus d’autonomie alimentaire tout en augmentant la production laitière de ses 425 …
Le prix trèfle d'or a été remis aux trois associés de l’EARL La Rabinière dans l’Indre-et-Loire pour leur démarche d'autonomie alimentaire.
« Nous conjuguons productivité et autonomie sur notre élevage caprin bio »
Dans l’Indre-et-Loire, l’EARL La Rabinière cultive autonomie alimentaire et performances technico-économiques depuis de…
En faisant un bilan partiel, l'éleveur peut estimer les coûts et gains engendrés par l'introduction d'une nouvelle pratique, telle que l'affouragement en vert pour améliorer son autonomie protéique.
Accélérer sur l’autonomie protéique en élevage caprin
Atteindre 75 % d’autonomie protéique en moyenne dans les élevages caprins est possible, mais doit être réfléchi globalement pour…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 89€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Chèvre
Consultez les revues Réussir Chèvre au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Réussir Chèvre