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Le Cap2’ER confirme les choix du Gaec de l’Amandier

Installés hors cadre familial en agriculture biologique avec un cheptel de 282 alpines, Charline et Thomas Odin du Gaec de l’Amandier ont réduit l’empreinte carbone de leur exploitation en cherchant la performance économique.

Performances environnementale et économique peuvent se concilier. À Saint-Romain-les-Atheux, dans la Loire, le Gaec de l’Amandier en apporte la preuve. En 2024, en préambule à la signature d’une mesure agro-environnementale et climatique, un diagnostic Cap’2ER a situé le Gaec dans le décile des meilleures exploitations d’Auvergne-Rhône-Alpes en matière d’empreinte carbone.

Si ce diagnostic a identifié des pistes d’amélioration, il souligne surtout la pertinence des orientations prises. Dans la continuité des choix mis en œuvre, le Gaec s’est engagé à faire encore mieux. « Ce qu’on a mis en place, on est en train de le perfectionner », résume Charline Odin qui s’avère confiante. « On avait déjà mis en place beaucoup de choses, notamment au niveau de l’alimentation des chèvres », remarque l’éleveuse.

Adoption du pâturage tournant

Charline et Thomas Odin élèvent 282 chèvres alpines avec pâturage et enrubannage sur 56 hectares de SAU (31 de prairies temporaires, 16 de permanentes, 7 de méteil protéagineux et 2 de triticale). Les trois quarts des prairies temporaires entrent dans les rotations sur la base de cinq ans de prairie temporaire pour deux ans de culture céréalière (méteil grain à céréales dominantes). Le concentré distribué représente en moyenne 396 grammes par litre de lait produit. Un gros tiers provient de l’exploitation autonome en fourrage.

Le pâturage tournant dynamique a été adopté, avec un fil avant chaque jour et un fil arrière tous les deux à trois jours. Les chèvres ne passent qu’une fois et elles sont suivies par six chevaux pour limiter le parasitisme sur les parcelles qui ne peuvent être fauchées. Les lactations longues sont passées d’un tiers à 40 % (44 % en 2025). 65 à 70 chevrettes sont conservées pour l’élevage avec une croissance de 250 grammes de GMQ. Sur une production de 200 000 litres de lait, 10 000 leur sont réservés. 60 à 65 d’entre elles resteront sur l’exploitation. Depuis avril 2025, le prix de base du litre de lait (fixe à l’année) se situe à 1,045 euro et la grille de paiement a évolué favorablement.

Quinze ans de remise en question

« Nous souhaitons atteindre nos objectifs économiques en produisant de façon pérenne et résiliente, explique Thomas Odin. Le travail sur notre surface doit répondre à un besoin du troupeau qui est notre seule source de revenu. Nous avons l’équipement et l’organisation pour valoriser l’herbe (pâture, affouragement, enrubannage et foin) et la paille. Les semis sont valorisés sur plusieurs années. C’est la culture de base de notre travail. On mise sur elle pour l’avenir. »

Thomas Odin s’est installé en 2008 sur 37 hectares avec un troupeau de 50 brebis (vente d’agneaux en coopérative) et un atelier caprin-lait zéro pâturage de 200 chèvres pour 150 000 litres en contrat avec une fromagerie. « Au début des années 2010, pour faire plus de fourrage, on a mis en place du maïs sur trois hectares à la place de trois hectares de prairies temporaires. L’exploitation n’était toujours pas rentable », se souvient l’éleveur qui, en 2013, s’implique dans l’ouverture d’un magasin de producteurs pour mieux valoriser les agneaux avec, en parallèle, une augmentation du nombre de chèvres et un nouveau contrat de 200 000 litres avec la fromagerie. Cette époque marque le début des lactations longues pour réduire le travail durant les mises bas. Le magasin ouvre ses portes en 2015. Annuellement, une cinquantaine d’agneaux y était commercialisée avec deux permanences par mois. L’exploitation comptait 300 chèvres et 80 brebis. Malgré une énorme charge de travail, l’autonomie n’était toujours pas au rendez-vous.

Pâture, bio et céréales

En 2016, il a l’opportunité de reprendre des terres. Avec les améliorations techniques, le troupeau caprin devenait enfin rentable et la charge de travail s’atténuait. « Pour une meilleure valorisation du lait, la conversion en bio commence en 2017, avec le début de la pâture et l’abandon du maïs, seule culture qui avait encore une conduite technique avec phyto. Déjà à cette époque, il n’y avait plus beaucoup d’engrais d’acheté, précise Thomas Odin. Le maïs demandait beaucoup d’attention, pour des résultats moyens et une marge atelier qui n’était pas positive tous les ans. » À la place, il augmente la production de céréales et leur part dans la ration. Il arrête les brebis pour gagner en autonomie et réduire sa charge de travail.

En 2019, la certification bio est actée avec changement de laiterie. Les résultats économiques atteignant les objectifs, l’installation de Charline se concrétise en 2022 avec maintien de l’objectif de production à 200 000 litres. Ils récupèrent sept hectares labourables.

Plan d’action pour plus d’efficacité

C’est au bout de ce cheminement, en 2024, sur la base des résultats de l’année précédente, que le diagnostic Cap’2ER est effectué. Le plan d’action devrait permettre au Gaec d’augmenter sa contribution positive de 90 personnes nourries par an avec une réduction de 5 à 7 % des gaz à effet de serre (GES) sur la partie troupeau. Par ailleurs, en jouant sur le stockage de carbone, l’exploitation devrait réduire ses GES de 3 à 5 % grâce à l’augmentation des rendements permise par une meilleure optimisation des engrais de ferme, l’allongement de la durée des prairies temporaires et la ré-augmentation de la part de légumineuses productives, économiques et généreuses en protéines (16 % de MAT) afin d’améliorer les valeurs nutritionnelles des fourrages ainsi que le stockage de matières organiques et la fixation symbiotique tout en réduisant les émissions de GES liées au travail du sol. Par ailleurs, il est conseillé de diversifier les cultures annuelles via le méteil grain et les couverts intercultures pour améliorer l’autonomie en concentrés tout en favorisant l’exploration racinaire du sol et le recyclage de l’azote. Il est également prévu d’optimiser la valorisation des effluents d’élevage par la réduction des pertes de nutriments (N) lors de leur stockage et par l’amélioration de leurs conditions de maturation.

Les résultats du Cap’2ER et les chiffres clés

28 kg de perte d’azote

5 MJ de consommation énergétique

1,19 kg eq CO2/l de lait corrigé (alors que la moyenne se situe à 1,26 kg) d’émission brute dont 0,65 pour la fermentation entérique des chèvres. Viennent ensuite les effluents, les aliments achetés, l’énergie directe et enfin la fertilisation.

2,8 ha de biodiversité

734 personnes de nourries par an

34 500 € de revenu disponible par associé

1,74 Smic/UMO

20 % de taux de renouvellement

800 l de lait par chèvre (840 sur 2025)

979 €/1 000 l en 2023 (sur 2025, il devrait s’établir à 1 080 €/1000 litres)

41 % de produit brut/EBE

35 % d’annuités/EBE

« Plus de lait par chèvre pour moins d’empreintes carbone »

Le plan d’action du Cap2ER du Gaec de l’Amandier vise à augmenter la quantité de lait par chèvre. Explications de Emma Rival, conseillère à Loire Conseil élevage.

« Au niveau de la conduite du troupeau, le plan d’action vise à augmenter la quantité de lait par chèvre en travaillant sur la valeur nutritionnelle des fourrages et la quantité de concentrés iso, la hausse du pourcentage de lactations longues avec plus de lait par jour de vie et l’amélioration de la croissance des chevrettes en cherchant à réduire leur taux de mortalité en phase lactée et à ce qu’elles produisent plus en première lactation.

Ça passera par un travail d’optimisation des aliments suite à l’acquisition d’une mélangeuse pour mieux valoriser les fourrages, du choix des chèvres avec une bonne persistance laitière pour la lactation longue et un suivi alimentaire plus pointu des chevrettes pour en améliorer le développement avec l’achat d’un “taxi lait” pour une distribution plus efficace. »

Rédaction Réussir

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