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« J’ai dû engraisser tous mes chevreaux pour faire face à un manque de place en centres d’engraissement »

Face au manque de places en centres d’engraissement, Denis Pagnod, éleveur de chèvres en Haute-Savoie, a dû s’adapter et engraisser lui-même ses chevreaux.

Depuis 2022, les éleveurs caprins des deux Savoie font face à une situation de plus en plus délicate concernant le ramassage des chevreaux. En cause : l’arrêt progressif de plusieurs ateliers d’engraissement. Dernier en date, la société Disdier, qui assurait la collecte des chevreaux de huit jours sur les deux départements, a cessé son activité à l’automne 2024. Face à cette rupture de débouché, le syndicat caprin des Savoie a dû se mobiliser en urgence pour ne pas laisser les éleveurs sans solution à l’approche du pic de naissances du printemps.

Réorganiser la collecte

Pour faire face à la fermeture de l’atelier Disdier, qui collectait environ 4 500 chevreaux par an, dont 3 600 rien qu’au printemps, le syndicat caprin a mené de longues négociations. L’abattoir Palmidor, situé en Saône-et-Loire, a finalement accepté de récupérer des chevreaux prêts à abattre pesant autour de dix kilos vifs. Le syndicat a ainsi repris le rôle de coordinateur logistique entre les éleveurs et les opérateurs, comme il le faisait auparavant avec l’engraisseur.

« Nous disposions déjà de trois points de collecte privés pour l’ancien ramassage. Les éleveurs y amenaient leurs cabris de huit jours. Nous avons donc proposé ces mêmes sites à l’abatteur et convenu de trois dates de collecte entre mars et début avril, voire d’une quatrième selon les besoins »​​​​​​, explique Marion Filiol du syndicat caprin des Savoie.

Suivre les croissances

Pour les éleveurs, ce nouveau schéma implique un suivi plus rigoureux des croissances pour avertir du nombre de chevreaux prévus et du poids estimé à l’abattage. « Nous pesons chaque cabri individuellement pour nous assurer qu’il est prêt à partir – il doit faire entre 9,5 et 11,5 kilos. Puis, nous pesons l’ensemble du lot pour le transporteur. Celui-ci déduit ensuite 5 % pour le contenu de l’estomac et facture 20 centimes par kilo pour le transport », détaille Denis Pagnod, éleveur de 90 chèvres alpines à Onnion, en Haute-Savoie, depuis 2004.

Faire un peu de place

Pour gérer ces chevreaux supplémentaires, Denis Pagnod et sa compagne et associée, Anne Jeantet, ont dû s’organiser rapidement en pleine période de mises bas. Heureusement, ils avaient conçu l’année précédente un nouveau bâtiment de 40 m² pour les chevrettes, qu’ils ont pu diviser en deux pour faire de la place aux chevreaux légers pendant ces quelques semaines.

Deux ans plus tôt, ils avaient investi dans une louve, un achat qui s’est révélé opportun. « Elle était sous-exploitée puisqu’elle servait pour les chevrettes et les cabris lourds, soit jusqu’à une cinquantaine d’animaux », témoigne l’éleveur haut-savoyard.

Entre les chevrettes, les chevreaux lourds et désormais les chevreaux légers, il faut gérer l’espace au fil de leur croissance. « Les chevreaux destinés à partir légers sont logés dans le bâtiment des chevrettes, séparés par une cloison mobile. Ceux destinés à la vente directe, engraissés à environ deux mois, restent dans le bâtiment des chèvres », poursuit-il.

À chaque nouvelle bande, les chevreaux qui ne rentrent pas dans la fourchette de 9,5 à 11,5 kilos viennent compléter le lot des chevreaux lourds, pour atteindre la vingtaine de cabris dont la viande est destinée à la vente directe.

Bien gérer la trésorerie

En termes de temps de travail, le plus gros est fait dans les huit premiers jours. Engraisser les chevreaux jusqu’à dix kilos ne demande donc pas trop de travail supplémentaire. En revanche, il est essentiel d’avoir prévu un peu de trésorerie pour l’achat de lait en poudre.

« Pour couvrir tous les besoins des chevreaux et chevrettes, nous comptons une palette de lait en poudre, soit environ 3 500 euros à avancer. À la fin du tarissement, il y a déjà une période où l’on vend moins de fromages. Il faut donc toujours garder un peu de trésorerie pour anticiper ces dépenses de fin de saison », souligne Denis Pagnod.

Le prix de vente des cabris légers permet de couvrir les coûts d’alimentation et de transport, tout en laissant une petite marge de sécurité pour les éleveurs. Produire une vingtaine de cabris lourds leur permet de chercher plus de valorisation sur une partie des chevreaux.

« Les chevreaux lourds - engraissés un mois de plus par rapport aux légers - sont commercialisés en colis sous vide, ou parfois encore en carcasses pour quelques clients », précise Anne Jeantet. Une fois les réservations bouclées, selon les quantités restantes, elle fait appel à un prestataire pour les transformer en terrines.

« Il y a deux ans, avec six cabris lourds, nous avons pu produire 400 terrines, qui se sont vendues sans difficulté, mais il n’en faut pas plus. Le souci, c’est que cela demande un apport de trésorerie important – entre l’abattage, la découpe, la transformation et le conditionnement – à une période de l’année où les finances sont serrées », explique-t-elle.

Chiffres clés

60 ha de SAU
2,5 UTH
90 chèvres alpines
24 chevrettes de renouvellement
70-80 chevreaux légers
20-30 chevreaux lourds

« Une solution techniquement et économiquement envisageable »

Les éleveurs de Savoie et de Haute-Savoie doivent pousser les murs et repenser leur organisation pour pouvoir engraisser des chevreaux à la ferme. Témoignage de Marion Filiol du syndicat caprin des Savoie.

<em class="placeholder">Marion Filiol</em>

« En Savoie et en Haute-Savoie, les éleveurs caprins sont tous fromagers et ont des troupeaux qui comptent en moyenne entre 70 et 80 chèvres. Entre l’éloignement avec les centres d’engraissement et le nombre de chevreaux produits par élevage, ils ont l’habitude de transporter eux-mêmes leurs chevreaux âgés de huit jours vers les points de collecte. Cela ne génère donc pas de frais de transport supplémentaires. Même si un apport en lait en poudre est nécessaire, les éleveurs arrivent globalement à bien maîtriser leurs coûts. La principale crainte concerne souvent le manque de place. Pourtant, si les mises bas sont étalées sur environ un mois et ne sont pas trop concentrées, l’espace nécessaire est généralement disponible. Lorsqu’un élevage peut élever des chevrettes, qui demandent environ 1,5 mètre carré par animal, il peut tout à fait loger des chevreaux jusqu’à un mois, qui eux ne nécessitent que 0,25 m². L'autre contrainte est organisationnelle : la période de naissance des chevreaux coïncide avec la relance de la fromagerie et la reprise des marchés, des moments déjà bien chargés dans l’année. Mais le plus gros du travail se fait durant la première semaine de vie du cabri. Ensuite, cela se limite à de la surveillance, du paillage et au nettoyage du matériel d’allaitement ».

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