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En Bretagne, « nous inséminons 150 chèvres nous-mêmes chaque année »

Passionnés de génétique caprine, Christine Masson et Adrien Delory ont choisi d’inséminer eux-mêmes une partie de leur troupeau de chèvres. De la cuve d’azote à la dépose de la semence, chaque geste demande rigueur et organisation.

<em class="placeholder">Gaec Gaorig Vihan vu d&#039;avion</em>

En bio depuis 2012 et toujours très investis dans la génétique, les deux associés du Gaec Gaorig Vihan inséminent eux-mêmes 154 des 550 chèvres du troupeau. À Mellé, en Bretagne, c’est d’abord Serge Letendre qui s’est formé à l’insémination. Son associée Christine Masson a fait de même. Puis, au départ en retraite de Serge Letendre, Adrien Delory, son remplaçant, a suivi aussi cette formation avec la même passion pour la génétique caprine.

La formation consiste en une journée de cours théorique où sont abordés le cycle de la reproduction caprine, la physiologie de la chèvre, les gestes techniques et quelques précautions d’usage pour la manipulation de l’azote. Ensuite, cette formation théorique est complétée par deux demi-journées d’application pratique, directement chez l’éleveur lors de ses premières inséminations sur les animaux.

Un chantier d’insémination à bien organiser

En théorie, rien n’est très compliqué. En pratique, c’est autre chose. Rien que sortir le panier de la cuve demande un certain coup de main. Il faut aussi repérer la bonne paillette parmi toute celle présente dans le panier. Un petit plan et un code couleur aident à s’y repérer. L’identifiant du bouc est bien inscrit sur la paillette congelée mais il faut avoir de bons yeux pour vérifier qu’il s’agit du bon numéro.

Au moment de l’insémination, c’est la bonne organisation du chantier qui va permettre de placer la semence suffisamment vite et ainsi préserver la fertilité. « Chaque geste technique a son importance : décongélation de la paillette, contention de la chèvre, dépose de la semence… explique Lynda Jourdain d’Innoval. À chaque petite erreur, on peut perdre quelques points de fertilité. »

De la délicatesse et du calme

Au Gaec Gaorig Vihan, le chantier se mène au minimum à deux personnes. Par exemple, pendant que Christine décongèle, Adrien insémine et un salarié maintient les pieds de la chèvre sur la chaise de contention. Adrien place la semence à l’aide d’un pistolet-seringue et d’un spéculum doté d’une lumière. Avec calme, il dépose la microdose de semence à l’entrée du col. L’opération prend moins d’une minute par chèvre mais les éleveurs ne se précipitent pas et prennent le temps de vérifier, plutôt deux fois qu’une, le numéro de la chèvre et de la paillette. Après avoir déposé les quelques millimètres cubes de semences, la chèvre est reposée délicatement sur ses pattes puis aussitôt libérée.

154 paillettes à écouler

Avec des inséminations qui s’étalent sur tout le mois de novembre, les éleveurs obtiennent environ 75 % de fertilité, retours compris. Les premières à inséminer de la saison sont toujours un peu délicates. « On a perdu le geste et on stresse un peu », reconnaît Adrien, 31 ans. Ensuite, tout revient assez vite. Mais quand c’est une chèvre de très bonne qualité génétique ou qu’il s’agit de semence sexée, plus coûteuse, la main peut trembler tant les enjeux sont importants.

Les chèvres identifiées comme en chaleur sont notées sur un carnet et celles avec plus de 3,5 d’ICC (index combiné caprin) seront inséminées le lendemain matin vers 10 heures. Au fur et à mesure des chaleurs observées, les 154 paillettes sont écoulées. Avant cela, Adrien et Christine ont dû choisir quelle semence implanter dans quelle chèvre. Ils se basent sur les recommandations du plan d’accouplement préalablement étudié avec Louise Labadie, la conseillère d’Innoval, même s’ils s’en écartent parfois.

Suivre toutes les étapes de la repro

Au Gaec Gaorig Vihan, l’insémination par l’éleveur est apparue comme une solution pour continuer à inséminer sans utiliser des hormones, proscrites en élevages biologiques. Il n’y a alors pas de groupage de la reproduction et les chaleurs naturelles comme les inséminations sont étalées sur une période d’au moins trois semaines. En évitant de payer le déplacement et l’intervention de l’inséminateur, les frais se limitent aux doses et aux matériels d’insémination. « Mais il ne faut pas le faire pour l’argent, conseille Adrien. Il faut faire ça par passion. Nous, ça nous plaît de suivre au plus près toutes les étapes de la reproduction. » Les deux éleveurs bretons assurent d’ailleurs eux-mêmes les échographies grâce à un échographe partagé avec deux éleveurs porcins. « Au moins 45 jours après, on arrive à voir sans peine si la chèvre est pleine ou non. Par contre, je ne m’amuse pas à dénombrer le nombre de chevreaux. »

En choisissant de garder la main sur l’insémination, Christine et Adrien pilotent la génétique du troupeau tout en acceptant l’incertitude inhérente à chaque mise à la reproduction.

AVIS D'EXPERT - Lynda Jourdain, Innoval

« Les coopératives d’IA accompagnent les éleveurs qui veulent inséminer »

<em class="placeholder">Lynda Jourdain, Innoval</em>

« L’insémination par l’éleveur est peu répandue en caprin. Sur ma zone du Grand Ouest de la France, ils ne sont qu’une dizaine à inséminer eux-mêmes. Les premiers à se lancer étaient notamment des éleveurs bio qui souhaitaient continuer à inséminer et profiter du progrès génétique sans avoir recours aux hormones. Cela coûte moins cher d’inséminer soi-même car on économise le passage de l’inséminateur mais il y a aussi des coûts cachés comme la location de la cuve d’azote ou l’investissement dans le matériel de mise en place. Inséminer reste un geste technique et ne devoir le mettre en œuvre qu’une fois par an, voire quelques jours par an, peut être inquiétant pour l’éleveur qui redoute de louper ses inséminations. Les paillettes de boucs sont plus fragiles que les paillettes de taureaux et il faut être bien organisé pour réduire les risques de perte de fertilité. Dans les élevages, ça peut être aussi le manque de main-d’œuvre qui bloque car un chantier de qualité demande du monde. Cependant, nous accompagnons tous les éleveurs qui souhaitent se lancer dans l’insémination. Pour cela, la formation permet de mieux appréhender les contraintes d’organisation et, comme nous les accompagnons sur deux chantiers, ils ne sont pas obligés d’acheter le matériel dès le début. Certains éleveurs ont suivi la formation et ont renoncé à la vue des enjeux et des contraintes d’organisation. »

Des podomètres pour repérer les chaleurs

<em class="placeholder">Les boîtiers noirs comptent les pas qui sont retranscrits sur les courbes de l’ordinateur.</em>

« Pour repérer les chaleurs, l’observation est primordiale », assure Christine, 55 ans. Les associés scrutent aussi les chèvres qui s’arrêtent à proximité des boucs judicieusement placés en sortie de la salle de traite. « C’est un bon indicateur mais il faut faire attention à l’effet de groupe, avertit Adrien. Quand les chèvres sont nombreuses à être en chaleur en même temps, certaines restent avec leur copine mais ne sont pas spécialement intéressées par les mâles. »

Des courbes d'activité bien nettes

<em class="placeholder">écran d&#039;ordinateur</em>

Pour objectiver leurs observations, les deux associés se sont équipés d’une centaine de podomètres qui enregistrent l’activité des 100 meilleures chèvres. Placé sur la patte avant, l'appareil noir suit l’activité des chèvres et le nombre de pas de chacune est retranscrit sur l’ordinateur du bureau. « Quand la chèvre est en chaleur, elle fait au moins le double de pas et le pic d’activité est net sur la courbe », apprécie Adrien. Les 100 bracelets, le boîtier, l’antenne et le logiciel de l’israélien ENGS Dairy sont revenus à 11 000 euros. « Nous l’avons depuis l’an dernier. Cela permet de confirmer certaines chèvres », apprécie Adrien.

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