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Canicule : les éleveurs caprins de Nouvelle-Aquitaine et Vendée tirent la sonnette d’alarme

Après les épisodes de chaleur extrême de juin et juillet, le syndicat des Chevriers de Nouvelle-Aquitaine et Vendée alerte sur une situation qu’elle qualifie de « rupture ». Baisse de lait, mortalité des chèvres, récoltes fourragères sinistrées et bâtiments inadaptés fragilisent des élevages déjà sous pression. Les éleveurs demandent une revalorisation du prix du lait et un véritable plan d’adaptation au changement climatique.

« On tire la sonnette maintenant car quand les chèvres ne seront plus là, ça sera trop tard » alerte Jean-Frédéric Granger, éleveur-fromager dans la Vienne et président de la Fédération des chevriers de Nouvelle-Aquitaine et Vendée, en résumant l’inquiétude qui monte dans les élevages caprins de la région. Avec les épisodes de canicule qui s’accumulent, les éleveurs constatent des baisses de production, des animaux éprouvés et des récoltes très fortement pénalisées. Dans un communiqué, la Fédération régionale estime que la filière fait face non pas à « une crise de plus », mais à « une rupture » et appelle à agir rapidement.

Jusqu’à 70 % de pertes de maïs

Maïs en culture irrigué pendant la sécheresse

La première alerte concerne les stocks fourragers. Les premières estimations de la campagne 2026 font état de baisses de rendement de 30 à 60 % pour les foins, de 50 à 70 % pour le maïs et jusqu’à 50 % pour les céréales en Vendée. Ces déficits réduisent directement l’autonomie alimentaire des élevages et font craindre une hausse du prix des matières premières. Le maïs pourrait ainsi atteindre 300 euros la tonne.

« Mon méteil bio à base de triticale, pois et féverole est passé de quatre tonnes à l’hectare habituellement à seulement 1,2 tonne cette année », témoigne Jean-Frédéric Granger. Chez David Bossuet, éleveur dans la Vienne, l’orge est passée de 65 à 45 quintaux par hectare et il s’inquiète pour l’avenir : « On ne va pas faire du lait avec du mauvais fourrage. » La conséquence pourrait être une hausse du recours aux concentrés, alors même que leur prix risque lui aussi de progresser.

100 litres de lait en moins par jour

La chaleur affecte également directement les animaux. Les chevriers de Nouvelle-Aquitaine et Vendée estiment à environ 20 % la baisse de production laitière observée par certains éleveurs, accompagnée d’une diminution du taux butyreux. À 40 °C, les chèvres sont en stress thermique et ne peuvent maintenir leur niveau de production habituel.

Jean-Pierre Monthubert, qui élève 350 chèvres en Charente, a ainsi perdu environ 100 litres de lait par jour, soit 10 % de sa production. Il a également constaté quelques mortalités. Pourtant, il avait déjà anticipé les fortes chaleurs depuis 2003 en installant des ventilateurs. 

Jean-Frédéric Granger relate une panne de ventilateur chez un voisin qui a entraîné la mort de neuf chèvres en une journée. « À 40 °C, c’est problématique de faire du lait », souligne-t-il. Il observe également davantage de troubles digestifs lorsque les animaux consomment moins de fourrage, avec des pertes supplémentaires. La reproduction n’est pas épargnée : « certaines chèvres n’ont pas pris le bouc, ce qui pourrait se traduire par moins de lait à Noël ».

« Il faut s’adapter »

Au-delà de l’épisode de canicule lui-même, c’est la capacité des exploitations à produire demain qui inquiète les éleveurs. Jean-Pierre Monthubert estime ainsi nécessaire de revoir les systèmes fourragers : « Celui qui s’obstine à faire du maïs, il est mort. Il faut faire des cultures d’hiver. »

Mickaël Blanchard, éleveur en Vendée, observe que les dates de semis du maïs ont fait la différence : ceux qui ont semé en mars ont parfois limité les dégâts, tandis que certains semis d’avril ne donneront quasiment rien. « J’ai ensilé le maïs le 23 juillet. C’est la première fois que j’ensile en juillet... » Sur ses terres, la luzerne n’a quasiment rien produit. L’an dernier, il avait récolté 150 bottes en première coupe ; cette année, seulement 36 bottes sur 12 hectares. Et la deuxième coupe de juillet n’a donné qu’une botte et demie !

Lire aussi : Maïs fourrage : « Il est difficile de prédire la qualité des ensilages précoces de maïs »

Pour reconstituer ses stocks, il envisage déjà de nouvelles stratégies : « Pour avoir des fourrages à moyen terme, je vais tenter de contractualiser avec des céréaliers pour planter des luzernes chez eux. Il va falloir s’adapter. » Il espère également pouvoir implanter des cultures dérobées en septembre ou octobre, si les pluies reviennent.

Des chèvreries à revoir

L’adaptation passe aussi par les bâtiments : ventilateurs, brumisateurs, isolation, ouverture des bâtiments. Mickaël Blanchard avait déjà installé des brumisateurs et a dû acheter cette année des ventilateurs d’occasion. « Nos bâtiments ne sont pas adaptés et il faudrait un PCAE pour isoler les chèvreries et améliorer nos conditions. Et aller vers des bâtiments plus ouverts comme ceux que l’on voit en Espagne ou au Liban. »

Lire aussi : Ces éleveuses ont isolé leur chèvrerie

La Fédération régionale des chevriers demande ainsi un dispositif d’aide à l’investissement permettant de financer l’isolation, la ventilation dynamique, la brumisation, les équipements de refroidissement, les sondes de suivi des températures, l’amélioration des abreuvoirs, l’agroforesterie ou encore les zones d’ombrage.

Une hausse du prix du lait demandée

Pour les éleveurs aquitains, l’adaptation climatique ne pourra toutefois pas se faire sans amélioration de la rémunération des éleveurs. Avant même la canicule, la profession estimait nécessaire une hausse de 50 €/1 000 litres en conventionnel et 150 €/1 000 litres en bio. Depuis, les achats supplémentaires de fourrages pourraient représenter environ 80 €/1 000 litres. La fédération demande désormais une revalorisation supplémentaire de 130 €/1 000 litres en conventionnel et 230 €/1 000 litres en bio.

Jean-Frédéric Granger partage cette urgence : « Si on ne voit pas de hausse des prix, les producteurs se découragent. » Pour lui, le sujet dépasse largement la seule conjoncture estivale : « Si on veut installer, il faut donner plus d’argent pour motiver les jeunes. »

Car derrière les pertes de lait et de fourrages se joue aussi le renouvellement des générations. Les chevriers de Nouvelle-Aquitaine redoute une nouvelle diminution du nombre d’éleveurs et du cheptel caprin en production. « Nous ne pouvons pas demander aux consommateurs de privilégier des fromages de chèvre français tout en laissant disparaître les éleveurs qui produisent le lait nécessaire à leur fabrication », rappelle la fédération.  

« On a le moral dans les chaussettes »

« J’ai peur d’entendre des éleveurs qui disent qu’ils ne seront plus là l’an prochain », témoigne Mickaël Blanchard. Certains évoquent de la décapitalisation et de la menace de vente de plusieurs centaines de chèvres. Lui aussi demande aux laiteries de prendre la mesure de la situation : « Il faut que les laiteries augmentent les prix du lait. » Et de conclure, avec une formule qui résume l’état d’esprit de nombreux éleveurs : « On a le moral dans les chaussettes. »

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